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Diotimos Library · Literary Fiction Collection · Bilingual Edition

Anatole France

The Gods Are Athirst

Les Dieux ont soif · Complete French–English bilingual edition

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The Gods Are AthirstChapter X · Paragraphs 29–42

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French Page · Branch 49 of 120

Chapter X · Paragraphs 29–42

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Printed pages in the supplied Diotimos 2026 bilingual edition.

French
Diotimos 2026 pp. 194, 196, 198
English
Diotimos 2026 pp. 195, 197, 199

French

Évariste, pris d’un amour soudain de la nature, en voyant des moissonneurs lier des gerbes, sentait ses yeux se gonfler de larmes; des rêves de concorde et d’amour emplissaient son cœur. Desmahis soufflait dans les cheveux des citoyennes les graines légères des pissenlits. Ayant toutes trois un goût de citadines pour les bouquets, elles cueillaient dans les prés le bouillon-blanc, dont les fleurs se serrent en épis autour de la tige, la campanule, portant suspendues en étages ses clochettes lilas tendre, les grêles rameaux de la verveine odorante, l’hièble, la menthe, la gaude, la mille-feuille, toute la flore champêtre de l’été finissant. Et, parce que Jean-Jacques avait mis la botanique à la mode parmi les filles des villes, elles savaient toutes trois des fleurs les noms et les amours. Comme les corolles délicates, alanguies de sécheresse, s’effeuillaient dans ses bras et tombaient en pluie à ses pieds, la citoyenne Élodie soupira:

"Elles passent déjà, les fleurs!"

Tous se mirent à l’œuvre et s’efforcèrent d’exprimer la nature telle qu’ils la voyaient; mais chacun la voyait dans la manière d’un maître. En peu de temps Philippe Dubois eut troussé dans le genre de Hubert-Robert une ferme abandonnée, des arbres abattus, un torrent desséché. Évariste Gamelin trouvait au bord de l’Yvette les paysages du Poussin. Philippe Desmahis, devant un pigeonnier, travaillait dans la manière picaresque de Callot et de Duplessis. Le vieux Brotteaux, qui se piquait d’imiter les flamands, dessinait soigneusement une vache. Élodie esquissait une chaumière, et son amie Julienne, qui était fille d’un marchand de couleurs, lui faisait sa palette. Des enfants, collés contre elle, la regardaient peindre. Elle les écartait de son jour en les appelant moucherons et en leur donnant des berlingots. Et la citoyenne Thévenin, quand elle en trouvait de jolis, les débarbouillait, les embrassait et leur mettait des fleurs dans les cheveux. Elle les caressait avec une douceur mélancolique parce qu’elle n’avait pas la joie d’être mère, et aussi pour s’embellir par l’expression d’un tendre sentiment et pour exercer son art de l’attitude et du groupement.

Seule, elle ne dessinait ni ne peignait. Elle s’occupait d’apprendre un rôle et plus encore de plaire. Et, son cahier à la main, elle allait de l’un à l’autre, chose légère et charmante. "Pas de teint, pas de figure, pas de corps, pas de voix", disaient les femmes, et elle emplissait l’espace de mouvement, de couleur et d’harmonie. Fanée, jolie, lasse, infatigable, elle était les délices du voyage. D’humeur inégale et cependant toujours gaie, susceptible, irritable et pourtant accommodante et facile, la langue salée avec le ton le plus poli, vaine, modeste, vraie, fausse, délicieuse, si Rose Thévenin ne faisait pas bien ses affaires, si elle ne devenait point déesse, c’est que les temps étaient mauvais et qu’il n’y avait plus à Paris ni encens ni autels pour les Grâces. La citoyenne Blaise, qui en parlant d’elle faisait la grimace et l’appelait sa "belle-mère", ne pouvait la voir sans se rendre à tant de charmes.

On répétait à Feydeau Les Visitandines; et Rose se félicitait d’y tenir un rôle plein de naturel. C’est le naturel qu’elle cherchait, qu’elle poursuivait, qu’elle trouvait.

"Nous ne verrons donc point Paméla?" dit le beau Desmahis.

Le Théâtre de la Nation était fermé et les comédiens envoyés aux Madelonnettes et à Pélagie.

"Est-ce là la liberté?" s’écria la Thévenin levant au ciel ses beaux yeux indignés.

"Les acteurs du Théâtre de la Nation, dit Gamelin, sont des aristocrates, et la pièce du citoyen François tend à faire regretter les privilèges de la noblesse.

— Messieurs, dit la Thévenin, ne savez-vous entendre que ceux qui vous flattent?..."

Vers midi, chacun se sentant grand-faim, la petite troupe regagna l’auberge.

Évariste, auprès d’Élodie, lui rappelait en souriant les souvenirs de leurs premières rencontres:

"Deux oisillons étaient tombés du toit où ils nichaient sur le rebord de votre fenêtre. Vous les nourrissiez à la becquée; l’un d’eux vécut et prit sa volée. L’autre mourut dans le nid d’ouate que vous lui aviez fait. "C’était celui que j’aimais le mieux", avez-vous dit. Ce jour-là, vous portiez, Élodie, un nœud rouge dans les cheveux."

Philippe Dubois et Brotteaux, un peu en arrière des autres, parlaient de Rome où ils étaient allés tous deux, celui-ci en 72, l’autre vers les derniers jours de l’Académie. Et il souvenait encore au vieux Brotteaux de la princesse Mondragone, à qui il eût bien laissé entendre ses soupirs, sans le comte Altieri qui ne la quittait pas plus que son ombre. Philippe Dubois ne négligea pas de dire qu’il avait été prié à dîner chez le cardinal de Bernis et que c’était l’hôte le plus obligeant du monde.

English

Seized by a sudden love of nature, Évariste felt his eyes fill with tears at the sight of reapers binding sheaves; dreams of harmony and love filled his heart. Desmahis blew the light seeds of dandelions into the women’s hair. All three had a townswoman’s taste for bouquets and picked flowers in the meadows: great mullein, its blossoms clustered in spikes about the stem; bellflowers, hanging their pale lilac bells in tiers; the slender branches of lemon verbena; dwarf elder, mint, weld and yarrow—all the countryside’s flowers of late summer. And because Jean-Jacques had made botany fashionable among young women in towns, all three knew the flowers’ names and loves. As the delicate corollas, languid with drought, shed their petals in her arms and rained down at her feet, Citizen Élodie sighed:

“The flowers are already passing!”

They all set to work, trying to express nature as they saw it; but each saw it in a master’s manner. In a short time Philippe Dubois had dashed off, in Hubert Robert’s style, an abandoned farm, felled trees and a dried-up torrent. Along the banks of the Yvette, Évariste Gamelin found Poussin’s landscapes. Faced with a dovecote, Philippe Desmahis worked in the picaresque manner of Callot and Duplessis. Old Brotteaux, who prided himself on imitating the Flemings, carefully drew a cow. Élodie sketched a cottage, and her friend Julienne, a colour merchant’s daughter, prepared her palette. Children crowded close against her to watch her paint. She moved them out of her light, calling them little flies and giving them boiled sweets. When Citizen Thévenin found pretty ones, she washed their faces, kissed them and put flowers in their hair. She caressed them with melancholy tenderness because she had not known the joy of motherhood, and also to make herself more beautiful through the expression of a tender feeling and to practise her art of poses and grouping.

She alone neither drew nor painted. She was occupied with learning a part, and still more with pleasing. Script in hand, she moved from one to another, a light, charming creature. “No complexion, no looks, no figure, no voice,” women said of her, and she filled the air with movement, colour and harmony. Faded, pretty, weary, tireless, she was the delight of the expedition. Of uneven temper yet always cheerful, touchy and irritable yet accommodating and easy, with a salty tongue and the most polished manner, vain, modest, true, false, delicious—if Rose Thévenin did not prosper, if she did not become a goddess, it was because times were bad and Paris had no incense or altars left for the Graces. Citizen Blaise, who grimaced when she spoke of her and called her her “stepmother”, could not see her without yielding to so many charms.

They were rehearsing Les Visitandines at the Feydeau, and Rose congratulated herself on having a part full of natural feeling. Naturalness was what she sought, pursued and found.

“So we shan’t see Paméla?” said handsome Desmahis.

The Théâtre de la Nation had been closed and its actors sent to the Madelonnettes and Pélagie.

“Is that liberty?” Thévenin cried, raising her beautiful, indignant eyes to heaven.

“The actors of the Théâtre de la Nation,” said Gamelin, “are aristocrats, and Citizen François’s play encourages nostalgia for the privileges of the nobility.”

“Gentlemen,” said Thévenin, “can you only bear to listen to people who flatter you?…”

Towards noon they all felt very hungry, and the little party returned to the inn.

Walking beside Élodie, Évariste smilingly recalled their first encounters.

“Two nestlings had fallen from the roof where they nested on to your windowsill. You fed them by hand; one lived and flew away. The other died in the cotton-wool nest you had made for it. ‘That was the one I loved best,’ you said. You were wearing a red bow in your hair that day, Élodie.”

Philippe Dubois and Brotteaux, a little behind the others, talked of Rome, where they had both been: Brotteaux in ’72, the other towards the Academy’s last days. Old Brotteaux still remembered Princess Mondragone, to whom he would gladly have made his sighs audible but for Count Altieri, who followed her as closely as her shadow. Philippe Dubois did not neglect to mention that he had been invited to dine with Cardinal de Bernis, the most obliging host in the world.

About This Reading Edition

Anatole France’s The Gods Are Athirst follows the painter Évariste Gamelin as revolutionary conviction draws him into the work of the Revolutionary Tribunal. This complete French–English edition preserves the novel’s twenty-nine chapters, paired by source paragraph, with an introduction, historical orientation, glossary, and chapter notes.

Historical Text and Translation

The novel appeared in volume in 1912. The complete French reading text follows Project Gutenberg eBook 36477, whose underlying impression is undated and carries a later Brodard & Taupin colophon. Chapter I was also checked against a separate 1912 printing; that limited collation is distinguished from the source used for the whole novel.

About Diotimos Editions

The new English translation and editorial matter were generated and revised with AI for Diotimos Editions. The reader preserves the supplied paragraph pairing, songs, quoted letters, and 431 chapter notes, together with the source register and the edition’s statement of editorial responsibility.

Rights

Anatole France’s French source work is in the public domain. The new 2026 English translation and Diotimos editorial matter are credited as supplied in this bilingual edition.