Diotimos Library · Literary Fiction Collection · Bilingual Edition
The Gods Are Athirst
Les Dieux ont soif · Complete French–English bilingual edition
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English Page · Branch 54 of 120
Chapter XI · Paragraphs 1–13
Edition pages
Printed pages in the supplied Diotimos 2026 bilingual edition.
- French
- Diotimos 2026 pp. 218, 220, 222
- English
- Diotimos 2026 pp. 219, 221, 223
French
Le matin du 7 septembre, la citoyenne Rochemaure, se rendant chez le juré Gamelin, qu’elle voulait intéresser à quelque suspect de sa connaissance, rencontra sur le palier le ci-devant Brotteaux des Ilettes, qu’elle avait aimé dans les jours heureux. Brotteaux s’en allait porter douze douzaines de pantins de sa façon chez le marchand de jouets de la rue de la Loi. Et il s’était résolu, pour les porter plus aisément, à les attacher au bout d’une perche, selon les guises des vendeurs ambulants. Il en usait galamment avec toutes les femmes, même avec celles dont une longue habitude avait émoussé pour lui l’attrait, comme ce devait être le cas de madame de Rochemaure, à moins qu’assaisonnée par la trahison, l’absence, l’infidélité et l’embonpoint, il ne la trouvât appétissante. En tout cas, il l’accueillit sur le palier sordide, aux carreaux disjoints, comme autrefois sur les degrés du perron des Ilettes et la pria de lui faire l’honneur de visiter son grenier. Elle monta assez lestement l’échelle et se trouva sous une charpente dont les poutres penchantes portaient un toit de tuiles percé d’une lucarne. On ne pouvait s’y tenir debout. Elle s’assit sur la seule chaise qu’il y eût en ce réduit et, ayant promené un moment ses regards sur les tuiles disjointes, elle demanda, surprise et attristée:
"C’est là que vous habitez, Maurice? Vous n’avez guère à y craindre les importuns. Il faut être diable ou chat pour vous y trouver.
— J’y ai peu d’espace, répondit le ci-devant. Et je ne vous cache pas que parfois il y pleut sur mon grabat. C’est un faible inconvénient. Et durant les nuits sereines j’y vois la lune, image et témoin des amours des hommes. Car la lune, madame, fut de tout temps attestée par les amoureux, et dans son plein, pâle et ronde, elle rappelle à l’amant l’objet de ses désirs.
— J’entends, dit la citoyenne.
— En leur saison, poursuivit Brotteaux, les chats font un beau vacarme dans cette gouttière. Mais il faut pardonner à l’amour de miauler et de jurer sur les toits, quand il emplit de tourments et de crimes la vie des hommes."
Tous deux, ils avaient eu la sagesse de s’aborder comme des amis qui s’étaient quittés la veille pour s’en aller dormir; et, bien que devenus étrangers l’un à l’autre, ils s’entretenaient avec bonne grâce et familiarité.
Cependant, madame de Rochemaure paraissait soucieuse. La Révolution, qui avait été longtemps pour elle riante et fructueuse, lui apportait maintenant des soucis et des inquiétudes; ses soupers devenaient moins brillants et moins joyeux. Les sons de sa harpe n’éclaircissaient plus les visages sombres. Ses tables de jeu étaient abandonnées des plus riches pontes. Plusieurs de ses familiers, maintenant suspects, se cachaient; son ami, le financier Morhardt, était arrêté, et c’était pour lui qu’elle venait solliciter le juré Gamelin. Elle-même était suspecte. Des gardes nationaux avaient fait une perquisition chez elle, retourné les tiroirs de ses commodes, soulevé des lames de son parquet, donné des coups de baïonnette dans ses matelas. Ils n’avaient rien trouvé, lui avaient fait des excuses et bu son vin. Mais ils étaient passés fort près de sa correspondance avec un émigré, M. d’Expilly. Quelques amis qu’elle avait parmi les jacobins l’avaient avertie que le bel Henry, son greluchon, devenait compromettant par ses violences trop outrées pour paraître sincères.
Les coudes sur les genoux et les poings dans les joues, songeuse, elle demanda à son vieil ami, assis sur la paillasse:
"Que pensez-vous de tout ceci, Maurice?
— Je pense que ces gens-ci donnent à un philosophe et à un amateur de spectacles ample matière à réflexion et à divertissement; mais qu’il serait meilleur pour vous, chère amie, que vous fussiez hors de France.
— Maurice, où cela nous mènera-t-il?
— C’est ce que vous me demandiez, Louise, un jour, en voiture, au bord du Cher, sur le chemin des Ilettes, tandis que notre cheval, qui avait pris le mors aux dents, nous emportait d’un galop furieux. Que les femmes sont donc curieuses! Encore aujourd’hui vous voulez savoir où nous allons. Demandez-le aux tireuses de cartes. Je ne suis point devin, ma mie. Et la philosophie, même la plus saine, est d’un faible secours pour la connaissance de l’avenir. Ces choses finiront, car tout finit. On peut en prévoir diverses issues. La victoire de la coalition et l’entrée des alliés à Paris. Ils n’en sont pas loin; toutefois je doute qu’ils y arrivent. Ces soldats de la République se font battre avec une ardeur que rien ne peut éteindre. Il se peut que Robespierre épouse Madame Royale et se fasse nommer protecteur du royaume pendant la minorité de Louis XVII.
— Vous croyez? s’écria la citoyenne, impatiente de se mêler à cette belle intrigue.
English
On the morning of 7 September, Citizen Rochemaure, on her way to the juror Gamelin’s to enlist his interest in a suspect of her acquaintance, met the former Brotteaux des Ilettes on the landing. She had loved him in the happy days. Brotteaux was taking twelve dozen jumping jacks of his own making to the toy dealer in the Rue de la Loi. To carry them more easily he had decided to tie them to the end of a pole, as pedlars did. He treated all women gallantly, even those whose attraction long familiarity had dulled for him—as must have been the case with Madame de Rochemaure, unless betrayal, absence, infidelity and plumpness had seasoned her into something appetising. In any event, he received her on the squalid landing with its loose tiles as he had once received her on the steps of Les Ilettes, and begged her to honour him by visiting his attic. She climbed the ladder nimbly enough and found herself beneath sloping rafters supporting a tiled roof pierced by a skylight. There was no room to stand upright. She sat on the only chair in the little room and, after looking for a moment at the gaps between the tiles, asked in surprise and sadness:
“Is this where you live, Maurice? You needn’t fear many unwelcome visitors. One would have to be a devil or a cat to find you here.”
“There is not much room,” the former financier replied. “And I won’t conceal from you that rain sometimes falls on my pallet. It is a small inconvenience. On clear nights I can see the moon, the image and witness of human love. For lovers have always called the moon to witness, Madame, and when she is full, pale and round, she reminds a lover of the object of his desires.”
“I understand,” said the citizen.
“In their season,” Brotteaux continued, “the cats make a fine din in this gutter. But we must forgive love for mewing and swearing on the roofs when it fills human lives with torment and crime.”
Both had had the wisdom to greet one another like friends who had parted the night before to go to sleep; though they had become strangers, they talked with easy grace and familiarity.
Madame de Rochemaure nevertheless seemed troubled. The Revolution, so long cheerful and profitable for her, was now bringing cares and anxieties. Her suppers were becoming less brilliant and less merry. The sound of her harp no longer brightened gloomy faces. The richest gamblers had deserted her gaming tables. Several of her intimates, now suspects, were in hiding; her friend the financier Morhardt had been arrested, and it was on his behalf that she had come to petition the juror Gamelin. She was a suspect herself. National Guardsmen had searched her house, upended the drawers of her chests, lifted floorboards and thrust bayonets into her mattresses. They had found nothing, apologised and drunk her wine. But they had come very close to her correspondence with an émigré, Monsieur d’Expilly. Some friends among the Jacobins had warned her that handsome Henry, her favourite lover, was becoming a dangerous association: his violent opinions were too extravagant to seem sincere.
With her elbows on her knees and her fists against her cheeks, she thoughtfully asked her old friend, sitting on the straw mattress:
“What do you think of all this, Maurice?”
“I think these people give a philosopher and a lover of spectacles plenty to reflect on and be entertained by; but that you would be better off outside France, my dear friend.”
“Maurice, where will it lead us?”
“That is what you asked me one day, Louise, in the carriage beside the Cher, on the way to Les Ilettes, while our horse, with the bit between its teeth, was carrying us off at a furious gallop. How inquisitive women are! Even now you want to know where we are going. Ask the fortune-tellers. I am no prophet, my dear, and even the soundest philosophy is of little help in knowing the future. These things will end, because everything ends. Several outcomes can be imagined. Victory for the coalition, and the allies entering Paris. They are not far away; still, I doubt they will get here. These republican soldiers get themselves beaten with an ardour nothing can extinguish. Robespierre may marry Madame Royale and have himself made protector of the kingdom during Louis XVII’s minority.”
“Do you think so?” cried the citizen, impatient to involve herself in so fine an intrigue.
Socrates
Reading The Gods Are Athirst · Chapter XI · Chapter XI · Paragraphs 1–13
Ask about a concept, passage, contradiction, or connection.
Socrates will begin with this book and its sources.About This Reading Edition
Anatole France’s The Gods Are Athirst follows the painter Évariste Gamelin as revolutionary conviction draws him into the work of the Revolutionary Tribunal. This complete French–English edition preserves the novel’s twenty-nine chapters, paired by source paragraph, with an introduction, historical orientation, glossary, and chapter notes.
Historical Text and Translation
The novel appeared in volume in 1912. The complete French reading text follows Project Gutenberg eBook 36477, whose underlying impression is undated and carries a later Brodard & Taupin colophon. Chapter I was also checked against a separate 1912 printing; that limited collation is distinguished from the source used for the whole novel.
About Diotimos Editions
The new English translation and editorial matter were generated and revised with AI for Diotimos Editions. The reader preserves the supplied paragraph pairing, songs, quoted letters, and 431 chapter notes, together with the source register and the edition’s statement of editorial responsibility.
Rights
Anatole France’s French source work is in the public domain. The new 2026 English translation and Diotimos editorial matter are credited as supplied in this bilingual edition.