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Explication de l’Emblème de la cinquième page, où est dépeint un petit jardin rempli de fleurs, au milieu duquel est un Rosier, etc. — Spirituation des eaux.
C’est après avoir parlé des premiers principes de l’art hermétique, expliqués sous la forme de vif-argent tremblant, et extrait des corps des métaux et de la réduction et préparation des métaux en première poudre, il faut maintenant parler de leur réduction en forme d’eau, sous laquelle cette matière nous devient visible. Il se trouve assez de gens qui soutiennent, et même tout le monde ensemble dit unanimement qu’il n’est rien dans la nature de plus noble que la substance de vif-argent ; parce que, comme il fournit à toutes choses les principes de végétation, de nutrition, de corruption et de génération, rien ne s’opère sans lui, ni par l’art, ni par la nature. C’est pourquoi nous représentons en cet emblème une
une petite fontaine d’eau claire et cristalline qui sourdit au milieu d’un jardin rempli de fleurs variées, au-dessus de laquelle s’élève un chêne d’une raisonnable hauteur, lequel est environné d’un Rosier garni de fleurs blanches et rouges qui s’élèvent autour. Toutes ces choses nous font assez voir la réduction du vif-argent en eau qui est la première matière de tout, et à laquelle convient toute végétation ainsi que toute nutrition, germination et pullulation, comme nous avons montré et fait voir par le chêne, le rosier et les fleurs dont le jardin est paré. Ceux qui ont examiné avec soin les mines de vif-argent assurent que les lieux où elles se trouvent sont agréables, verdoyants, montagneux, arrosés de plusieurs sources et d’arbres odoriférants, et surtout s’il y a une mine de vif-argent, on voit de plus les arbres qui sont sur ces montagnes grossir leur tronc, pousser des branches, produire des feuilles et des fleurs et quelquefois des fruits, mais pas toujours.
Les pierres qui font le devoir de matrices deviennent les racines de cet arbre métallique, et sans lesquelles l’or ne peut pousser des racines, ni pulluler, ni végéter parce qu’elles sont les commencements et les appuis de toute fixité ; car il serait absurde que l’or qui est très fixe fût privé de racines fixes auxquelles il soit attaché, car qui a jamais vu sortir d’un corps pur, incorruptible et permanent une semence volatile et corrompue ? Le vif-argent est le corps de cet arbre d’or qui lui communique sa vertu de végéter, pulluler, germer et fructifier ; les minéraux imparfaits en sont les écorces, les minéraux, les feuilles, les vitriols, les fleurs, et l’or ou l’argent sont ses riches fruits.
D’où il s’ensuit que la terre ou le soufre est le premier principe de la fixité de l’or, que le vif-argent est la première et la plus puissante cause de sa végétation, nutrition et augmentation, et qu’enfin le sel est le milieu qui découvre et met au jour ce qu’ils ont de caché, qui est la teinture dont les fruits sont les preuves certaines.
Nous regardons les minéraux comme leur écorce extérieure parce que les métaux créés dans les entrailles de la terre ressemblent extérieurement à la terre et au soufre.
Qui est-ce donc qui peut aller au contraire que ce ne soit le vif-argent ou son eau qui fournit à toutes choses moyen de végéter et multiplier, puisque tous les philosophes le regardent par rapport aux métaux et non pas comme une eau simple et élémentaire, mais comme une eau composée, gluante, pesante et tingente, non pas mouillante, mais sèche ; il n’est pas besoin de beaucoup d’argumentation pour en prouver la possibilité parce qu’il n’est pas permis d’argumenter quand l’expérience maîtresse et preuve de la vérité des choses ne nous laisse aucun lieu d’en douter.
On a vu avant nous, et tout le monde l’assure, que tous les métaux végètent au moyen d’une lessive faite de chaux ou de sel de terre végétable, et qu’ils croissent et pullulent en branches comme
le corail, et non pas en feuilles.
Développons présentement tout ce que les Poètes ont inventé là-dessus. Nous trouverons que la mère de Mercure est une certaine nymphe qu’ils ont tous voulu nommer matière. Ce Dieu n’avait pas encore vu le jour qu’il devint un insigne voleur, ne s’appliquant qu’aux vols et à la tromperie. Il prit et cacha dans son ventre les vaches d’Apollon plus blanches que le lait et qui avaient des cornes d’or. Comme Apollon s’en plaignait, il lui enleva son carquois ; il prit en cachette le trident de Neptune ; enleva le sabre du dieu Mars, qu’il tira du fourreau sans le faire voir, et enleva avec une adresse singulière les tenailles de Vulcain qu’il cacha dans ses langes ; se rendit maître de la ceinture de Vénus, et il aurait arraché la foudre des mains de Jupiter, et lui eût ôté son sceptre, qui est son ornement royal. Les Poètes disent que dans le jour il se tenait au haut de l’Olympe où l’air est pur et serein et où souffle le doux
le doux zéphire, et que pendant la nuit il se cachait et demeurait au fond des enfers. Ils le représentent comme un jeune homme armé d’un casque ailé et qui ébranle un caducée, qui porte à ses pieds des brodequins ailés et un sabre à son côté. Ils prétendent que Jupiter est son père, et cet avant-coureur de la pluie passe pour être frère des sept pléiades. Il est inventeur des arts mécaniques, maître des arts libéraux, Père des Sciences, et ils donnent à entendre que Argus mort et un coq à ses pieds sont ses attributs.
Peut-on au travers de menteries si artificieuses ne pas découvrir quelque étincelle de vérité ? Peut-on en retournant les yeux sur les choses ne pas connaître sur-le-champ tous les secrets de la nature ? Puisque ces choses, séparées des contes de la fable, paraissent purement physiques et conformes à la vérité de l’art hermétique.
Les poètes, qui portent leur vue jusque dans les cieux, le font naître sur le sommet des plus hautes
montagnes, car c’est dans cette suprême et première région de l’air, où la sérénité n’est troublée ni par les vents, ni par le froid, la foudre et les nuages, où est l’origine immortelle et la demeure céleste des Dieux. C’est pourquoi ils lui donnent pour père Jupiter qui tire son origine de la plus pure substance de l’air ; par la même raison nous lui donnons pour mère la matière, car dans le mois de mai, de l’aveu de ceux qui en creusant cherchent les minéraux, il s’élève une petite nuée blanche un peu au-dessus de terre sur le haut des montagnes, où ils se doutent qu’ils trouveront du vif-argent ; ils connaissent ce nuage à sa pesanteur, surtout si l’air est serein, et s’il n’y a point de météores, ce qui leur fait connaître certainement qu’il y a grande quantité de vif-argent dans ces endroits. Cela a engagé quelques personnes à dire que le lever de l’aurore naissante contribue beaucoup à faire connaître la matière de la pierre physique ; ils l’ont nommée en conséquence l’urine des gémeaux, dont le Signe en ce mois,
préside aux astres et aux constellations dans le Ciel avec un souverain empire ; ils lui ont aussi donné le nom d’urine de Saturne, qui est la plus froide de toutes les planètes. À peine est-il formé dans les lits noirs de la terre qu’il sort et se jette hors du berceau et descend du haut de l’Olympe avec de petites cordes, qu’il se déguise, enlève les bestiaux d’Apollon et les cache au fond de son ventre, c’est-à-dire qu’à peine le Mercure est-il formé en vif-argent courant, qu’il est la matière la plus considérable des métaux, qu’avec une légère chaleur de △ il devient très volatil et très subtil, et se météorise, c’est-à-dire qu’il devient esprit après avoir brisé les liens de son corps, et qu’il s’engraisse des vapeurs du soufre vif que l’on appelle les vaches d’Apollon, car le soufre minéral est nourri et composé de sel nitreux, tiré de la fiente des animaux, et se coagule par inspiration en différentes sortes de métaux dans les entrailles des rochers ; c’est pourquoi ils disent qu’il les cacha dans son ventre. Or, par l’épaisseur et l’engrossement du soufre très chaud, il devient gros et très pesant, et
pour cette raison est emprisonné dans les cavités des rochers par son pesant volume, et roulant sa pierre par un mouvement continuel de circulation comme un autre Sisyphe, il est fixé en forme de parfait métal. Qu’ont-ils voulu dire par le trident de Neptune, le sabre de Mars, la ceinture d’or de Vénus, les tenailles de Vulcain, sinon la triple substance de mercure ou de cette eau, savoir la vertu incisive et celle de dissoudre et enfin la propriété qu’il a de faire germer, comprise par la ceinture d’or de Vénus. Qu’entendent-ils par les tenailles de Vulcain, sinon un instrument chaud avec lequel la nature opère tout ce qui se crée dans l’univers ? Ils ont prétendu avec juste raison qu’il se météorise dans le centre de la terre, tout ce que Jupiter météorise dans les cieux où se font les premières mixtions des choses et leurs épousailles ; c’est pourquoi il tâche de dérober à Jupiter sa foudre et son sceptre, mais il était enflé d’un feu trop [céleste, biffé] terrestre et trop épais pour pouvoir recevoir son impression. Que signifie la noirceur ou blancheur de son casque, sinon l’éclat argentin, volatil et versatile de mercure obscurci par quelque noirceur ? Que veulent-ils exprimer par la mort d’Argus le surveillant,
qui avait cent yeux, sinon la mortification du même vif-argent tremblant, qui brille de tous les côtés comme un miroir ou comme un œil ? Que prétendent-ils signifier par l’oiseau consacré à Mars en lequel fut changé le jeune Gallas, de crainte que le Soleil ne s’aperçût des embrassements de Mars qui était couché avec Vénus, sinon son esprit mâle et germinatif qui fasse non pas les amours illégitimes du Soleil et de Vénus, mais leurs chastes amours ? Que veulent-ils dire par le coq qui lui est consacré aussi bien qu’au Soleil, que les physiciens assurent qui dévore les serpents, si ce n’est son soufre intérieur qui a une très grande force pour coaguler son humidité ? Plusieurs le cherchent, les uns dans les plantes, et les autres dans les végétaux, les autres dans les animaux et au milieu des entrailles de la terre et dans les minéraux, et personne ne reconnaît votre eau, excepté un qui la connaît non pas à la vue, mais par l’odeur ou le poids. Est-il rien de plus ridicule que de chercher ce qu’on a entre les mains ? Est-il rien de plus absurde que de ne pas voir devant ses yeux une fontaine dont la source fait couler des eaux cristallines
et des ruisseaux très clairs ! Y a-t-il de la folie ou de l’aveuglement ? Ceux néanmoins que vous voyez dans ce jardin plein d’agrément et de volupté cherchent des eaux qui, pour ainsi dire, s’enfuient d’eux et se précipitent dans les abîmes, comme dit le poète de Tantale : il cherche de l’eau au milieu des eaux et tâche d’attraper des pommes qui s’échappent. Après que cette eau a coulé par plusieurs canaux souterrains qui quelquefois paraissent sur la surface de la terre et un moment après se dérobent, elle retourne au centre de la terre et se jette dans les plus profonds replis de ses entrailles ; c’est alors qu’elle échappe à nos yeux et que le plus clairvoyant, bien loin de pouvoir en jouir, ne peut seulement pas l’apercevoir : les chimistes ont nommé cette eau du serpent, extraite à l’alambic, eau d’une insigne puanteur, mais qui cache toutes les autres dans son sein, l’eau de notre Mer ; c’est l’eau de notre Vénus, ou de l’aurore naissante qui prend plusieurs formes de terre ou d’humeurs, comme on a dit d’Acheloüs ; c’est l’eau de notre vert Quenech qui s’élève dans les fleuves. Ô humide verdeur, forme aqueuse de la végétation et nutrition des choses, germe