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les dragons ont une certaine sanie écumeuse et venimeuse qui tue les petits des aigles ; c’est pourquoi ces oiseaux pondent sur le haut des montagnes, des arbres et des rochers de peur que les dragons ne dévorent leur couvée qui n’est autre chose que le soufre universel engendré au haut du vaisseau et spiritualisé comme nous l’avons assez marqué ci-dessus.
De l’explication des fables par l’alchimie et l’œuvre philosophique.
Le poète dépeint élégamment cet aigle royal ou ce corps blanc de nature par la fable d’Andromède ; il feint fort ingénieusement la figure d’une fille dépouillée de ses habits royaux et attachée sur un rocher avec des liens de fer, et exposée à un dragon d’une grandeur monstrueuse, sur lequel un jeune homme monté sur un cheval ailé, la main droite armée d’un sabre, et la gauche du miroir de Minerve, ayant sur la tête le casque ou bonnet de Mercure et ses brodequins ailés aux pieds, vient fondre et met en pièces une partie du monstre prêt à dévorer cette chaste pucelle,
et glace l’autre partie par la vertu du miroir de Minerve qui convertit tout en pierre. Mais avant de commencer ce combat sanglant contre ce cruel ennemi il faut avoir recours à Minerve ou aux nymphes conductrices de la sagesse et apprendre d’elles le moyen d’éviter et d’arrêter les flammes et le poison mortel qu’il lance par le nez et les oreilles, et couper la tête de Méduse qui est gardée par ses sœurs, en arracher un œil et une dent, c’est-à-dire on doit séparer la pure et claire substance de Mercure exprimée par l’œil et la dent à cause de sa pureté et de sa vertu dissolutrice des substances aqueuses et terrestres ; il faut couper la tête de Méduse, c’est-à-dire il faut dissoudre l’esprit métallique de l’or dont naissent Crisaes et Pégase qui sont les esprits de l’or et du vif-argent. Il faut encore, avant d’entreprendre ce combat si fameux et si vanté, qu’il mette à ses pieds les brodequins et qu’il s’arme du casque et de la cuirasse du jeune homme représenté dans le premier emblème, et qu’il s’arme d’une épée d’acier le plus épuré et du miroir de la Déesse Minerve, c’est-à-dire, avant qu’on ait ce
soufre d’or qui convertit tous les métaux et tous les corps et qui fixe le vif-argent, on doit premièrement les réduire en quintessence ou en esprit fort volatil, comme il est marqué par les brodequins ailés de Persée, c’est-à-dire de l’or fondant et fusible, ce qui est aussi marqué par son cheval ailé ; ensuite, on le doit convertir en soufre de nature lumineux comme le miroir de Minerve, ou comme l’épée nue dont c’est le propre de changer tout vif-argent en pierre ou en soufre et de le fixer. C’est ce qu’on appelle médecine universelle. On peut rapporter ici les dépouilles de la Toison d’Or remportées par le prince Jason que la victoire lui fera gagner ; Médée, fille du Roi Œétès, qui l’aimait éperdument, lui conseilla d’avoir recours à Minerve et à son père qui promit de la lui donner en mariage, s’il domptait sous le joug les taureaux qui vomissent feu et flammes et s’il labourait le champ ou la terre de Mars avec le soc de la charrue philosophique, et s’il semait en terre les dents du serpent, de Cadmus, gardées par Minerve pour cette dangereuse épreuve. Avant d’entrer
en un combat si douteux, il consulte Médée très expérimentée dans la médecine qui lui donne un breuvage contre ces taureaux et qui lui conseilla pour le garantir d’un pas si périlleux d’éviter leur haleine mortelle et enfin lui donna un suc soporatif afin qu’il remportât une victoire signalée sur ce dragon vigilant et commis pour garder la Toison d’or, après l’avoir assoupi.
On place les travaux d’Hercule, les combats de Persée et les entreprises de Jason, et les autres actions éclatantes de ces héros à la tête des combats les plus remarquables et les plus dignes de mémoire dont ait parlé la fabuleuse antiquité. Leurs armes, leurs prudents conseils, leur bravoure et leur générosité accompagnée de plusieurs circonstances, nous découvriront tellement la vérité, qui, jusqu’ici a été cachée sous l’écorce ridée et défectueuse de la fable, que nous n’omettrons rien de ce qui regarde leur entière explication, afin qu’on reconnaisse que nous n’avons rien plus à cœur que de voir un chacun se servir avec profit et ne pas abuser témérairement de si grands secrets de la nature dont la connaissance que nous avons acquise nous a coûté tant de peine.
Si Hercule, dans les triomphes qu’il a remportés sur
de si dangereux ennemis, se sert d’une pique, d’une massue, si au lieu de casque, de cuirasse, et d’autres armes il se sert des dépouilles du lion rouge dont il s’est couvert, ce qui n’attribuera plutôt de si grandes victoires à ses forces et à son courage qu’à ses armes, et ne les rapportera pas à la vérité de la physique chimique cachée sous l’écorce de la fable.
Quoiqu’il ne se présente pas devant Persée un si grand nombre d’ennemis à combattre et à terrasser, cependant, il est tout cuirassé, chargé du poids de ses armes, il se sert d’un cheval ailé et de brodequins ailés, d’une épée empoisonnée et d’un miroir enchanté pour combattre un dragon vomi par les flots de la mer.
Jason, au contraire, n’a point recours aux armes, mais à l’artifice, aux avis et à la prudence, et au cas qu’il arrive qu’il soit blessé à mort, il consulte la médecine de l’enchanteresse Médée, et a recours aux prestiges et aux enchantements s’il est besoin.
C’est de ces sortes de choses dont abusent et ne se servent point les Rois et les Souverains qui ont des troupes innombrables à terrasser et à mettre en pièces ;
mais dans les opérations chimiques, développons ce que ces choses signifient.
Avant tout, ces trois vaillants héros, qui sont au-dessus du rang des mortels, ne représentent et ne signifient qu’un feu ou qu’une eau philosophique ; mais comme elle est composée de plusieurs substances, et qu’elle passe par différentes préparations, elle est considérée en différentes manières comme on le verra dans la suite.
Mais nous devons vous dire ce que signifient dans les opérations chimiques, la massue d’Hercule, la peau du lion de Némée qu’il porte pour ornement, et que veulent dire les brodequins ailés de Persée, son armement, son sabre, le cheval ailé qu’il monte, aussi bien que le miroir de Minerve, et enfin ce que marque la prudence de Jason, les préservatifs, les enchantements, les poisons et les remèdes dont il se sert.
La peau du Lion Rouge ou de Némée, dont Hercule se sert pour ornement ou comme d’un manteau royal représente l’esprit mercuriel qu’on appelle lion rouge ou cerf rouge, suivant ce proverbe usé des philosophes, qu’on convient que ce qui a la tête rouge se cache pour être
le commencement du premier œuvre. L’esprit solaire s’en couvre comme d’un manteau royal, car il en est le corps et la couverture et ne peut être dissous, subtilisé ni spiritualisé sans lui.
C’est de lui seul qu’il a reçu toute sa force, et c’est par son moyen qu’il convertit sa prééminence, c’est-à-dire sa force et sa vertu, de végéter et multiplier très bien, dépeintes par la massue de bois qui est l’image de la végétation, et qu’il ne tient que de cet esprit ou vif-argent, et non pas d’autre chose.
Il ne se trouve cependant pas peu de difficulté à égorger ce lion d’un courage insigne et d’une force extraordinaire qui vainc tout et transforme en sa nature aqueuse le corps de l’or très fixe qu’il engloutit et qu’il cache dans son estomac vorace comme dans un sépulcre ; de même que ce lion de Grèce qui nous représente l’image et la figure de cette seconde eau philosophique ; celui qui la possédera vaincra et surmontera tout, comme un autre Hercule.
Nous ne prenons pas pour Persée cette eau mercurielle et philosophique, mais pour cette eau permanente et fixe, qu’on
qu’on appelle élixir d’Oralie, ou premier soufre de nature, ce qui indique la seconde opération.
La première solution de la matière ou des corps en eau et la sublimation en soufre blanc de nature, comme nous avons dit ci-dessus, contient la fable d’Andromède, qui nous reste à expliquer. Ce soufre blanc de nature sublimé dans la tête de l’alambic, nous montre Andromède attachée sur le rocher, car il est en forme de pierre, et l’eau mercurielle, qui reste au fond du vaisseau, est ce dragon, armé de dures et anciennes écailles, né de la première eau, qu’on appelle mer des philosophes, qui est prêt à dévorer la victime vers laquelle il s’avance avec beaucoup d’empressement et qu’avec sa dent vorace, il engloutirait déjà dans son estomac, si Persée, c’est-à-dire l’esprit solaire, caché dans le soufre blanc engrossé de la teinture de Mars, (comme l’on le voit par son casque et sa cuirasse faites de très bon acier) et rendu esprit ou quintessence par la sublimation (ce qui se voit aussi par les brodequins ailés et le cheval Pégase), ne fondait des airs sur ce monstre pour le faire périr sans ressource. Il en coupe de son sabre une partie en pièces, c’est-à-dire par la force de cette eau dissolutrice, et il transforme le reste en
en pierre par le miroir de Minerve, c’est-à-dire par la vertu de l’eau congélative. Qui est-ce qui ne prendrait pas ce miroir pour ce soufre ou esprit de soufre qui est si clair et si luisant qu’il brille comme une épée nue et qui a la force de coaguler tout le vif-argent et de le fixer en soufre ; de même que disent les poètes du miroir de Minerve que Persée ne regardait qu’à la faveur de la réflexion des rayons et qui contient encore une infinité de secrets que nous devons taire présentement.
Parlons maintenant de la troupe de Jason et expliquons ce que les poètes veulent nous faire entendre par cette troupe ; nous ne voulons comprendre par Jason qu’un esprit semblable de soufre et de mercure, mais cependant fort différent du premier, tant dans la nature que dans les effets, car celui-ci est aussi fixe que l’autre est volatil, et quiconque en veut jouir doit recourir à Minerve, mère de la Science et à Médée, compagne de l’expérience ; car il faut une industrie extrême pour unir les esprits et les joindre par un traité de mariage éternel, afin qu’ils se convertissent en matière fixe et permanente, qui est appelée pierre des philosophes ou la Toison d’or que Jason va remporter.
Mais avant cette victoire non sanglante, il consulte la science et l’art de Médée ; les taureaux furieux qui vomissent feu et flammes qu’il a à dompter, ne sont que des vapeurs élevées dans le troisième œuvre de la corruption, qui doivent être arrêtées par un artiste subtil et ingénieux, c’est-à-dire qu’on doit cuire la matière jusqu’à ce qu’il ne s’élève aucune vapeur dans la tête de l’alambic, qui remplissent tout le vaisseau.
Ce n’est pas sans raison qu’on l’avertit de s’en donner de garde, parce que les philosophes les crient mortelles et pires que le poison.
Ensuite, il faut ouvrir la terre de Mars avec la charrue et le soc des philosophes, et semer les dents du serpent de Cadmus, c’est-à-dire que ce soufre dont nous avons parlé ci-dessus, qui est la terre de Mars, doit être ouverte avec le soc de la charrue philosophique et on doit y semer les dents, c’est-à-dire qu’elle doit être corrompue, ouverte et déchirée par le moyen de l’eau mercurielle qui reste. Nous en avons assez parlé en son lieu ci-dessus ; c’est pourquoi par le soc et les dents du serpent, nous entendrons la vertu dissolutrice de l’eau ;