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dans la confection du régule de Mars. Or, comme les éléments sont très purs dans les métaux même et mêlés fortement et analytiquement, et multipliés à l’infini ; ils renferment en eux plus d’esprits germinatifs, ce qui fait que leur rénovation, régénération et glorification se change plus aisément et plus promptement en une forme plus excellente et plus parfaite, ce qui est un secret dans l’art qui ne mérite pas d’être méprisé.
Pour remplir entièrement tous les esprits d’une philosophie chrétienne et naturelle, et pour les tirer de ce labyrinthe de rénovation, régénération et résurrection, nous allons entreprendre d’expliquer leur différence, et l’expliquerons selon le sentiment de Lucrèce et d’Ovide qui, en plusieurs endroits ont assez expliqué cette vérité en ces termes.
Lucrèce
Ce qui était sorti de la terre auparavant, rentre de plein gré dans la terre, et ce qui a été
envoyé du Ciel, est reçu derechef dans les palais brillants du Ciel.
Ovide
L’homme est composé de quatre choses, de manes, de chair, d’esprit, et d’ombre. La terre couvre sa chair, son ombre voltige autour de son tombeau ; ses manes sont dans les enfers et son esprit remonte dans les cieux.
Les sentiments de ces deux poètes découvrent assez tout ce que nous avons à dire là-dessus et quelle différence il y a entre le corps et son ombre, entre l’esprit et l’âme, et expliquent plus clair que le jour leur représentation ; de même, il faut éclaircir ce que c’est que la rénovation des corps, ce que c’est que les formes qu’on en tire, ce que c’est que la régénération et la rectification, ce que c’est que la glorification et la résurrection en fait de physique ou métaphysique : le premier homme du même peuple sait qu’un corps mort qu’on nomme cadavre diffère entièrement de son ombre
et que tous deux sont aussi différents de l’esprit et de l’âme que les éléments sont différents du Ciel, ou bien que tous les deux se séparent de leurs manes et de leurs ombres qui ne sont que des fantômes qui les représentent. Il est constant que l’esprit qui renferme les principes de la rénovation, de la régénération n’est aucunement le corps et l’ombre, ces manes et l’âme, et on ne peut pas dire non plus qu’il est l’âme qui est immortelle, raisonnable et qui se ressent de sa nature et source céleste et divine. La chair est esprit et ombre ; qui est-ce qui pour l’ombre même voudrait prendre l’esprit l’âme et le corps dont elle est seulement l’image, ou une ombre grossière qui le représente seulement comme une forme végétative tirée de ses cendres. De même, on ne peut pas prendre pour l’âme les manes qui sont seulement des représentations et certaines manières de faire des inclinations de l’âme, qui même après la mort occupent fortement et violemment la
fantaisie ou l’imagination, parce que la faculté imaginative est un milieu entre l’âme et les sens et retient quelque chose du corps de ses espèces et représentations, et s’ajustant pour recevoir les images et les fantômes des choses, d’où il arrive que ces espèces fortement imprimées dans l’imagination l’occupent même après la mort et durent éternellement ; c’est pourquoi elles contribueront à rendre heureux si elles sont bonnes, et à rendre malheureux si elles sont mauvaises, et tourmenteront ceux qui y penseront comme les poètes disent de la faim de Tantale, du désir de Midas, des honteux embrasements de Sardanapale et des supplices de Sisyphe et d’Ixion. Alors l’âme comme obscurcie par la faculté végétative est livrée à la domination de la fantaisie et à la tyrannie des passions. C’est ainsi que les damnés sont tourmentés par une infinité d’horribles fantômes et d’affections épouvantables, à cause de la rouille des taches de leurs corps selon que leur caractère est imprimé à cette
faculté de l’âme dont on peut à peine l’effacer ; c’est pourquoi ils ont donné le nom de manes à ces affections et à ces opérations de la fantaisie. Vous pourrez en lire beaucoup là-dessus dans Agrippa, où l’on voit différentes opinions touchant l’homme après sa mort. On connaît ces idées de la forme ou de l’âme raisonnable et des figures qui restent après la mort ou après la séparation de l’âme et du corps, par les formes qui restent même après la résolution du corps ; car de même que les représentations de l’âme ou forme essentielle ou animale restent après la mort des hommes, de même après la résolution du cadavre, sa forme accidentelle ou individuelle qui lui est fortement imprimée, et gravée sur lui d’un caractère inséparable, sont dehors, comme il arrive dans les formes renaissantes des plantes comme nous avons dit car il arrive pour l’ordinaire, surtout en été, lorsque la chaleur brûle le plus cruellement qu’un cadavre inhumé se putréfie et se corrompt, tant
par sa propre chaleur que par la chaleur étrangère qui vient au secours, et que dans sa putréfaction il fait sortir de lui-même plusieurs vapeurs qui à cause de leur trop grande humidité et de leur onctuosité sont bues par la terre et en pénètrent les pores qui auraient beau passer au travers et ne pourraient néanmoins expliquer rien à cause de la confusion des différentes substances et du trouble causé par les hétérogénéités. Quand ces fumées calioneuses [?] sont dissipées par la corruption complète, c’est-à-dire lorsque le cadavre est réduit en poussière, il attend quelque temps de sa digestion jusqu’à ce que ces formes attachées aux cendres soient dégagées des liens de la matière ; alors il arrive pour faire sortir dehors ces formes végétatives, que ces vapeurs spirituelles tremblantes passent au travers des pores de la terre remuée depuis peu de temps, parce que leur subtilité et leur ténuesse empêchent de les retenir et se coagulent par la force du froid de l’air qui les
environne ; cela arrive sur le soir au coucher du soleil et leur forme coagulée ressemble à celle du cadavre que l’on appelle ombre et qu’on ne peut prendre pour le corps. Ils ont dit que ces ombres de formes ces épouvantails étaient des lemures, des spectres, des manes, et la scélérate Némésis qu’ils font errer et tourner autour des sépultures et des tombeaux et des lieux destinés à inhumer les corps, mais ce sont là des contes de poètes qui effraient et amusent, et de pures bagatelles plutôt que des arguments incontestables, que ce soit les âmes de ces païens et profanes qui reviennent et qui errent autour de leurs corps et de leurs sépultures. Quoique quelques-uns s’imaginent que l’esprit n’est point distingué de l’âme et que les philosophes donnent dans ce sentiment, cependant s’ils regardent la chose de plus près ils apercevront beaucoup de différence non pas en peu, mais en beaucoup de choses ; car cet esprit végétatif ou sensitif, ou comme ils veulent dire l’âme et la vertu végétative et sensitive
d’où vient le principe de toute génération, nutrition végétation et sensation, est distinguée de la matière et de l’âme, et de l’ombre, qu’il ne participe d’aucune, car avant que l’âme soit infuse dans le corps, le corps reçoit cet esprit et par son moyen est spiritualisé, autrement, il serait privé du principe de végétation et de sensation et c’est le sentiment de quelques philosophes que le corps ou l’embryon composé de ses parties intégrantes est doué de la faculté de sentir et de végéter avant d’être formé et animé. Il diffère encore de l’âme eu égard à son origine car l’origine est céleste de tout ce qui remplit les fonctions de nourrir, engendrer, nourrir ou augmenter, et ces facultés naturelles ne descendent que des astres sur les choses sublunaires. Que si elles coulaient de l’âme qui vient immédiatement de Dieu, elles participeraient en beaucoup de choses des animaux raisonnables. Leur différence se distingue encore mieux par leurs opérations qui diffèrent autant entre elles, que les facultés
sensitives et végétatives diffèrent des facultés intellectuelles (soit si nous le voulons bien) que les esprits sensitifs et végétatifs soient de certaines dispositions ou aptitudes à recevoir l’âme qui ne s’en sert que comme d’instrument pour opérer, ce qui leur a fait donner le nom de cher vésicule [?] éthéré ; elles diffèrent néanmoins autant de l’âme que l’ouvrier de son outil qu’on ne peut point appeler ouvrier ; tout ce qui est au-dessus de l’ordre de la nature se sépare du genre de ces esprits ; on accorde à l’âme raisonnable ce qui est hors de leur famille ensuite l’espèce intellectuelle, et enfin à Dieu parce que cet esprit soit ennobli du titre d’essence subtile et éthéréenne, il sent cependant la lie des éléments, et participe de la matière quoique de la partie la plus subtile, autrement il ne serait pas un milieu pour unir les âmes avec les corps comme nous avons dit.
Enfin, qui est-ce qui, après la séparation de l’âme raisonnable et du corps, n’aperçoit pas ces esprits qui
empêchent la résolution du cadavre d’où la forme du composé est dissipée ? C’est pourquoi il est besoin d’admettre ici quelque différence entre la mort que Dieu seul peut réanimer comme nous avons dit ailleurs et la mortification qui est un ouvrage de la nature. La mort étant donc la résolution entière tant du cadavre où l’esprit est renfermé, que du corps où réside l’âme tout ce qui reste après elle n’est rien, et la mortification n’étant que la séparation de l’âme et du corps, il reste encore dans ce cadavre quelque esprit qui le défend de la corruption, car le baume où est renfermée la vie, le principe de la génération, de la nutrition et de l’augmentation qui ne conçoit point la mort parce qu’il est incorruptible et qui est cependant le principe de toute altération et de toute corruption comme nous avons dit ci-dessus.
Qui est-ce qui peut se dispenser de reconnaître toutes les preuves de la résurrection de nos corps par les esprits germinatifs qui se régénèrent eux-mêmes pour perpétuer les fragiles choses ; par les formes matérielles et individuelles qui renaissent et ne meurent point ; par les idées des formes essentielles qui restent après la mort qui ne peuvent
s’effacer, et enfin par la nature de l’âme et les inclinations de notre esprit qui sont incorruptibles, et par les instincts qui nous font pressentir l’immortalité. Mais la raison ne se voit point seulement dans ces mêmes formes et opérations des formes, mais dans la matière même, soit la glorification et résurrection des corps ou les moyens de cette résurrection ou glorification et afin de les découvrir, faisons comme nous avons fait dans les difficultés précédentes, recourons à l’expérience et laissons-nous guider par la nature qui nous montre le chemin, et par ce moyen nous découvrirons qu’il y a quelques vestiges d’immortalité et d’incorruptibilité dans les choses mêmes insensibles et dans la matière dépouillée de toutes sortes de formes ; car si quelque composé est résolu et dépouillé de sa substance et de sa forme accidentelle, comme ce qui est réduit en cendre par le feu, prend la première espèce du premier élément savoir de la Terre et qu’il ne reste que la chaux ou de la cendre inutile et qui ne sert à rien, car l’esprit germinatif qui suit la forme essentielle où est le principe le plus puissant de prolonger sa vie et de