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Diotimos Library · Literary Fiction Collection · Bilingual Edition

Anatole France

The Gods Are Athirst

Les Dieux ont soif · Complete French–English bilingual edition

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The Gods Are AthirstChapter XXIX · Paragraphs 1–17

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Facing Pages · Branch 105 of 120

Chapter XXIX · Paragraphs 1–17

Edition pages

Printed pages in the supplied Diotimos 2026 bilingual edition.

French
Diotimos 2026 pp. 476, 478, 480
English
Diotimos 2026 pp. 477, 479, 481

French

La Seine charriait les glaces de nivôse. Les bassins des Tuileries, les ruisseaux, les fontaines étaient gelés. Le vent du Nord soulevait dans les rues des ondes de frimas. Les chevaux expiraient par les naseaux une vapeur blanche; les citadins regardaient en passant le thermomètre à la porte des opticiens. Un commis essuyait la buée sur les vitres de l'Amour peintre et les curieux jetaient un regard sur les estampes à la mode: Robespierre pressant au-dessus d’une coupe un cœur comme un citron, pour en boire le sang, et de grandes pièces allégoriques telles que la Tigrocratie de Robespierre: ce n’était qu’hydres, serpents, monstres affreux déchaînés sur la France par le tyran. Et l’on voyait encore: l'Horrible Conspiration de Robespierre, l'Arrestation de Robespierre, la Mort de Robespierre.

Ce jour-là, après le dîner de midi, Philippe Desmahis entra, son carton sous le bras, à l'Amour peintre et apporta au citoyen Jean Blaise une planche qu’il venait de graver au pointillé, le Suicide de Robespierre. Le burin picaresque du graveur avait fait Robespierre aussi hideux que possible. Le peuple français n’était pas encore saoul de tous ces monuments qui consacraient l’opprobre et l’horreur de cet homme chargé de tous les crimes de la Révolution. Pourtant le marchand d’estampes, qui connaissait le public, avertit Desmahis qu’il lui donnerait désormais à graver des sujets militaires.

"Il va nous falloir des victoires et conquêtes, des sabres, des panaches, des généraux. Nous sommes partis pour la gloire. Je sens cela en moi; mon cœur bat au récit des exploits de nos vaillantes armées. Et quand j’éprouve un sentiment, il est rare que tout le monde ne l’éprouve pas en même temps. Ce qu’il nous faut, ce sont des guerriers et des femmes, Mars et Vénus.

— Citoyen Blaise, j’ai encore chez moi deux ou trois dessins de Gamelin, que vous m’avez donnés à graver. Est-ce pressé?

— Nullement.

— A propos de Gamelin: hier, en passant sur le boulevard du Temple, j’ai vu chez un brocanteur, qui a son échoppe vis-à-vis la maison de Beaumarchais, toutes les toiles de ce malheureux. Il y avait là son Oreste et Électre. La tête de l’Oreste, qui ressemble à Gamelin, est vraiment belle, je vous assure... la tête et le bras sont superbes.... Le brocanteur m’a dit qu’il n’était pas embarrassé de vendre ces toiles à des artistes qui peindront dessus.... Ce pauvre Gamelin! il aurait eu peut-être un talent de premier ordre, s’il n’avait pas fait de politique.

— Il avait l’âme d’un criminel! répliqua le citoyen Blaise. Je l’ai démasqué, à cette place même, alors que ses instincts sanguinaires étaient encore contenus. Il ne me l’a jamais pardonné.... Ah! c’était une belle canaille.

— Le pauvre garçon! il était sincère. Ce sont les fanatiques qui l’ont perdu.

— Vous ne le défendez pas, je pense, Desmahis!... Il n’est pas défendable.

— Non, citoyen Blaise, il n’est pas défendable."

Et le citoyen Blaise tapant sur l’épaule du beau Desmahis:

"Les temps sont changés. On peut vous appeler "Barbaroux", maintenant que la Convention rappelle les proscrits.... J’y songe: Desmahis, gravez-moi donc un portrait de Charlotte Corday."

Une femme grande et belle, brune, enveloppée de fourrures, entra dans le magasin et fit au citoyen Blaise un petit salut intime et discret. C’était Julie Gamelin; mais elle ne portait plus ce nom déshonoré: elle se faisait appeler "la citoyenne veuve Chassagne" et était habillée, sous son manteau, d’une tunique rouge, en l’honneur des chemises rouges de la Terreur.

Julie avait d’abord senti de l’éloignement pour l’amante d’Évariste: tout ce qui avait touché à son frère lui était odieux. Mais la citoyenne Blaise, après la mort d’Évariste, avait recueilli la malheureuse mère dans les combles de la maison de l'Amour peintre. Julie s’y était aussi réfugiée; puis elle avait retrouvé une place dans la maison de modes de la rue des Lombards. Ses cheveux courts, "à la victime", son air aristocratique, son deuil lui attiraient les sympathies de la jeunesse dorée. Jean Blaise, que Rose Thévenin avait à demi quitté, lui offrit des hommages qu’elle accepta. Cependant Julie aimait à porter, comme aux jours tragiques, des vêtements d’homme: elle s’était fait faire un bel habit de muscadin et allait souvent, un énorme bâton à la main, souper dans quelque cabaret de Sèvres ou de Meudon avec une demoiselle de modes. Inconsolable de la mort du jeune ci-devant dont elle portait le nom, cette mâle Julie ne trouvait de réconfort à sa tristesse que dans sa fureur, et, quand elle rencontrait des jacobins, elle ameutait contre eux les passants en poussant des cris de mort. Il lui restait peu de temps à donner à sa mère qui, seule dans sa chambre, disait toute la journée son chapelet, trop accablée de la fin tragique de son fils pour en sentir de la douleur. Rose était devenue la compagne assidue d’Élodie, qui décidément s’accordait avec ses belles-mères.

"Où est Élodie?" demanda la citoyenne Chassagne.

Jean Blaise fit signe qu’il ne le savait pas. Il ne le savait jamais: il en faisait une ligne de conduite.

Julie venait la prendre pour aller voir, en sa compagnie, la Thévenin à Monceaux, où la comédienne habitait une petite maison avec un jardin anglais.

English

The Seine carried the ice of nivôse. The Tuileries basins, the gutters and the fountains were frozen. The north wind raised waves of frost in the streets. Horses breathed white vapour through their nostrils; townspeople paused to look at the thermometers outside opticians’ shops. An assistant wiped the mist from the windows of the Amour peintre, and the curious glanced at the fashionable prints: Robespierre squeezing a heart like a lemon above a cup, to drink its blood, and large allegorical pieces such as Robespierre’s Tiger Rule: nothing but hydras, serpents and horrible monsters unleashed upon France by the tyrant. There were also Robespierre’s Horrible Conspiracy, The Arrest of Robespierre, The Death of Robespierre.

That day, after the midday meal, Philippe Desmahis entered the Amour peintre with his portfolio under his arm and brought Citizen Jean Blaise a plate he had just engraved in stipple, The Suicide of Robespierre. The engraver’s roguish burin had made Robespierre as hideous as possible. The French people were not yet sated with all these monuments consecrating the shame and horror of this man burdened with every crime of the Revolution. Yet the printseller, who knew his public, warned Desmahis that henceforth he would give him military subjects to engrave.

“We shall need victories and conquests, sabres, plumes and generals. We are bound for glory. I feel it within me; my heart beats at the tale of our valiant armies’ exploits. And when I experience a feeling, it is rare for everyone else not to experience it at the same time. What we need is warriors and women, Mars and Venus.”

“Citizen Blaise, I still have two or three drawings by Gamelin at home that you gave me to engrave. Is there any hurry?”

“None at all.”

“Speaking of Gamelin: yesterday, passing along the Boulevard du Temple, I saw all that unfortunate man’s canvases at a second-hand dealer’s whose stall stands opposite Beaumarchais’s house. His Orestes and Electra was there. Orestes’ head, which resembles Gamelin’s, is truly beautiful, I assure you… the head and arm are superb.… The dealer told me he would have no trouble selling the canvases to artists who will paint over them.… Poor Gamelin! He might have had a talent of the first rank if he had not gone into politics.”

“He had a criminal’s soul!” Citizen Blaise replied. “I unmasked him in this very spot, when his bloodthirsty instincts were still restrained. He never forgave me.… Ah, he was a fine scoundrel.”

“Poor fellow! He was sincere. The fanatics were his ruin.”

“You are not defending him, I hope, Desmahis!… He cannot be defended.”

“No, Citizen Blaise, he cannot be defended.”

And, clapping the handsome Desmahis on the shoulder, Citizen Blaise said:

“Times have changed. We can call you ‘Barbaroux’ now that the Convention is recalling the proscribed.… That reminds me: Desmahis, engrave me a portrait of Charlotte Corday.”

A tall, beautiful, dark woman wrapped in furs entered the shop and gave Citizen Blaise an intimate, discreet little greeting. It was Julie Gamelin; but she no longer bore that dishonoured name: she called herself “Citizen Widow Chassagne” and, beneath her cloak, wore a red tunic in honour of the red shirts of the Terror.

Julie had at first felt an aversion to Évariste’s mistress: everything that had touched her brother was hateful to her. But after Évariste’s death Citizen Blaise had taken his unhappy mother into the attic of the Amour peintre. Julie had found refuge there too, then secured a place again in the millinery house in the Rue des Lombards. Her short hair, “in the victim’s style”, her aristocratic air and her mourning won her the sympathy of the gilded youth. Jean Blaise, whom Rose Thévenin had half deserted, offered attentions which she accepted. Yet Julie still liked to wear men’s clothes, as in the tragic days: she had had a fine muscadin’s suit made and often went, an enormous stick in her hand, to supper at some tavern in Sèvres or Meudon with a young milliner. Inconsolable at the death of the young former nobleman whose name she bore, this masculine Julie found relief from grief only in fury, and when she met Jacobins she roused the passers-by against them with cries of death. Little time remained for her mother, who, alone in her room, said her rosary all day, too crushed by her son’s tragic end to feel its pain. Rose had become Élodie’s constant companion; Élodie decidedly got on well with her stepmothers.

“Where is Élodie?” asked Citizen Chassagne.

Jean Blaise signalled that he did not know. He never knew: he made it a rule of conduct.

Julie had come to fetch her to visit Thévenin at Monceaux, where the actress lived in a little house with an English garden.

About This Reading Edition

Anatole France’s The Gods Are Athirst follows the painter Évariste Gamelin as revolutionary conviction draws him into the work of the Revolutionary Tribunal. This complete French–English edition preserves the novel’s twenty-nine chapters, paired by source paragraph, with an introduction, historical orientation, glossary, and chapter notes.

Historical Text and Translation

The novel appeared in volume in 1912. The complete French reading text follows Project Gutenberg eBook 36477, whose underlying impression is undated and carries a later Brodard & Taupin colophon. Chapter I was also checked against a separate 1912 printing; that limited collation is distinguished from the source used for the whole novel.

About Diotimos Editions

The new English translation and editorial matter were generated and revised with AI for Diotimos Editions. The reader preserves the supplied paragraph pairing, songs, quoted letters, and 431 chapter notes, together with the source register and the edition’s statement of editorial responsibility.

Rights

Anatole France’s French source work is in the public domain. The new 2026 English translation and Diotimos editorial matter are credited as supplied in this bilingual edition.