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Diotimos Library · Literary Fiction Collection · Bilingual Edition

Anatole France

The Gods Are Athirst

Les Dieux ont soif · Complete French–English bilingual edition

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The Gods Are AthirstChapter XVII · Paragraphs 1–18

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Facing Pages · Branch 76 of 120

Chapter XVII · Paragraphs 1–18

Edition pages

Printed pages in the supplied Diotimos 2026 bilingual edition.

French
Diotimos 2026 pp. 334, 336, 338, 340
English
Diotimos 2026 pp. 335, 337, 339, 341

French

Le 24 frimaire, à dix heures du matin, sous un ciel vif et rose, qui fondait les glaces de la nuit, les citoyens Guénot et Delourmel, délégués du Comité de sûreté générale, se rendirent aux Barnabites et se firent conduire au Comité de surveillance de la section, dans la salle capitulaire, où se trouvait pour lors le citoyen Beauvisage, qui fourrait des bûches dans la cheminée. Mais ils ne le virent point d’abord, à cause de sa stature brève et ramassée.

De la voix fêlée des bossus, le citoyen Beauvisage pria les délégués de s’asseoir et se mit tout à leur service.

Guénot lui demanda s’il connaissait un ci-devant des Ilettes, demeurant près du Pont-Neuf.

"C’est, ajouta-t-il, un individu que je suis chargé d’arrêter."

Et il exhiba l’ordre du Comité de sûreté générale.

Beauvisage, ayant quelque temps cherché dans sa mémoire, répondit qu’il ne connaissait point d’individu nommé des Ilettes, que le suspect ainsi désigné pouvait ne point habiter la section, certaines parties du Muséum, de l’Unité, de Marat-et-Marseille se trouvant aussi à proximité du Pont-Neuf; que, s’il habitait la section, ce devait être sous un nom autre que celui que portait l’ordre du Comité; que néanmoins on ne tarderait pas à le découvrir.

"Ne perdons point de temps! dit Guénot. Il fut signalé à notre vigilance par une lettre d’une de ses complices qui a été interceptée et remise au Comité, il y a déjà quinze jours, et dont le citoyen Lacroix a pris connaissance hier soir seulement. Nous sommes débordés; les dénonciations nous arrivent de toutes parts, en telle abondance qu’on ne sait à qui entendre.

— Les dénonciations, répliqua fièrement Beauvisage, affluent aussi au Comité de vigilance de la section. Les uns apportent leurs révélations par civisme; les autres, par l’appât d’un billet de cent sols. Beaucoup d’enfants dénoncent leurs parents, dont ils convoitent l’héritage.

— Cette lettre, reprit Guénot, émane d’une ci-devant Rochemaure, femme galante, chez qui l’on jouait le biribi, et porte en suscription le nom d’un citoyen Rauline; mais elle est réellement adressée à un émigré au service de Pitt. Je l’ai prise sur moi pour vous en communiquer ce qui concerne l’individu des Ilettes."

Il tira la lettre de sa poche.

"Elle débute par de longues indications sur les membres de la Convention qu’on pourrait, au dire de cette femme, gagner par l’offre d’une somme d’argent ou la promesse d’une haute fonction dans un gouvernement nouveau, plus stable que celui-ci. Ensuite se lit ce passage:

Je sors de chez M. des Ilettes, qui habite, près du Pont-Neuf, un grenier où il faut être chat ou diable pour le trouver; il est réduit pour vivre à fabriquer des polichinelles. Il a du jugement: c’est pourquoi je vous transmets, monsieur, l’essentiel de sa conversation. Il ne croit pas que l’état de choses actuel durera longtemps. Il n’en prévoit pas la fin dans la victoire de la coalition; et l’événement semble lui donner raison; car vous savez, monsieur, que depuis quelque temps les nouvelles de la guerre sont mauvaises. Il croirait plutôt à la révolte des petites gens et des femmes du peuple, encore profondément attachées à leur religion. Il estime que l’effroi général que cause le Tribunal révolutionnaire réunira bientôt la France entière contre les Jacobins. "Ce Tribunal, a-t-il dit plaisamment, qui juge la reine de France et une porteuse de pain, ressemble à ce Guillaume Shakespeare, si admiré des Anglais, etc...." Il ne croit pas impossible que Robespierre épouse Madame Royale et se fasse nommer protecteur du royaume.

Je vous serais reconnaissant, monsieur, de me faire tenir les sommes qui me sont dues, c’est-à-dire mille livres sterling, par la voie que vous avez coutume d’employer, mais gardez-vous bien d’écrire à M. Morhardt: il vient d’être arrêté, mis en prison, etc., etc.

— Le sieur des Ilettes fabrique des polichinelles, dit Beauvisage, voilà un indice précieux... bien qu’il y ait beaucoup de petites industries de ce genre dans la section.

— Cela me fait penser, dit Delourmel, que j’ai promis de rapporter une poupée à ma fille Nathalie, la cadette, qui est malade d’une fièvre scarlatine. Les taches ont paru hier. Cette fièvre n’est pas bien à craindre; mais elle exige des soins. Et Nathalie, très avancée pour son âge, d’une intelligence très développée, est d’une santé délicate.

— Moi, dit Guénot, je n’ai qu’un garçon. Il joue au cerceau avec des cercles de tonneau et fabrique de petites montgolfières en soufflant dans des sacs.

— Bien souvent, fit observer Beauvisage, c’est avec des objets qui ne sont pas des jouets que les enfants jouent le mieux. Mon neveu Émile, qui est un bambin de sept ans, très intelligent, s’amuse toute la journée avec de petits carrés de bois, dont il fait des constructions.... En usez-vous?..."

Et Beauvisage tendit sa tabatière ouverte aux deux délégués.

"Maintenant il faut pincer notre gredin, dit Delourmel, qui portait de longues moustaches et roulait de grands yeux. Je me sens d’appétit, ce matin, à manger de la fressure d’aristocrate, arrosée d’un verre de vin blanc."

Beauvisage proposa aux délégués d’aller trouver dans sa boutique de la place Dauphine son collègue Dupont aîné, qui connaissait sûrement l’individu des Ilettes.

English

On 24 frimaire, at ten in the morning, beneath a bright pink sky that was melting the night’s ice, Citizens Guénot and Delourmel, delegates of the Committee of General Security, went to the Barnabites and had themselves shown to the section’s Surveillance Committee, in the chapter house, where Citizen Beauvisage was then stuffing logs into the fireplace. At first they failed to see him, however, because he was so short and squat.

In the cracked voice of a hunchback, Citizen Beauvisage invited the delegates to sit down and placed himself entirely at their service.

Guénot asked whether he knew a former nobleman called des Ilettes, living near the Pont-Neuf.

“He is,” he added, “an individual I have been ordered to arrest.”

And he produced the order from the Committee of General Security.

Having searched his memory for a while, Beauvisage replied that he knew no individual named des Ilettes; that the suspect in question might not live in the section, since parts of the Muséum, Unité and Marat-et-Marseille sections were also close to the Pont-Neuf; that, if he did live in the section, it must be under some name other than the one appearing on the Committee’s order; but that he would nevertheless soon be discovered.

“Let us waste no time!” said Guénot. “He was brought to our notice by a letter from one of his accomplices, intercepted and handed to the Committee a fortnight ago already, which Citizen Lacroix only read last night. We are overwhelmed; denunciations pour in from every quarter, in such numbers that we scarcely know whom to hear first.”

“Denunciations also pour in to the section’s Vigilance Committee,” Beauvisage replied proudly. “Some people bring their revelations out of civic duty; others are tempted by a hundred-sol note. Many children denounce their parents because they covet their inheritance.”

“This letter,” Guénot resumed, “comes from a former aristocrat named Rochemaure, a woman of pleasure in whose house biribi was played, and is addressed on the outside to a Citizen Rauline; but its real recipient is an émigré in Pitt’s service. I have it with me, to show you what concerns this individual des Ilettes.”

He took the letter from his pocket.

“It begins with lengthy particulars of the Convention members who, according to this woman, might be won over by the offer of money or the promise of high office in a new government, more stable than the present one. Then comes this passage:

I have just left Monsieur des Ilettes, who lives near the Pont-Neuf in an attic where one would have to be a cat or a devil to find him; he is reduced to making Punchinellos for a living. He is a man of judgement: that is why, monsieur, I am sending you the substance of his conversation. He does not believe the present state of affairs will last long. He does not expect its end to come through a victory of the coalition; events seem to bear him out, for, as you know, monsieur, the news of the war has been bad for some time. He would be more inclined to expect a rising among the little people and the women of the lower classes, still deeply attached to their religion. He thinks the universal terror inspired by the Revolutionary Tribunal will soon unite the whole of France against the Jacobins. ‘This Tribunal,’ he said jokingly, ‘which tries the Queen of France and a woman who delivers bread, resembles that William Shakespeare whom the English admire so much, etc.…’ He does not think it impossible that Robespierre will marry Madame Royale and have himself appointed Protector of the Kingdom.

I should be grateful, monsieur, if you would have the sums owed to me, namely one thousand pounds sterling, sent by your usual means, but take care not to write to Monsieur Morhardt: he has just been arrested, imprisoned, etc., etc.

“This des Ilettes makes Punchinellos,” said Beauvisage. “That is a valuable clue… though there are plenty of little trades of that sort in the section.”

“That reminds me,” said Delourmel, “I promised to bring a doll home to my daughter Nathalie, the younger one, who has scarlet fever. The spots appeared yesterday. It is not a very dangerous fever, but it needs care. And Nathalie, though very advanced for her age, with a highly developed intelligence, has delicate health.”

“I have only one boy,” said Guénot. “He bowls barrel hoops and makes little Montgolfier balloons by blowing into bags.”

“Very often,” Beauvisage observed, “children play best with things that are not toys at all. My nephew Émile, a little lad of seven, very intelligent, amuses himself all day building things out of little blocks of wood.… Do you take it?…”

And Beauvisage held out his open snuffbox to the two delegates.

“Now we must nab our scoundrel,” said Delourmel, who had long moustaches and rolled his great eyes. “This morning I feel I could eat a dish of aristocrat’s lights, washed down with a glass of white wine.”

Beauvisage suggested they go and find his colleague Dupont the elder in his shop in the Place Dauphine; he was sure to know this individual des Ilettes.

About This Reading Edition

Anatole France’s The Gods Are Athirst follows the painter Évariste Gamelin as revolutionary conviction draws him into the work of the Revolutionary Tribunal. This complete French–English edition preserves the novel’s twenty-nine chapters, paired by source paragraph, with an introduction, historical orientation, glossary, and chapter notes.

Historical Text and Translation

The novel appeared in volume in 1912. The complete French reading text follows Project Gutenberg eBook 36477, whose underlying impression is undated and carries a later Brodard & Taupin colophon. Chapter I was also checked against a separate 1912 printing; that limited collation is distinguished from the source used for the whole novel.

About Diotimos Editions

The new English translation and editorial matter were generated and revised with AI for Diotimos Editions. The reader preserves the supplied paragraph pairing, songs, quoted letters, and 431 chapter notes, together with the source register and the edition’s statement of editorial responsibility.

Rights

Anatole France’s French source work is in the public domain. The new 2026 English translation and Diotimos editorial matter are credited as supplied in this bilingual edition.