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← ExitThe Manly Hall Manuscript Collection, Volume I
Multiplication and the Eucharist

une chose quand on ne me croirait pas, et je l’assure volontiers, que ceux qui ont fait l’expérience méritent fort qu’on les croie et qu’ils sont dignes d’avoir fait une si grande merveille, et je jure très religieusement que je n’avance et n’avancerai rien que ce que j’ai fait de mes mains, oui je jure que j’ai fait une liqueur qui sentait l’ambre, qui ressemblait assez en couleur et en épaisseur à de l’huile dont une seule petite goutte avait converti quatre onces de plomb en véritable et très bon or ; comme quelques philosophes de notre cabale en doutaient je leur confiai cet or afin qu’ils en fissent un examen qui pût en donner une preuve plus certaine, et tous le trouvaient beaucoup meilleur que l’or des mines.

Si vous ne croyez ces choses, ô hérétique, qui ont été vues jusqu’ici par des hommes même de la lie du peuple et qui ont été écrites, vous êtes hérétique en tous points et il vaudrait mieux douter de la lumière du soleil, mais peut-être ne révoquez-vous pas en doute que la création de tout l’univers a été faite de rien par le Dieu Tout-Puissant et encore moins qu’il y a en tout une vertu séminale pour perpétuer les espèces, et n’oserez

vous nier la nutrition, la conservation et l’augmentation de ces espèces. Qu’est-ce que, je vous prie, que la conservation, nutrition, augmentation et propagation si ce n’est une création multipliée et étendue d’une chose une fois créée sans laquelle l’espèce périrait et retournerait en son chaos. Tout le monde l’avoue et il n’y a point à disputer là-dessus ; si vous l’accordez j’espère que vous ne me refuserez pas ce qui peut être prouvé par l’expérience. J’ai fait une poudre et l’ai tenue en mes mains ; j’ai aussi eu et éprouvé et plusieurs fois tenu une liqueur mercurielle en mes mains qui non seulement se pouvait multiplier à l’infini en vertu mais même en quantité, de sorte qu’en ajoutant du mercure elle se régénérait continuellement, de même que le levain ou la vertu germinative des semences par la corruption et la génération perpétue l’espèce à l’infini en la conservant ; vous croyez que Dieu a accordé ce privilège à ces viles créatures et qu’il se le soit refusé à lui-même. Si du moins vous admettez la création faite de rien, que n’admettez-vous la multiplication de son corps en divers lieux en même temps qui est un ouvrage de moins de conséquence comme nous

venons de le voir dans les choses créées. Si nous voulons encore fouiller plus avant et rappeler le souvenir de ce que nous avons dit en plusieurs endroits de la vertu et multiplication de notre pierre, on pourra découvrir des choses encore plus grandes qui sont aussi certaines qu’elles sont venues d’auteurs très sages et prouvées par des arguments certains et évidents et qui vont nous servir de preuves pour démontrer la transsubstantiation et la multiplication dans l’Eucharistie, et qui de plus nous laissent voir partout des traces et des vestiges de la mort et résurrection de J. C. imprimées sur presque toutes choses. Qui est-ce qui ne les apercevra pas tracées de la propre main de la nature sur le front et dans la moelle des choses ? Comme dans une plante qui contient tous les instruments de la mort de J. C. et dans plusieurs autres choses que nous passons pour éviter la prolixité. C’est ce qui a engagé le divin Trismégiste à dire que Dieu n’avait créé le monde que pour être vu dans le monde et connu par le monde même, car ses parties éclatent et brillent partout des rayons et de la splendeur divine et font en quelque façon connaître

Dieu dans toutes les créatures.

Quelques-uns objecteront avec quelque apparence de raison que tout ce que j’ai dit n’est fondé et établi sur aucunes raisons autorisées des auteurs, qu’ainsi on ne doit pas y ajouter foi, mais je crois qu’ils ignorent cette pensée d’Aristote : qu’il faut que celui qui sait sache que la chose ne peut pas être autrement, parce que ce qui regarde principalement les principes de la physique et de la nature, qui ne sont presque composées que de seules démonstrations qui sont établies sur les vrais et premiers principes ou de preuves qui sont établies sur ces mêmes principes, n’ont pas besoin de preuves des auteurs ni de leurs opinions ; car nous avons résolu de ne pas proposer rien ici que ce qui dépend des sens et de l’art, quand nous avons entrepris d’expliquer quelques mystères de la foi catholique, qui sont naturels parce qu’on doit les comprendre par la foi et non pas par des preuves. C’est pourquoi nous rejetons les preuves et nous avons recours aux principes et œuvres physiques à cause de la grande convenance qu’ont les créatures avec le créateur. Selon ces paroles de

Trismégiste : « La première idée des choses est Dieu » et peu après : « Ce monde visible et extérieur a été fait par Dieu souverain et tout-puissant suivant l’exemplaire divin du monde intelligible et intérieur. » Après donc avoir fortement établi et démontré les principes de la nature, les opérations les plus secrètes de sa puissance et les productions de l’art, on ne prouvera rien que la vérité même, sur les fondements de laquelle comme sur ceux de la nature qui sont des fermes appuis et qui ne s’ébranlent jamais, comme sur les paroles de J. C. qui sont la même chose que ses ouvrages, selon ses paroles : « Il a parlé et les choses ont été faites » ; toute la foi de nos mystères sera établie ainsi que tout ce qui nous reste à dire sur cette matière.

Qui sait si on doit avoir plus d’amour ou de joie que de frayeur et d’humilité en contemplant et méditant le magistère de cette pierre qui est l’image et un échantillon de l’Eucharistie ? Que sais-je si je dois me taire ou parler d’un si grand mystère qui contient miracles sur miracles et que Dieu a voulu si fort perfectionner afin qu’il devînt

le miracle de tous les miracles qui nous fournit une preuve certaine et évidente que toute la puissance divine est entièrement occupée à remplir cet admirable mystère. Dans ce sacrement les forces des éléments sont interdites de leurs fonctions, la nature se fait violence, on fait obéir à la parole de son créateur toutes les créatures, enfin à l’exception de l’homme font des choses inouïes et qu’on n’a point vu pratiquer jusqu’ici pour honorer, louer et glorifier pour ainsi dire en leur manière la présence si élevée et si immense de J. C. qui se trouve bornée. L’impie ne sait peut-être pas que malgré les efforts et les opérations des furies infernales Dieu a renfermé dans cette petite hostie consacrée tous les moyens où l’homme mortel peut voir son créateur des yeux de la foi, le contempler, le connaître, l’aimer, l’honorer et s’entretenir avec lui familièrement ; il ne le sait peut-être pas, mais comme ce sacrement est au-dessus de l’intelligence fine et pénétrante des anges et de toute la subtilité des Démons, il a voulu laisser sur la terre dans ce sacrement admirable et plus que divin une image parfaite de

lui-même qui fût connue de tout le monde, des païens et des hérétiques et même des disciples de J. C., afin que personne ne désespérât de son salut et n’appréhendât de l’aimer et que chacun pût jouir de lui quand il lui plairait et dans le besoin ; nous nous élevons donc comme par degrés de la créature au créateur, car c’est ainsi que Dieu se manifeste aux hommes qui sans cela ne pourraient soutenir sa majesté et son éclat. C’est ainsi qu’on dit qu’il parla autrefois à Moïse et à ses serviteurs dans le buisson ardent, et d’autres fois dans un nuage du milieu des éclairs afin que nous connussions qu’on ne peut arriver à Dieu sans un milieu ; c’est ainsi que Dieu a fait le mystère de la pierre sur la terre au travers de laquelle comme au travers d’un nuage, du buisson ardent et de la parole qui le figurent nous puissions voir ses ouvrages sacrés et divins. Est-il rien, je vous prie, plus digne de notre admiration que de voir en un même temps la même chose végétale, animale et minérale ? Qu’elle soit

en même temps corps, âme et esprit, qu’elle soit enfin la forme ou la matière, l’air, le feu, l’eau et la terre, la semence, la mère, la matière et nourrice, la surface et le centre, tout le ciel, tous les astres et en un mot tout ! Qu’y a-t-il de plus admirable dans la nature ? Cela néanmoins est ainsi et a été fait de la même manière en celui en qui sont toutes choses afin de manifester tout ce qui est renfermé dans ce sacrement, que c’est un crime de ne pas croire et même punissable du feu, parce qu’on l’attribuerait plutôt à la créature qu’au créateur, mais afin que vous ne vous imaginiez pas qu’en cet endroit j’aie proposé rien de faux ou contraire à la vérité je n’ai pas résolu d’en dire davantage ni plus qu’on en peut croire.

Je puis certainement encore dire qu’elle est une plante au-dessus des plantes puisqu’elle contient en elle plus d’esprit germinatif, nutritif et augmentatif que toutes les herbes et plantes qui sont dans le monde, de sorte que s’il était possible qu’elle pérît et cessât d’être dans toute

la nature il en sortirait une source inépuisable qui se répandrait une seconde fois sur l’univers pour spiritualiser ce végétal.

Personne ne doute qu’elle soit aussi animale parce que sur la terre on l’appelle la source de la vie et sa première origine, parce qu’en réparant non seulement des esprits du sperme éteints dans l’animal et rétablissant toutes ces pertes causées par les maladies elle prolonge son espèce une infinité d’années. Personne ne doute que cette pierre ne soit aussi minérale et même puisse à plus juste titre être nommée métal, parce que non seulement elle prend le nom de métal mais elle en a encore la nature, les forces et les facultés, car une once de cette pierre a en elle plus d’esprit fixe que les autres pierres et est plutôt une minière et une matrice d’or que les marcasites mêmes de l’or parce qu’elle est toute or et toute nature et plus qu’or et nature puisqu’elle engendre et produit l’or à l’infini.

Nous avons dit ci-dessus qu’elle a des qualités

plus puissantes que le feu, l’eau, l’air et la terre parce qu’elle renferme leurs matières, formes et qualités. Personne sans ignorer les secrets de la nature ne niera qu’elle possède dans la quantité d’une seule once plus d’ignéité qu’il n’y en a dans le feu universel de tout le monde, puisqu’elle brûle plus que le feu de tout l’univers et agit sur le corps incorruptible de l’or de même que le feu élémentaire agit sur le bois. Personne ne niera encore qu’elle ne contienne plus de liqueur germinative, nutritive, corruptive et augmentative que toutes les autres humidités qui peuvent en un moment faire engendrer et germer l’or et l’argent, une plante mourante et un animal stérile, et leur faire produire leur semblable, ce que la nature ne ferait point en mille ans ni même jamais, et peut de plus fournir les spermes de toutes choses parce qu’elle est tout air et toute terre, esprit et corps tout ensemble. Personne n’en doute puisqu’elle a non seulement la pénétrabilité et la subtilité de l’air et de l’esprit mais encore la fixité et la permanence du corps et de la terre

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