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← ExitThe Manly Hall Manuscript Collection, Volume I
The Dragon on the Cross and Corruption

coucher du soleil ; on s’apercevait que cette croix était faite en bois de chêne.

Explication du premier emblème où est la figure d’un dragon attaché sur une croix avec des clous.

Corruption.

Tous les maîtres et docteurs des Hébreux ont fait mention de la croix, et ont voulu qu’on l’eût en grande vénération, parce qu’elle contient tous les secrets et merveilles de la physique, de la magie, et de la religion. L’écriture sainte témoigne que Dieu envoya sur les Israélites des serpents de feu parce qu’ils avaient murmuré contre lui. C’est pourquoi Moïse fit un serpent d’airain attaché sur une croix, et cette figure garantissait ceux qui jetaient la vue dessus ; c’est ce qui a engagé les médecins à mettre la chair des serpents en usage contre les morsures des bêtes venimeuses, tant la nature sait cacher ses remèdes spécifiques sous les plus grands poisons.

La figure du serpent d’airain fait voir le plus grand de tous les poisons dans le laton des philosophes qui est la première médecine et l’universelle : cette même raison favorise l’exposition secrète du serpent dépeint en cet emblème et attaché sur une croix, qui, quoiqu’animal très venimeux sert néanmoins à composer la plus souveraine médecine et l’alexipharmaque. Les physiciens ont entendu la même chose par un vase d’airain consacré à la déesse Minerve, où l’on pouvait aisément voir tous les mystères de cette science secrète tracée en anciens caractères d’or.

Soit que les poètes n’aient pas eu connaissance des secrets de la respectable antiquité, soit qu’on les leur ait découverts, il est néanmoins certain qu’ils les ont tellement enveloppés de fables que l’esprit le plus perçant a peine à les entendre, s’il n’a une connaissance très parfaite des hiéroglyphes des Égyptiens. Pourrait-on sans folie interpréter ici crûment la fable de Cadmus, fils d’Argénor, prêt à combattre contre le dragon de Lerne, qui avait dévoré ses compagnons, et mourut attaché à un chêne après avoir eu la gorge percée

d’outre en outre par ce héros dans un combat singulier ?

Si donc nous voulons séparer le grain de la paille, la noix de son écorce, et la vérité de la fable nous dirons que par ce serpent couvert de dures et anciennes écailles, on doit entendre ce corps de l’or que d’autres corps ne peuvent point entamer, qui ne meurt point et ne se corrompt point, s’il n’est blessé à la gorge et puis qu’à la tête, c’est-à-dire s’il n’est dissout par le mercure qui est sa tête et sa gorge, puisqu’il se trouve en moins de temps qu’il est couvert d’écailles qui ne sont pas dures et qui ne sont qu’en petit nombre, de sorte qu’il est détruit plus promptement et plus aisément que l’or. Sa pique est un feu commun ou philosophique, par rapport aux effets et à la ressemblance de la figure, parce que quand il est allumé, il a la figure d’une lance pointue et bien affilée et produit le même effet, parce qu’il ouvre, pénètre et détruit les corps de même qu’une lance, comme nous le ferons voir plus au long en son lieu.

Cet emblème nous expose un serpent qui n’est point attaché à un vieux tronc de chêne, ni percé et

brisé de la pique de Cadmus, mais attaché sur une croix avec deux clous, dont l’écaille au dos est bleue et celle du ventre variée et mouchetée de taches jaunâtres et rouges qui sont les couleurs attribuées au cuivre ou laiton des philosophes, qui est un ambre composé d’or ou d’argent volatil qui n’est point encore mûr ; c’est pour cela que les chimistes l’appellent leur soufre ou leur or avant sa cuisson parfaite et sa fixation, et le nomment cuivre ou laton à cause de sa noirceur, de sa volatilité, et de sa puanteur dont il abonde ; c’est ce qui a donné lieu à cet ancien proverbe des philosophes : lavez votre laton et déchirez vos livres ; car quand nous aurons ce précieux soufre de nature que nous appelons laton, il ne nous reste autre chose à faire qu’à le nettoyer par des réitérées digestions, irrigations, et imbibitions de notre eau mercurielle jusqu’à ce qu’ayant mis bas sa noirceur, son venin et sa puanteur, il devienne soufre luisant et fixe comme du talc.

Le Poète signifie la même chose par un taureau qui a plusieurs formes et les pieds d’airain.

Par le pied, nous entendons la fin de l’opération, et la création de notre laton ou soufre, et par sa forme lorsqu’il se change en fleuve qui est sa résolution. Hercule n’eut pas peu de peine, et un artiste n’en ressent pas beaucoup moins à dompter ce monstre, parce qu’il prend la forme de fleuve et de taureau, c’est-à-dire de soufre et qu’un moment après il en prend d’autres.

Pour lors, le corps de l’or devient si subtil qu’il l’est plus que tous les esprits, et qu’il pénètre les corps les plus solides des métaux, et acquiert une si grande vertu végétative, qu’il est sublimé par la moindre chaleur du soleil, qu’il pousse des branches, des feuilles et des fleurs agréables à la vue plus promptement qu’une autre plante, et a une telle vénénosité qu’il tue plus promptement que l’arsenic, et devient dans la suite un remède si efficace, et d’une telle vertu qu’il guérit toutes sortes de corps malades. Nous en parlerons au long en son lieu.

Il ne suffit donc pas à l’artiste d’avoir réduit l’or en sa première forme, c’est-à-dire en eau, et de l’avoir préparé en soufre blanc de nature par sublimation, mais il faut encore

marier ces taureaux indomptables, c’est-à-dire le soufre volatil et le mercure volatil qui n’ont point encore essuyé le joug et qui n’ont pas passé par le feu ; il faut semer les dents du serpent, c’est-à-dire du soufre sublimé dans le haut du vaisseau, avec ce qui reste de Mercure dans le fluide que nous appelons vapeur engraissée ou suc mixtionné de Médée parce que les chairs de notre vipère solaire ont été cuites dedans ; il vit pour être cuit et pour être corrompu, car s’il n’est corrompu, il n’engendrera point ; dans cette corruption tout le vaisseau se remplit de vapeurs élevées de la matière corrompue dont il faut se garantir avec grand soin, comme nous avons remarqué plus haut. Ces vapeurs étant donc dissipées, la matière paraît luisante comme une épée nue, ou comme du talc.

C’est alors que le dragon a dévoré sa queue, qu’Hercule a renversé Achelous, ou qu’il lui a arraché la première corne du front qui ne verse pas peu de lait ; c’est alors que Persée a coagulé en pierre une partie du Dragon et c’est enfin alors que l’artiste a soumis les taureaux par le moyen du joug ou du feu et qu’il a créé le premier soufre blanc. Que reste-t-il présentement, si ce

si ce n’est de labourer la terre et d’y semer les dents du serpent, c’est-à-dire le soufre qui doit être cuit avec le reste de l’eau devient or, que l’on sème dans la terre blanche et fendue par feuilles c’est-à-dire labourée et très bien ouverte ce qui fait dire au poète très élégamment :

Nous résolvons un corps vivant avec le feu de Phœbus, pour faire devenir esprit ce qui était pierre auparavant et du milieu de ses entrailles nous tirons l’or qui purifie l’airain rempli des ordures que lui a laissées sa mère, après avoir séparé ses os de la semence dont il est né ; nous le lavons avec une eau avec laquelle il s’allie ; d’eux, il naît un oiseau revêtu de diverses couleurs, et qui après être devenu blanc s’envole dans les cieux ; alors avec un nouveau feu, nous peignons ses ailes et les colorons, les frottant de son propre lait pour la perfection de l’ouvrage, nous le nourrissons de sang jusqu’à ce qu’il soit assez fait pour éprouver la rage de Vulcain.

De cette fatale semence des dents du Dragon, il sortit de terre une troupe de soldats qui combat-

combattaient les uns contre les autres, et qui se jetaient sur Jason. Par ces soldats on entend les vapeurs ou les parties des éléments qui s’entrecombattent jusqu’à ce qu’ils soient fixés en pierre, comme on dit que Jason en jeta une au milieu d’eux ; afin qu’ils tournassent leurs armes contre eux-mêmes, et qu’ils s’entretuassent les uns et les autres car les qualités actives des Éléments ne cessent pas d’agir contre les passives jusqu’à ce qu’elles se coagulent et se fixent en soufre blanc ; c’est pour cela que la femme de Saturne donna une pierre à dévorer à la place de Jupiter, au Dieu qui dévora ses enfants, car toutes les couleurs des métaux que nous appelons de leur nom paraissent dans la corruption, et si elles ne paraissent pas, nous disons que ces métaux ont dévoré leurs enfants.

Car cette opération se trouve décrite dans une infinité de passages des poètes. Dans Adonis, tué par le sanglier d’Érimanthe, dans Isis, mise en pièces par Tysiphone, dans les tigres et les dragons qui s’étranglent au pied de la montagne dont nous avons donné la description, et dont nous ne parlons

pas, parce que cela ne fait rien à notre sujet qu’il est à propos de poursuivre.

Par l’ancien tronc du chêne où est attaché le serpent de Cadmus, percé à la gorge, et par cette croix de bois de chêne où le grand dragon est suspendu mort, attaché de deux clous, nous entendons un vaisseau de bois à demi plein de cendres et qui contient l’œuf philosophique parce que ce bois naturellement entretient un feu léger, égal et continuel ; on croit même qu’il reçoit une chaleur qui dure longtemps, à cause de sa pesanteur et de sa dureté qui est ce qui ne reconnaîtra pas d’abord ce vaisseau qui est la matière qui doit être digérée et corrompue, en voyant cette figure de la croix, puisqu’elle est destinée pour payer les peines du crime commis, et pour subir la mort. C’est pourquoi on y a dépeint un serpent entièrement attaché, dont la tête pend du côté du levant, et la queue vers le soleil couchant, de sorte qu’il n’y a personne assez stupide, pour ne pas juger qu’on a besoin d’un plus grand feu au commencement de la préparation qui est signifiée par la tête.

Cherchez un lion au levant, et un aigle au midi, car il y a une plus grande quantité de lions en Afrique qu’ailleurs, et on ne voit guère de bandes d’aigles blancs que dans l’occident ou au midi ; on a besoin de plus d’apprêts pour la chasse du lion que pour celle des aigles blancs. Il est besoin pour la confection de notre soufre.

Ce n’est donc pas sans raison que tous les Égyptiens ont eu pour la croix une grande vénération, puisque non seulement elle contient toutes les vertus et propriétés des choses élémentaires, comme nous l’expliquerons plus au long dans la suite en son lieu, mais parce que Jésus-Christ a souffert la mort sur la croix, que par sa mort, il a payé les peines dues à notre crime, et a obtenu un pardon général à tous les chrétiens des péchés qu’ils ont commis.

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