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Exposition de la première figure dans la quatrième page, où est l'explication du premier et du second agent, avec la figure du premier septenaire qui contient la préparation
Dans cette première figure on démontre ouvertement le premier principe, et la première matière de l'œuvre physique, qui est l'eau pesante et blanche de vif-argent qu'on a nommée esprit ou vapeur double dragon, par combinaison avec le soufre minéral ou fameux, se forment tous les métaux dans les entrailles
de la terre. Quoiqu'il soit très pesant, gluant et visqueux, il est néanmoins plus subtil et plus léger que toute autre chose, puisqu'il a la force d'élever et sublimer la terre de soufre, qui étant devenue plus pesante se change en vif-argent qu'on appelle eau métallique à juste titre.
C'est pour ce sujet qu'on a dépeint la figure d'un jeune homme sur une nuée, ayant un caducée ailé et des brodequins ailés, pour marquer que la force dissolutive est aussi puissante que l'homme l'est au-dessus des autres animaux, et pour faire connaître que sa subtilité marquée par son casque et les brodequins ailés est plus vaporeuse que toutes les autres eaux. On y ajoute la représentation de Saturne car comme l'eau est le premier principe de toutes choses qui est représentée par le jeune homme, les chimistes disent qu'elle est également la fin et la dernière matière de tout; car, de même que la vie d'un composé se résout en humide par corruption, de même elle commence par l'humide, par le moyen de la corruption, c'est pourquoi ils ont donné pour attribut à Saturne un serpent qui se dévore, pour faire voir que le commencement et la fin de tout
n'ont pas de différence, comme le prouvent les épaules ailés du vieillard et les pieds ailés du jeune homme qui marquent leur commencement et leur fin. Les Poètes s'aperçurent assez de la nature, des ministères et bons offices de cette eau spermatique en lui donnant le nom de Mercure messager des Dieux, inventeur des arts, maître des marchands, et Seigneur de choses mécaniques car rien n'est plus capable de recevoir toutes sortes de formes que l'eau qui non seulement est la cause la plus puissante de la génération et multiplication, mais encore la nutrition et l'augmentation. C'est pourquoi ils faisaient la figure d'un véritable vieillard, ayant un faux à la main et des ailes aux épaules, comme s'il voulait se jeter la bouche béante sur le jeune homme pour le dévorer et lui couper les jambes, pour marquer que, comme premier père des dieux, il contient en lui la première matière de toutes les semences qu'il semble dévorer comme un père cruel, c'est-à-dire la corrompre, par la vertu aiguë et dissolutive exprimée par la faux, pour représenter qu'il est le dernier destructeur de tout, et qu'il n'y en a point de plus
puissant. Outre cela on peut voir ouvertement, par le moyen de cette figure, deux substances dans le mercure; l'une plus crue, plus volatile et plus aqueuse que l'autre. La matière la plus fixe et la plus épaisse est représentée par Saturne vêtu de bleu jusqu'aux genoux, et par l'horloge à demi pleine de sable rouge qu'il porte sur la tête, et enfin par la faux. Or, si nous considérons la couleur extérieure du vif-argent, pourrons-nous douter qu'elle soit bleue comme le soleil étoilé ou comme de l'eau claire, ou verdâtre comme de l'eau de mer, surtout lorsqu'il fait beau temps. De même, chacun découvre assez aisément sa couleur intérieure qui change beaucoup par rapport à ses différentes préparations. Par le mage et l'habit du vieillard, retroussé par le haut et parce qu'il est nu et privé d'ailes par la partie inférieure, il ne garde dans sa préparation aucune forme, excepté de vapeur. C'est pourquoi on l'appelle fumée blanche, il est engrossé des esprits du soufre, et est pour lors semblable à la terre rouge et sablonneuse,
contenue dans l'horloge, et après sa préparation il est comme de l'eau pesante, gluante et simple comme il paraît dans la partie inférieure du vieillard qui est nue.
Cette diversité de couleurs et de formes est aussi marquée par le casque du jeune homme et par sa cuirasse de fer, dont la forme extérieure peut être comparée au crocus de Mars, ou à du vermillon s'il contracte quelque rouille, ou au vif-argent semblant s'il devient poli, ce qui fait que les chimistes l'appellent leur acier ou plomb des philosophes, c'est-à-dire vermillon, ou lui donnent le nom de quintessence ou d'esprit s'il est distillé, de même qu'il est marqué par le jeune homme qui frappe son casque de sa baguette.
Pour expliquer entièrement les fables il faut savoir que frapper ne veut dire autre chose dans les poètes que corrompre et résoudre en humide. Ils ont tâché de nous représenter la même chose par la massue d'Hercule (ce qui n'était autre chose que l'esprit de notre eau gluante), avec laquelle il mettait à mort toutes
sortes de monstres, et par la fable de Mercure et de Pallas, que Vulcain fit sortir de la tête de Jupiter, en la frappant d'un coup de hache; c'est pour cette raison qu'ils ont donné une pique à Pallas, un caducée à Mercure, une grosse massue à Hercule, une épée à Persée, et enfin à Cadmus une lance garnie d'une pointe d'acier très aiguë. Tous instruments qui signifient la vertu de corrompre, de frapper et de dissoudre, ce qui convient à notre eau et à notre feu physique.
Les poètes nous représentent élégamment son esprit mercuriel et solaire, par les deux serpents que Junon envoya à Hercule, lorsqu'il était encore au berceau, ou par les deux serpents entortillés autour de la baguette de Mercure qui se dévorent impitoyablement; car, comme l'humidité froide du mercure a la vertu de résoudre le soufre et de le faire redevenir cru, de même, la chaude fixité du soufre a celle de retenir, emprisonner et coaguler l'eau mercurielle, ce qui est sa mort.
C'est pourquoi ils ont très bien exprimé ces deux natures, représentées par la figure du vieillard qui se jette sur le jeune homme pour le dévorer et le mettre en pièces.
C'est à ce propos qu'ils disent que Vulcain mit Mercure en prison, garotté de chaînes de fer ou d'airain, parce que, comme c'est le propre du feu ou du soufre de boire son humidité, de même l'humidité de Mercure par la violence aiguë et dissolutive représentée par l'épée, le sabre, la pointe de la lance, la baguette etc., pour percer son corps, le pénétrer, le corrompre et le dissoudre, comme l'on a vu des deux serpents attachés à la baguette de Mercure, qui représentait la verge de Moïse sans beaucoup de différence, et le changeait en un serpent qui dévorait les autres, avec laquelle il tirait l'eau des rochers et l'huile des pierres, et faisait encore d'autres prodiges. Ces deux serpents au haut de la baguette d'or montrent les premiers principes et les premières opérations de l'œuvre, dont, jusqu'ici, pas un auteur n'a parlé que sous les ombres merveilleuses des énigmes et des
figures, et sous les mystères trompeurs des fables, que personne ne se soucie et tâche d'expliquer.
Cette baguette d'or est l'esprit métallique et fixe de l'or, très subtil et très vaporeux; autrement il ne recevrait pas les esprits volatils du vif-argent et du vitriol, et ne serait point reçu d'eux; de même que leur solution, leur destruction et leur mort sont figurées par leurs embrassements, parce qu'il n'y a que le soufre qui puisse arrêter l'esprit du vif-argent, et que le seul mercure peut séparer le soufre de son corps; rien ne peut tirer notre teinture réelle ou soufre invisible de ses extrémités, c'est-à-dire de l'eau ou de la terre, excepté le mercure. Nous en parlerons ailleurs plus au long. C'est pourquoi les poètes ont dépeint ces serpents entrelacés l'un avec l'autre dans cet emblème, parce que la fixité de l'un, mêlée avec l'humidité de l'autre font des embrassements, et non pas une véritable mixtion, ce qui fait qu'ils se peuvent séparer l'un de l'autre, parce qu'ils n'ont point de sujet fixe auquel ils puissent rester
attachés fermement.
Quoique ce soufre volatil de Vénus ait la teinture de l'or, il n'en retient pas pour cela la fixité, et de même l'esprit volatil du vif-argent ne retient point la permanence de la lune dont il a l'éclat. Il faut donc les attacher à la baguette d'or, c'est-à-dire les joindre ensemble avec l'esprit fixe du soleil et de la lune si vous voulez les retenir et les fixer fermement.
L'artiste ayant parfaitement connu cette matière et fini cette opération, il ne lui reste plus que la cuisson, c'est-à-dire qu'il n'a plus besoin que de feu, de temps et de patience.
Le second septenaire de pages explique les sublimations réitérées du Mercure avec le vitriol et le sel, et le temps qui est nécessaire pour extraire la quintessence ou l'esprit, et pour résoudre les corps solaires, ce qui demande sept semaines, selon le nombre des sept feuilles, c'est-à-dire quarante-neuf jours. On le prend encore dans la septième page du troisième septenaire pour le temps requis
pour la formation de la pierre, si chaque nombre de feuilles ne se compte pas pour une semaine, mais pour un mois. C'est pourquoi le premier septenaire de pages se comptera pour un jour, car chaque sublimation demande un jour entier; le second septenaire de pages pour une semaine et le troisième septenaire pour un mois, en multipliant. Nous avons placé la baguette caducée dans le premier septenaire de pages pour faire connaître la diversité et non pas l'ordre de l'opération, parce qu'il sauterait aux yeux de tout le monde dans la première figure du jeune homme, faite à la main.
Dans le second septenaire de pages, nous avons placé un serpent attaché sur une croix et dans la troisième, des serpents très petits qui sortaient des fleuves et étaient dispersés dans une vaste solitude déserte, afin d'achever la seconde sublimation de l'esprit solaire dans le second œuvre, et la troisième dans le troisième œuvre, qui est leur dernière et parfaite corruption
et génération.
Il y a eu jusqu'ici peu de personnes qui aient expliqué les premiers principes de cet art très secret, excepté les juifs qui ont laissé à leurs successeurs cette tradition cabalistique, tracée avec beaucoup d'art et de subtilité; de sorte qu'à peine personne y pourra-t-il rien comprendre, s'il n'a fait plusieurs épreuves dans leur cabale, et sur les premiers agents de la nature qui sont les clefs et la porte de toute la magie naturelle et de la religion chrétienne.
La première voie royale qui se présente à l'entrée pour connaître toutes les sciences des Égyptiens, est l'alchimie, qui découvre d'abord les secrets les plus cachés de la nature, et ensuite, conduit à la magie et à la cabale chrétienne. Nous devons donc commencer par la nature, ensuite, passer à la magie, et nous reposer dans la cabale chrétienne, car la nature nous instruira de la chimie; les anges ou quelque
esprit dominant nous apprendra la magie, Jésus-Christ nous enseignera la cabale chrétienne. La nature nous instruira en opérant, les anges en nous parlant, et Jésus-Christ, en se communiquant à nous par la grâce accordée aux sacrements. Nous voulons comme notre philosophe rechercher véritablement cette science des juifs, être de vrais philosophes, de vrais astrologues et de sages médecins, nous faire admirer des hommes, mériter la familiarité avec les anges, et nous rendre très chers et très agréables à Dieu.
Qu'y a-t-il donc de surprenant, s'ils ont enveloppé de tant d'énigmes, de figures, ce qui sur le champ, sans discours affectés, sans science étudiée, découvre pleinement les fables, les figures hiéroglyphiques des Égyptiens, les théorèmes des philosophes et les secrets des chimistes, les connaissances de médecins, les secrets des physiciens, les aspects, oppositions, conjonctions et révolutions des astres, et enfin, tous les arts mécaniques.
Que celui donc, qui entrera dans cette voie, lorsqu'il sera arrivé, se garde de porter dès le commencement