Diotimos Library · Literary Fiction Collection · Bilingual Edition
The Gods Are Athirst
Les Dieux ont soif · Complete French–English bilingual edition
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English Page · Branch 25 of 120
Chapter IV · Paragraphs 8–32
Edition pages
Printed pages in the supplied Diotimos 2026 bilingual edition.
- French
- Diotimos 2026 pp. 74, 76, 78, 80
- English
- Diotimos 2026 pp. 75, 77, 79, 81
French
Évariste vit Élodie qui sautait de voiture. Il courut à elle. Les yeux de la jeune femme brillaient dans l’ombre transparente de son chapeau de paille; ses lèvres, aussi rouges que les œillets qu’elle tenait à la main, souriaient. Une écharpe de soie noire, croisée sur la poitrine, se nouait sur le dos. Sa robe jaune faisait voir les mouvements rapides des genoux et découvrait les pieds chaussés de souliers plats. Les hanches étaient presque entièrement dégagées: car la Révolution avait affranchi la taille des citoyennes; cependant la jupe, enflée encore sous les reins, déguisait les formes en les exagérant et voilait la réalité sous son image amplifiée.
Il voulut parler et ne put trouver ses mots, et se reprocha cet embarras qu’Élodie préférait au plus doux accueil. Elle remarqua aussi et tint pour un bon signe qu’il avait noué sa cravate avec plus d’art qu’à l’ordinaire. Elle lui tendit la main.
"Je voulais vous voir, dit-elle, causer avec vous. Je n’ai pas répondu à votre lettre: elle m’a déplu; je ne vous y ai pas retrouvé. Elle aurait été plus aimable, si elle avait été plus naturelle. Ce serait faire tort à votre caractère et à votre esprit que de croire que vous ne voulez pas retourner à l'Amour peintre parce que vous y avez eu une altercation légère sur la politique, avec un homme beaucoup plus âgé que vous. Soyez sûr que vous n’avez nullement à craindre que mon père vous reçoive mal, quand vous reviendrez chez nous. Vous ne le connaissez pas: il ne se rappelle ni ce qu’il vous a dit, ni ce que vous lui avez répondu. Je n’affirme pas qu’il existe une grande sympathie entre vous deux; mais il est sans rancune. Je vous le dis franchement, il ne s’occupe pas beaucoup de vous... ni de moi. Il ne pense qu’à ses affaires et à ses plaisirs."
Elle s’achemina vers les bosquets de la chaumière, où il la suivit avec quelque répugnance, parce qu’il savait que c’était le rendez-vous des amours vénales et des tendresses éphémères. Elle choisit la table la plus cachée.
"Que j’ai de choses à vous dire, Évariste! L’amitié a des droits: vous me permettez d’en user? Je vous parlerai beaucoup de vous... et un peu de moi, si vous le voulez bien."
Le limonadier ayant apporté une carafe et des verres, elle versa elle-même à boire, en bonne ménagère; puis elle lui conta son enfance, elle lui dit la beauté de sa mère, qu’elle aimait à célébrer, par piété filiale et comme l’origine de sa propre beauté; elle vanta la vigueur de ses grands-parents, car elle avait l’orgueil de son sang bourgeois. Elle conta comment, ayant perdu à seize ans cette mère adorable, elle avait vécu sans tendresse et sans appui. Elle se peignit telle qu’elle était, vive, sensible, courageuse, et elle ajouta:
"Évariste, j’ai passé une jeunesse trop mélancolique et trop solitaire pour ne pas savoir le prix d’un cœur comme le vôtre, et je ne renoncerai pas de moi-même et sans efforts, je vous en avertis, à une sympathie sur laquelle je croyais pouvoir compter et qui m’était chère."
Évariste la regarda tendrement:
"Se peut-il, Élodie, que je ne vous sois pas indifférent? Puis-je croire?..."
Il s’arrêta, de peur d’en trop dire et d’abuser par là d’une amitié si confiante.
Elle lui tendit une petite main honnête, qui sortait à demi des longues manches étroites garnies de dentelle. Son sein se soulevait en longs soupirs.
"Attribuez-moi, Évariste, tous les sentiments que vous voulez que j’aie pour vous, et vous ne vous tromperez pas sur les dispositions de mon cœur.
— Élodie, Élodie, ce que vous dites là, le répéterez-vous encore quand vous saurez...."
Il hésita.
Elle baissa les yeux.
Il acheva plus bas:
"... que je vous aime?"
En entendant ces derniers mots, elle rougit: c’était de plaisir. Et, tandis que ses yeux exprimaient une tendre volupté, malgré elle, un sourire comique soulevait un coin de ses lèvres. Elle songeait:
"Et il croit s’être déclaré le premier!... et il craint peut-être de me fâcher!..."
Et elle lui dit avec bonté:
"Vous ne l’aviez donc pas vu, mon ami, que je vous aimais?"
Ils se croyaient seuls au monde. Dans son exaltation, Évariste leva les yeux vers le firmament étincelant de lumière et d’azur:
"Voyez: le ciel nous regarde! Il est adorable et bienveillant comme vous, ma bien-aimée; il a votre éclat, votre douceur, votre sourire."
Il se sentait uni à la nature entière, il l’associait à sa joie, à sa gloire. A ses yeux, pour célébrer ses fiançailles, les fleurs des marronniers s’allumaient comme des candélabres, les torches gigantesques des peupliers s’enflammaient.
Il se réjouissait de sa force et de sa grandeur. Elle, plus tendre et aussi plus fine, plus souple et plus ductile, se donnait l’avantage de la faiblesse et, aussitôt après l’avoir conquis, se soumettait à lui; maintenant qu’elle l’avait mis sous sa domination, elle reconnaissait en lui le maître, le héros, le dieu, brûlait d’obéir, d’admirer et de s’offrir. Sous l’ombrage du bosquet, il lui donna un long baiser ardent sous lequel elle renversa la tête, et, dans les bras d’Évariste, elle sentit toute sa chair se fondre comme une cire.
English
Évariste saw Élodie leap down from a carriage. He ran to her. Her eyes shone in the transparent shade of her straw hat; her lips, as red as the carnations in her hand, were smiling. A black silk scarf crossed her breast and tied behind her back. Her yellow dress revealed her knees’ quick movements and exposed her feet in flat shoes. Her hips were almost entirely unencumbered, for the Revolution had liberated women citizens’ waists. Yet the skirt, still puffed out below the small of her back, disguised the body’s shapes by exaggerating them, veiling reality beneath its enlarged image.
He tried to speak and could find no words. He reproached himself for an embarrassment which Élodie preferred to the sweetest welcome. She also noticed, and took as a good sign, that he had tied his cravat more artfully than usual. She held out her hand.
“I wanted to see you,” she said, “to talk to you. I didn’t answer your letter: I disliked it; I didn’t recognise you in it. It would have been kinder if it had been more natural. It would insult your character and intelligence to suppose you won’t return to Love the Painter because of a slight political disagreement with a man much older than you. You can be certain there’s no danger of my father receiving you badly when you come back. You don’t know him: he remembers neither what he said to you nor what you answered. I’m not claiming there’s much sympathy between you, but he bears no grudges. Frankly, he doesn’t concern himself much with you… or with me. He thinks only of his business and his pleasures.”
She walked towards the cottage’s arbours. He followed with some reluctance, knowing the place was a meeting ground for purchased love and passing tenderness. She chose the most secluded table.
“I have so much to tell you, Évariste! Friendship has its rights: will you let me exercise them? I’ll talk a great deal about you… and a little about myself, if you don’t mind.”
When the proprietor had brought a carafe and glasses, she poured the drinks herself, like a good housewife. Then she told him about her childhood, describing her mother’s beauty, which she liked to celebrate out of filial piety and as the source of her own. She praised her grandparents’ vigour, proud as she was of her bourgeois blood. She told him how, having lost this adored mother at sixteen, she had lived without tenderness or support. She painted herself as she was: lively, sensitive and courageous. Then she added:
“Évariste, I spent too melancholy and lonely a youth not to know the value of a heart like yours. I warn you, I won’t willingly or without a struggle give up an affection I thought I could rely on, and which was dear to me.”
Évariste looked at her tenderly.
“Can it be, Élodie, that you care for me? Can I believe…?”
He stopped, afraid of saying too much and so abusing so trusting a friendship.
She held out a small, honest hand, half emerging from its long, narrow, lace-trimmed sleeve. Her breast rose with long sighs.
“Believe I feel whatever you wish me to feel for you, Évariste, and you won’t be mistaken about my heart.”
“Élodie, Élodie, will you still say that when you know…?”
He hesitated.
She lowered her eyes.
He finished more quietly:
“…that I love you?”
At these last words she blushed with pleasure. While her eyes expressed tender sensuality, an amused smile involuntarily lifted one corner of her mouth. She was thinking:
“And he thinks he declared himself first!… Perhaps he’s even afraid of upsetting me!”
Then she said kindly:
“Hadn’t you seen, my dear, that I loved you?”
They believed themselves alone in the world. In his exaltation Évariste looked up at the heavens blazing with light and blue.
“Look: the sky is watching us! It’s adorable and kindly like you, my beloved; it has your radiance, your gentleness, your smile.”
He felt united with all nature and made it share his joy and glory. To his eyes, celebrating his betrothal, the chestnut blossoms lit up like candelabra and the poplars’ gigantic torches burst into flame.
He rejoiced in his strength and greatness. More tender, and also more subtle, more supple and yielding, she gave herself the advantage of weakness. No sooner had she conquered him than she submitted to him. Now that she had brought him under her dominion, she acknowledged him as master, hero and god, burning to obey, admire and offer herself. In the arbour’s shade he gave her a long, ardent kiss beneath which she threw her head back, and in Évariste’s arms she felt all her flesh melt like wax.
Socrates
Reading The Gods Are Athirst · Chapter IV · Chapter IV · Paragraphs 8–32
Ask about a concept, passage, contradiction, or connection.
Socrates will begin with this book and its sources.About This Reading Edition
Anatole France’s The Gods Are Athirst follows the painter Évariste Gamelin as revolutionary conviction draws him into the work of the Revolutionary Tribunal. This complete French–English edition preserves the novel’s twenty-nine chapters, paired by source paragraph, with an introduction, historical orientation, glossary, and chapter notes.
Historical Text and Translation
The novel appeared in volume in 1912. The complete French reading text follows Project Gutenberg eBook 36477, whose underlying impression is undated and carries a later Brodard & Taupin colophon. Chapter I was also checked against a separate 1912 printing; that limited collation is distinguished from the source used for the whole novel.
About Diotimos Editions
The new English translation and editorial matter were generated and revised with AI for Diotimos Editions. The reader preserves the supplied paragraph pairing, songs, quoted letters, and 431 chapter notes, together with the source register and the edition’s statement of editorial responsibility.
Rights
Anatole France’s French source work is in the public domain. The new 2026 English translation and Diotimos editorial matter are credited as supplied in this bilingual edition.