Diotimos Library · Literary Fiction Collection · Bilingual Edition
The Gods Are Athirst
Les Dieux ont soif · Complete French–English bilingual edition
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Facing Pages · Branch 40 of 120
Chapter VIII · Paragraphs 1–14
Edition pages
Printed pages in the supplied Diotimos 2026 bilingual edition.
- French
- Diotimos 2026 pp. 150, 152, 154
- English
- Diotimos 2026 pp. 151, 153, 155
French
La veille de la fête, par un soir tranquille et clair, Élodie, au bras d’Évariste, se promenait sur le champ de la Fédération. Des ouvriers achevaient en hâte d’élever des colonnes, des statues, des temples, une montagne, un autel. Des symboles gigantesques, l’Hercule populaire brandissant sa massue, la Nature abreuvant l’univers à ses mamelles inépuisables, se dressaient soudain dans la capitale en proie à la famine, à la terreur, écoutant si l’on n’entendait pas sur la route de Meaux les canons autrichiens. La Vendée réparait son échec devant Nantes par des victoires audacieuses. Un cercle de fer, de flammes et de haine entourait la grande cité révolutionnaire. Et cependant elle recevait avec magnificence, comme la souveraine d’un vaste empire, les députés des assemblées primaires qui avaient accepté la constitution. Le fédéralisme était vaincu: la République une, indivisible, vaincrait tous ses ennemis.
Étendant le bras sur la plaine populeuse:
"C’est là, dit Évariste, que, le 17 juillet 91, l’infâme Bailly fit fusiller le peuple au pied de l’autel de la patrie. Le grenadier Passavant, témoin du massacre, rentra dans sa maison, déchira son habit, s’écria: "J’ai juré de mourir avec la liberté; elle n’est plus: je meurs." Et il se brûla la cervelle."
Cependant les artistes et les bourgeois paisibles examinaient les préparatifs de la fête, et on lisait sur leurs visages un amour de la vie aussi morne que leur vie elle-même: les plus grands événements, en entrant dans leur esprit, se rapetissaient à leur mesure et devenaient insipides comme eux. Chaque couple allait, portant dans ses bras ou traînant par la main ou faisant courir devant lui des enfants qui n’étaient pas plus beaux que leurs parents et ne promettaient pas de devenir plus heureux, et qui donneraient la vie à d’autres enfants aussi médiocres qu’eux en joie et en beauté. Et parfois l’on voyait une jeune fille grande et belle qui sur son passage inspirait aux jeunes hommes un généreux désir, aux vieillards le regret de la douce vie.
Près de l’École militaire, Évariste montra à Élodie des statues égyptiennes dessinées par David d’après des modèles romains de l’époque d’Auguste. Ils entendirent alors un vieux Parisien poudré s’écrier:
"On se croirait sur les bords du Nil!"
Depuis trois jours qu’Élodie n’avait vu son ami, de graves événements s’étaient passés à l'Amour peintre. Le citoyen Blaise avait été dénoncé au Comité de sûreté générale pour fraudes dans les fournitures. Heureusement que le marchand d’estampes était connu dans sa section: le Comité de surveillance de la section des Piques s’était porté garant de son civisme auprès du Comité de sûreté générale et l’avait pleinement justifié.
Ayant conté cet événement avec émotion, Élodie ajouta:
"Nous sommes tranquilles maintenant, mais l’alerte a été chaude. Il s’en est fallu de peu que mon père n’ait été mis en prison. Si le danger avait duré quelques heures de plus, je serais allée vous demander, Évariste, de faire auprès de vos amis influents des démarches en sa faveur."
Évariste ne répondit pas. Élodie fut bien loin de mesurer la profondeur de ce silence.
Ils allèrent, la main dans la main, le long des berges de la Seine. Ils se disaient leur mutuelle tendresse dans le langage de Julie et de Saint-Preux: le bon Jean-Jacques leur donnait les moyens de peindre et d’orner leur amour.
La municipalité avait accompli ce prodige de faire régner pour un jour l’abondance dans la ville affamée. Une foire s’était installée sur la place des Invalides, au bord de la rivière: des marchands vendaient, dans des baraques, des saucissons, des cervelas, des andouilles, des jambons couverts de lauriers, des gâteaux de Nanterre, des pains d’épices, des crêpes, des pains de quatre livres, de la limonade et du vin. Il y avait aussi des boutiques où l’on vendait des chansons patriotiques, des cocardes, des rubans tricolores, des bourses, des chaînes de laiton et toutes sortes de menus joyaux. S’arrêtant à l’étalage d’un humble bijoutier, Évariste choisit une bague en argent où l’on voyait en relief la tête de Marat entortillée d’un foulard. Et il la passa au doigt d’Élodie.
Gamelin se rendit, ce soir-là, rue de l’Arbre-Sec, chez la citoyenne Rochemaure, qui l’avait mandé pour affaire pressante. Il la trouva dans sa chambre à coucher, étendue sur une chaise longue, en déshabillé galant.
Tandis que l’attitude de la citoyenne exprimait une voluptueuse langueur, autour d’elle tout disait ses grâces, ses jeux, ses talents: une harpe près du clavecin entrouvert; une guitare dans un fauteuil; un métier à broder où était montée une étoffe de satin; sur la table, une miniature ébauchée, des papiers, des livres; une bibliothèque en désordre comme ravagée par une belle main aussi avide de connaître que de sentir. Elle lui donna sa main à baiser et lui dit:
English
On the eve of the festival, in a quiet, clear evening, Élodie walked on the Champ de la Fédération with her arm in Évariste’s. Workmen were hurriedly finishing columns, statues, temples, a mountain and an altar. Gigantic symbols—Hercules the people’s champion brandishing his club, Nature giving the universe drink from her inexhaustible breasts—rose suddenly in the capital, gripped by famine and terror, listening for Austrian cannon on the road to Meaux. The Vendée was making good its failure before Nantes with daring victories. A ring of iron, flame and hatred surrounded the great revolutionary city. Yet she received, magnificently as the sovereign of a vast empire, the delegates of the primary assemblies that had accepted the constitution. Federalism was defeated: the Republic, one and indivisible, would overcome all her enemies.
Stretching his arm over the crowded plain, Évariste said:
“There, on 17 July ’91, the infamous Bailly had the people shot at the foot of the altar of the fatherland. The grenadier Passavant, who witnessed the massacre, went home, tore his coat and cried, ‘I swore to die with liberty. She is no more: I die.’ And he blew his brains out.”
Meanwhile artists and peaceable bourgeois inspected the preparations. Their faces showed a love of life as dreary as their lives themselves: the greatest events, entering their minds, shrank to their measure and became as insipid as they were. Every couple carried children in their arms, dragged them by the hand or let them run ahead: children no more beautiful than their parents, promising no greater happiness, who would give life to other children as mediocre as themselves in joy and beauty. Sometimes a tall, beautiful girl appeared, inspiring generous desire in the young men as she passed, and in the old regret for the sweetness of life.
Near the École Militaire, Évariste showed Élodie Egyptian statues which David had designed after Roman models from the age of Augustus. They heard a powdered old Parisian exclaim:
“You’d think we were on the banks of the Nile!”
In the three days since Élodie had seen her beloved, serious events had occurred at Love the Painter. Citizen Blaise had been denounced to the Committee of General Security for fraudulent supplies. Fortunately, the print seller was known in his section: the Surveillance Committee of the Piques section had vouched for his civic loyalty to the Committee of General Security and completely cleared him.
Having told the story with emotion, Élodie added:
“We’re at peace now, but it was a sharp alarm. My father very nearly went to prison. If the danger had lasted a few hours longer, I would have come to ask you, Évariste, to intercede for him with your influential friends.”
Évariste did not answer. Élodie was far from measuring the depth of that silence.
Hand in hand, they walked along the banks of the Seine. They spoke of their mutual tenderness in the language of Julie and Saint-Preux: good Jean-Jacques gave them the means to paint and adorn their love.
The municipality had performed the miracle of making abundance reign for a day in the starving city. A fair had been set up on the Place des Invalides, beside the river. In booths merchants sold dried sausages, cervelats, tripe sausages, hams covered in bay leaves, Nanterre cakes, gingerbread, crêpes, four-pound loaves, lemonade and wine. Other stalls sold patriotic songs, cockades, tricolour ribbons, purses, brass chains and every sort of small trinket. Stopping before a humble jeweller’s display, Évariste chose a silver ring with a raised head of Marat wrapped in a kerchief. He slipped it on Élodie’s finger.
That evening Gamelin went to the Rue de l’Arbre-Sec to see Citizen Rochemaure, who had summoned him on urgent business. He found her in her bedroom, stretched on a chaise longue in an alluring state of undress.
While the citizen’s posture expressed voluptuous languor, everything round her spoke of her graces, pleasures and accomplishments: a harp beside a half-open harpsichord; a guitar in an armchair; an embroidery frame holding a piece of satin; on the table, a miniature begun, papers and books; a disorderly bookcase, as though ravaged by a beautiful hand as eager to know as to feel. She gave him her hand to kiss and said:
Socrates
Reading The Gods Are Athirst · Chapter VIII · Chapter VIII · Paragraphs 1–14
Ask about a concept, passage, contradiction, or connection.
Socrates will begin with this book and its sources.About This Reading Edition
Anatole France’s The Gods Are Athirst follows the painter Évariste Gamelin as revolutionary conviction draws him into the work of the Revolutionary Tribunal. This complete French–English edition preserves the novel’s twenty-nine chapters, paired by source paragraph, with an introduction, historical orientation, glossary, and chapter notes.
Historical Text and Translation
The novel appeared in volume in 1912. The complete French reading text follows Project Gutenberg eBook 36477, whose underlying impression is undated and carries a later Brodard & Taupin colophon. Chapter I was also checked against a separate 1912 printing; that limited collation is distinguished from the source used for the whole novel.
About Diotimos Editions
The new English translation and editorial matter were generated and revised with AI for Diotimos Editions. The reader preserves the supplied paragraph pairing, songs, quoted letters, and 431 chapter notes, together with the source register and the edition’s statement of editorial responsibility.
Rights
Anatole France’s French source work is in the public domain. The new 2026 English translation and Diotimos editorial matter are credited as supplied in this bilingual edition.