Diotimos Library · Literary Fiction Collection · Bilingual Edition
The Gods Are Athirst
Les Dieux ont soif · Complete French–English bilingual edition
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English Page · Branch 55 of 120
Chapter XI · Paragraphs 14–28
Edition pages
Printed pages in the supplied Diotimos 2026 bilingual edition.
- French
- Diotimos 2026 pp. 222, 224, 226, 228
- English
- Diotimos 2026 pp. 223, 225, 227, 229
French
— Il se peut encore, poursuivit Brotteaux, que la Vendée l’emporte et que le gouvernement des prêtres se rétablisse sur des monceaux de ruines et des amas de cadavres. Vous ne pouvez concevoir, chère amie, l’empire que garde le clergé sur la multitude des ânes.... Je voulais dire "des âmes"; la langue m’a fourché. Le plus probable, à mon sens, c’est que le Tribunal révolutionnaire amènera la destruction du régime qui l’a institué: il menace trop de têtes. Ceux qu’il effraie sont innombrables; ils se réuniront, et, pour le détruire, ils détruiront le régime. Je crois que vous avez fait nommer le jeune Gamelin à cette justice. Il est vertueux: il sera terrible. Plus j’y songe, ma belle amie, plus je crois que ce tribunal, établi pour sauver la République, la perdra. La Convention a voulu avoir, comme la royauté, ses Grands Jours, sa Chambre ardente, et pourvoir à sa sûreté par des magistrats nommés par elle et tenus dans sa dépendance. Mais que les Grands Jours de la Convention sont inférieurs aux Grands Jours de la monarchie, et sa Chambre ardente moins politique que celle de Louis XIV! Il règne dans le Tribunal révolutionnaire un sentiment de basse justice et de plate égalité qui le rendra bientôt odieux et ridicule et dégoûtera tout le monde. Savez-vous, Louise, que ce tribunal, qui va appeler à sa barre la reine de France et vingt et un législateurs, condamnait hier une servante coupable d’avoir crié: "Vive le roi!" avec une mauvaise intention et dans la pensée de détruire la République? Nos juges, tout de noir emplumés, travaillent dans le genre de ce Guillaume Shakespeare, si cher aux Anglais, qui introduit dans les scènes les plus tragiques de son théâtre de grossières bouffonneries.
— Eh bien, Maurice, demanda la citoyenne, êtes-vous toujours heureux en amour?
— Hélas! répondit Brotteaux, les colombes volent au blanc colombier et ne se posent plus sur la tour en ruines.
— Vous n’avez pas changé.... Au revoir, mon ami!"
Ce soir-là, le dragon Henry, s’étant rendu, sans y être prié, chez madame de Rochemaure, la trouva qui cachetait une lettre sur laquelle il lut l’adresse du citoyen Rauline, à Vernon. C’était, il le savait, une lettre pour l’Angleterre. Rauline recevait par un postillon des messageries le courrier de madame de Rochemaure et le faisait porter à Dieppe par une marchande de marée. Un patron de barque le remettait, la nuit, à un navire britannique qui croisait sur la côte; un émigré, M. d’Expilly, le recevait à Londres et le communiquait, s’il le jugeait utile, au cabinet de Saint-James.
Henry était jeune et beau: Achille n’unissait pas tant de grâce à tant de vigueur, quand il revêtit les armes que lui présentait Ulysse. Mais la citoyenne Rochemaure, sensible naguère aux charmes du jeune héros de la Commune, détournait de lui ses regards et sa pensée depuis qu’elle avait été avertie que, dénoncé aux jacobins comme un exagéré, ce jeune soldat pouvait la compromettre et la perdre. Henry sentait qu’il ne serait peut-être pas au-dessus de ses forces de ne plus aimer madame de Rochemaure; mais il lui déplaisait qu’elle ne le distinguât plus. Il comptait sur elle pour satisfaire à certaines dépenses auxquelles le service de la République l’avait engagé. Enfin, songeant aux extrémités où peuvent se porter les femmes et comment elles passent avec rapidité de la tendresse la plus ardente à la plus froide insensibilité et combien il leur est facile de sacrifier ce qu’elles ont chéri et de perdre ce qu’elles ont adoré, il soupçonna que cette ravissante Louise pourrait un jour le faire jeter en prison pour se débarrasser de lui. Sa sagesse lui conseillait de reconquérir cette beauté perdue. C’est pourquoi il était venu armé de tous ses charmes. Il s’approchait d’elle, s’éloignait, se rapprochait, la frôlait, la fuyait selon les règles de la séduction dans les ballets. Puis, il se jeta dans un fauteuil, et, de sa voix invincible, de sa voix qui parlait aux entrailles des femmes, il lui vanta la nature et la solitude et lui proposa en soupirant une promenade à Ermenonville.
Cependant, elle tirait quelques accords de sa harpe et jetait autour d’elle des regards d’impatience et d’ennui. Soudain Henry se dressa sombre et résolu et lui annonça qu’il partait pour l’armée et serait dans quelques jours devant Maubeuge.
Sans montrer ni doute ni surprise, elle l’approuva d’un signe de tête.
"Vous me félicitez de cette décision?
— Je vous en félicite."
Elle attendait un nouvel ami qui lui plaisait infiniment et dont elle pensait tirer de grands avantages; tout autre chose que celui-ci: un Mirabeau ressuscité, un Danton décrotté et devenu fournisseur, un lion qui parlait de jeter tous les patriotes dans la Seine. A tout moment elle croyait entendre la sonnette et tressaillait.
Pour renvoyer Henry, elle se tut, bâilla, feuilleta une partition, et bâilla encore. Voyant qu’il ne s’en allait pas, elle lui dit qu’elle avait à sortir et passa dans son cabinet de toilette.
Il lui criait d’une voix émue:
"Adieu, Louise!... Vous reverrai-je jamais?"
Et ses mains fouillaient dans le secrétaire ouvert.
English
“It is also possible,” Brotteaux continued, “that the Vendée will prevail and priestly government be re-established upon heaps of ruins and piles of corpses. You cannot conceive, my dear friend, the power the clergy still holds over the multitude of asses… I meant ‘souls’; my tongue slipped. The likeliest thing, in my opinion, is that the Revolutionary Tribunal will bring down the regime that established it: it threatens too many heads. The people it frightens are innumerable; they will unite, and to destroy it they will destroy the regime. I believe it was you who had young Gamelin appointed to this court. He is virtuous: he will be terrible. The more I think about it, my beautiful friend, the more I believe that this tribunal, established to save the Republic, will ruin it. Like royalty, the Convention wanted its Grands Jours, its Chambre ardente, securing its safety through magistrates it appointed and kept dependent on itself. But how inferior the Convention’s Grands Jours are to those of the monarchy, and how much less politically shrewd its Chambre ardente is than Louis XIV’s! A spirit of petty justice and flat equality reigns in the Revolutionary Tribunal which will soon make it hateful and ridiculous and disgust everyone. Do you know, Louise, that this tribunal, which will summon the queen of France and twenty-one legislators before it, was yesterday sentencing a maidservant for having shouted ‘Long live the king!’ with evil intention and a design to destroy the Republic? Our judges, all decked in black feathers, work in the manner of that William Shakespeare so dear to the English, who introduces coarse buffoonery into the most tragic scenes of his plays.”
“Well, Maurice,” the citizen asked, “are you still fortunate in love?”
“Alas!” Brotteaux replied. “The doves fly to the white dovecote and no longer settle on the ruined tower.”
“You haven’t changed… Goodbye, my friend!”
That evening the dragoon Henry, arriving uninvited at Madame de Rochemaure’s, found her sealing a letter on which he read Citizen Rauline’s address in Vernon. It was, he knew, a letter for England. A postilion on the mail coaches brought Madame de Rochemaure’s correspondence to Rauline, who had it taken to Dieppe by a fish seller. A boatman delivered it at night to a British ship cruising off the coast; an émigré, Monsieur d’Expilly, received it in London and, when he thought it useful, communicated it to the government at St James’s.
Henry was young and handsome: Achilles had not united so much grace with so much strength when he put on the armour Ulysses brought him. But Citizen Rochemaure, until recently responsive to the charms of the young hero of the Commune, had turned her eyes and thoughts from him since being warned that, denounced to the Jacobins as an extremist, this young soldier might compromise and ruin her. Henry felt it might not be beyond his powers to stop loving Madame de Rochemaure; but he disliked no longer being singled out by her. He was relying on her to meet certain expenses his service to the Republic had led him to incur. Reflecting, moreover, on the extremes to which women may go, how rapidly they pass from the most ardent tenderness to the coldest indifference, and how easily they sacrifice what they have cherished and ruin what they have adored, he suspected that this enchanting Louise might one day have him thrown into prison to be rid of him. Prudence advised him to reconquer his lost beauty. That was why he had come armed with all his charms. He approached her, moved away, approached again, brushed past her, fled her, according to the rules of seduction in a ballet. Then he threw himself into an armchair and, in his irresistible voice, the voice that spoke to women’s inmost flesh, praised nature and solitude and sighingly proposed an excursion to Ermenonville.
Meanwhile she struck a few chords on her harp and looked about her with impatience and boredom. Suddenly Henry rose, sombre and resolute, and announced that he was leaving for the army and would be outside Maubeuge in a few days.
Showing neither doubt nor surprise, she nodded her approval.
“You congratulate me on this decision?”
“I do.”
She was expecting a new friend who pleased her immensely and from whom she hoped to gain great advantages: quite another sort of man—a Mirabeau risen from the dead, a Danton cleaned up and turned army contractor, a lion who talked of throwing all the patriots into the Seine. At every moment she thought she heard the bell and started.
To send Henry away she fell silent, yawned, leafed through a score and yawned again. Seeing that he did not leave, she told him she had to go out and went into her dressing room.
He called to her in an emotional voice:
“Goodbye, Louise!… Shall I ever see you again?”
And his hands searched the open writing desk.
Socrates
Reading The Gods Are Athirst · Chapter XI · Chapter XI · Paragraphs 14–28
Ask about a concept, passage, contradiction, or connection.
Socrates will begin with this book and its sources.About This Reading Edition
Anatole France’s The Gods Are Athirst follows the painter Évariste Gamelin as revolutionary conviction draws him into the work of the Revolutionary Tribunal. This complete French–English edition preserves the novel’s twenty-nine chapters, paired by source paragraph, with an introduction, historical orientation, glossary, and chapter notes.
Historical Text and Translation
The novel appeared in volume in 1912. The complete French reading text follows Project Gutenberg eBook 36477, whose underlying impression is undated and carries a later Brodard & Taupin colophon. Chapter I was also checked against a separate 1912 printing; that limited collation is distinguished from the source used for the whole novel.
About Diotimos Editions
The new English translation and editorial matter were generated and revised with AI for Diotimos Editions. The reader preserves the supplied paragraph pairing, songs, quoted letters, and 431 chapter notes, together with the source register and the edition’s statement of editorial responsibility.
Rights
Anatole France’s French source work is in the public domain. The new 2026 English translation and Diotimos editorial matter are credited as supplied in this bilingual edition.