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Diotimos Library · Journals, Notebooks & Fragments Collection · Bilingual Edition

Maurice de Guérin

The Green Notebook

French with an independent English translation.

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The Green Notebook1833 · Le Val, December 7, 1833

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English Page · Branch 63 of 121

1833 · Le Val, December 7, 1833

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French

p. 125

Le Val, 7 décembre.

Après un an de calme parfait, sauf les tempêtes intérieures, dont il ne faut pas accuser la solitude, car elle m’a enveloppé de tant de paix et de silence qu’une âme moins inquiète que la mienne se serait délicieusement endormie; après un an, dis-je, de ce calme accompli, ma fortune, qui m’avait laissé entrer dans la maison sainte pour y prendre un peu de repos, a frappé à la porte pour me rappeler; car elle n’avait pas poursuivi son chemin, mais s’était assise sur le seuil, attendant que j’eusse repris assez de forces pour me remettre en voyage. « Ta halte est assez longue, m’a-t-elle dit, allons, en route! » Et elle m’a pris par la main, et la voilà de nouveau en marche comme ces pauvres femmes qu’on rencontre sur les chemins, menant un enfant qui les suit d’un air désolé. Mais quelle est ma folie de me plaindre, et n’y a-t-il pas au monde d’autres souffrances que les miennes à arroser de mes larmes ? Je dirai désormais aux sources de mes pleurs : « Fermez-vous; » et au Seigneur: « Seigneur, n’écoutez pas mes plaintes, » toutes les fois que je serai tenté d’invoquer le Seigneur et mes larmes pour moi-même; car il est bon que je souffre, moi qui ne puis rien acheter dans le ciel par le mérite de mes actions, et qui n’y gagnerai quelque chose que par la vertu des souffrances, comme toutes les âmes faibles. Ces âmes n’ont pas d’ailes pour s’élever au ciel, et le Seigneur qui veut cependant qu’elles y viennent leur envoie du secours : il les place sur un bûcher d’épines et fait descendre le feu de la douleur; le bois consumé, il s’élance vers le ciel comme une vapeur blanche, semblable à ces colombes qui prenaient leur vol parmi les flammes mourantes du bûcher des martyrs. C’est l’âme qui a consommé son sacrifice, et que le feu des tribulations a rendue assez légère pour qu’elle puisse s’élever au ciel, comme une fumée. Le bois est lourd et immobile; mettez-y le feu, une partie de lui-même s’élèvera jusqu’aux nues.

Je suis de ces âmes, Seigneur; je ne dois donc pas verser des larmes pour éteindre mon bûcher. Mais je répandrai des pleurs à grands flots pour ceux qui souffrent et qui ne devraient pas souffrir. J’en répandrai surtout pour Celui qui est aujourd’hui en proie aux plus profondes amertumes et qui a fait tant de bien qu’il semblait déjà surabonder de mérites sans qu’il eût besoin d’en gagner de nouveaux par la voie des souffrances. Je pleurerai sur lui et sur ceux qui lui font du mal, et qui m’en ont fait aussi par contre-coup. Jésus-Christ ayant répandu la vertu inappréciable de son sang sur ses bourreaux, c’est bien la moindre chose que les hommes laissent tomber leurs larmes sur leurs ennemis.

Je consacrerai ces larmes et les trésors de souvenirs que j’emporte de ce toit bienheureux de La Chênaie, qui a protégé durant un an ma vie, cachée dans le sein d’un prêtre que les hommes comptent parmi leurs gloires sur la terre, et que les saints réclament comme un des leurs dans le ciel. Quoique ma douleur soit bien amère, je ne suspendrai pas ma harpe aux saules des fleuves, parce que le chrétien, au contraire de l’Israélite, doit chanter le cantique du Seigneur et de l’homme du Seigneur, dans la terre étrangère.

Et voyez combien la Providence est pleine de bonté pour moi ! De peur que le passage subit de l’air doux et tempéré de la vie religieuse à la zone torride du monde n’éprouvât trop mon âme, elle m’a amené, au sortir du saint asile, dans une maison élevée sur les confins des deux régions, où, sans être de la solitude, on n’appartient pas encore au monde; une maison dont les croisées s’ouvrent, d’un côté, sur la plaine où s’agite le tumulte des hommes, et de l’autre sur le désert où chantent les serviteurs de Dieu. Je veux coucher ici l’histoire du séjour que j’y ferai, car les jours qui passent sous ce toit sont pleins de bonheur, et je sais que dans l’avenir je me retournerai fréquemment pour relire les félicités passées. — Un homme pieux et poëte, une femme dont l’âme va si bien à la sienne qu’on dirait d’une seule mais dédoublée; une enfant qui s’appelle Marie, comme sa mère, et qui laisse, comme une étoile, percer les premiers rayons de son amour et de son intelligence à travers le nuage blanc de l’enfance; une vie simple, dans une maison antique; l’Océan qui vient le matin et le soir nous apporter ses accords; enfin un voyageur qui descend du Carmel pour se rendre à Babylone et qui a posé à la porte son bâton et ses sandales, pour s’asseoir à la table hospitalière : voilà de quoi composer un poëme biblique, si j’étais bon à décrire les choses comme à les sentir.

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The Green Notebook: 1833

p. 126

Le Val, December 7, 1833

After a year of perfect calm, apart from inward storms for which solitude must not be blamed, for it enveloped me in so much peace and silence that a soul less restless than mine would have fallen deliciously asleep; after a year, I say, of that complete calm, my fortune, which had let me enter the holy house to rest a little, knocked at the door to call me back; for she had not continued on her way, but had sat upon the threshold, waiting until I had recovered enough strength to resume my journey. ‘Your halt has been long enough,’ she said to me, ‘come, let us be off!’ And she took me by the hand, and there she is on her way again, like those poor women one meets upon the roads, leading a child who follows them with a desolate air. But what madness it is to complain, and are there no sufferings in the world besides mine to water with my tears? Henceforth I shall say to the springs of my tears: ‘Close yourselves’; and to the Lord: ‘Lord, do not listen to my complaints,’ whenever I am tempted to invoke the Lord and my tears on my own behalf; for it is good that I should suffer, I who can purchase nothing in heaven through the merit of my actions, and shall gain anything there only through the virtue of suffering, like all weak souls. These souls have no wings to rise to heaven, and the Lord, who nevertheless wishes them to come there, sends them help: he places them upon a pyre of thorns and brings down the fire of sorrow; the wood consumed, it soars toward heaven like a white vapor, like those doves which took flight among the dying flames of the martyrs’ pyres. It is the soul that has completed its sacrifice, and which the fire of tribulations has made light enough to rise to heaven like smoke. Wood is heavy and motionless; set it on fire, and part of it will rise to the clouds.

I am one of those souls, Lord; therefore I must not shed tears to put out my pyre. But I shall pour out tears in great streams for those who suffer and ought not to suffer. Above all I shall pour them out for him who is today prey to the deepest bitterness, and who has done so much good that he seemed already overflowing with merits, without needing to win new ones through the way of suffering. I shall weep over him and over those who do him harm, and who have harmed me too indirectly. Jesus Christ having poured the priceless virtue of his blood upon his executioners, it is surely the least that men should let their tears fall upon their enemies.

I shall consecrate these tears and the treasures of memory I carry from that blessed roof of La Chênaie, which sheltered for a year my life, hidden in the bosom of a priest whom men number among their glories on earth, and whom the saints claim as one of their own in heaven. Although my sorrow is very bitter, I shall not hang my harp upon the willows of the rivers, because the Christian, unlike the Israelite, must sing the song of the Lord and of the Lord’s man in the foreign land.

And see how full of goodness Providence is toward me! For fear that the sudden passage from the gentle, temperate air of religious life to the world’s torrid zone should try my soul too severely, she led me, on leaving the holy refuge, into a house raised upon the borders of the two regions, where, though one is not in solitude, one does not yet belong to the world; a house whose windows open on one side upon the plain where the tumult of men stirs, and on the other upon the wilderness where God’s servants sing. I wish to set down here the history of the stay I shall make there, for the days passing beneath this roof are full of happiness, and I know that in the future I shall often turn back to reread past felicities. — A pious man and poet, a woman whose soul fits his so well that one might call them a single soul divided in two; a child called Marie, like her mother, who lets the first rays of her love and intelligence shine through childhood’s white cloud like a star; a simple life in an ancient house; the Ocean coming morning and evening to bring us its harmonies; finally, a traveler descending from Carmel to make his way to Babylon, who has laid his staff and sandals at the door to sit at the hospitable table: there is material for a biblical poem, if I were as good at describing things as at feeling them.

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About This Reading Edition

Maurice de Guérin’s journal moves between close attention to nature, friendship, faith, and the inward demands of poetry. This bilingual edition presents the complete Journal section of the 1864 printing, with a separate appendix of earlier printed passages from 1861.

Historical Text and Translation

The French follows G. S. Trébutien’s sixth edition of Journal, lettres et poèmes (Paris: Didier et Cie, 1864), pages 3–126. Its 116 dated entries run from July 1832 to October 1835. Five earlier passages from Reliquiae (1861) appear separately in the appendix. Completeness refers to the printed Journal, rather than the autograph notebook; the following letters and poems are outside this edition.

About Diotimos Editions

Diotimos Editions prepared this independent English translation directly from the French, preserving Guérin’s imagery, repetitions, intimate voice, and original paragraph divisions. French and English remain aligned for comparison. Translator’s notes clarify words, quotations, and allusions, while historical editor notes retain their separate attribution. The Essential setting keeps explanations useful to reading; All also includes the note on the edition’s typographic treatment.

Rights

The historical French printings are in the public domain in the United States. The independent English translation and new editorial notes are © 2026 Diotimos Editions. The linked facsimiles identify the printed witnesses used for this edition. Historical annotations and editorial conjectures remain attributed to their source editors, and the earlier variant passages are presented separately from the later Journal text.