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Du commerce du Soleil et de la Lune avec le mercure des Chimistes
Le premier commerce du Soleil et de la Lune avec mercure qui couchent ensemble, qui se fait selon l'art, je ne dis rien de celui qui se fait tous les cent ans dans les noires couches de la terre, est celui dont on a tant battu les oreilles du peuple par leur amalcation, parce que comme on connaissait notre eau sous une autre forme que de vif-argent ordinaire,
et notre soufre sous une autre espèce que sous celle de l'or et de la lune, les chimistes ont cru devoir les marier et leur faire des noces célestes et royales et avec raison, s'ils avaient compris ces choses comme il faut, près que aucun d'eux n'a connu que chaque métal contenait les deux sexes, et était de nature hermaphrodite, de sorte que le soleil dans l'obscurité fait les fonctions de la femme, et celle du mâle en plein jour, et que, au contraire, la lune, en cachette agit comme le principe agent, et de même que le principe patient en plein jour. Que fait enfin Mercure qu'on a regardé comme de toute nature doutente et amphibie? de ce grand nombre de conjonctions de semences différentes, qu'en provient-il sinon quelque monstrueux et illégitime mariage contraire aux lois de la nature, car la couche d'un mariage légitime n'admet pas de troisième c'est pourquoi celui qui doit célébrer ces noces si royales, a besoin surtout de reconnaître leurs natures et de séparer les natures des natures même et enfin d'avoir entre les mains le sperme aqueux de nos
rois bien purifié de toutes les superfluités avant leur conjonction.
Outre cela, comme dans la mécanique, il est à propos de séparer le grain de la paille, et de la dure écorce qui l'enveloppe, de même dans l'art qui imite la nature, l'on doit tirer d'abord de leurs écorces par le moyen de notre eau, les semences d'or et d'argent quoique cachées et enfouies bien avant afin que séparées de leurs aqueuses sérosités et de leurs impuretés, ils couchent ensemble avec un appareil de noces légitimes.
Or les spermes ne servent de rien pour la génération tant qu'ils demeurent dans les reins, ou que, dissous avec l'urine ou une humeur étrangère, ils s'unissent d'une manière non due et qui ne convient pas. Nous avons remarqué que ceux du corps avec l'esprit, de la matière avec la forme, du ciel avec les éléments, et de mercure avec le soufre, étaient joints par une alliance qui les réunit d'un lien indissoluble, d'autant plus parfait et éternel que les parties de la nature ou de la
substance ont été pures et incorruptibles, d'où il arrive que l'esprit se plonge dans les parties épaisses ou aqueuses de la matière, les susdites qualités étant donc extérieures comme elles constituent la forme accidentelle, ne sont aucunement admises pour la génération des métaux parfaits et qui n'est essentielle en aucune manière, qui se fait par les seuls esprits purs et homogènes de notre quintessence dont nous avons parlé ci-dessus et par une longue coction dans les veines, et qui ne paraît point sur la surface ni au centre de la terre que sous la forme de vif-argent, qui ayant la surface plate et unie, ne se repose point, ne s'attache point à ce qu'il touche ou sous la forme sulfureuse, volatile ou fixe il peut, c'est-à-dire sa double forme, être aisément réductible en fluide par la violence du feu.
Il se rencontre ici une grande difficulté parce que si l'eau qui est engendrée dans les entrailles de la terre, est très visqueuse, la substance subtile de la terre y devient unie par les moindres parties
au moyen d'un feu tempéré de sorte que l'humide est tempéré par le sec, et le sec pareillement par l'humide ce qui fait qu'elle fuit cette superficie plate et ne s'attache point à cause de sa fixité, et qu'enfin, ou elle fuit toute échauffée du feu, ou reste toute accoutumée avec le feu parce que, ou elle a de la peine à être corrompue, ou qu'étant tant soit peu corrompue, ou étant éloignée de cette analipticité des éléments, on ne s'en sert pas utilement pour l'œuvre; il faut donc apporter beaucoup de soin et d'attention de peur que dans la préparation elle ne s'écarte de cette complexion d'éléments, et pour arriver à ce but, il faut que nous cherchions un feu qui attire doucement l'esprit de notre eau plongée dans plusieurs hétérogénéités de la matière: car tout feu ni artificiel ni élémentaire tel qu'il est dans les mixtes, ou actuel ou potentiel ne parfait cet œuvre, parce que s'il a plus d'intention qu'il ne faut ou plus de rémission, il s'animera cruellement contre elle comme un tyran et un vainqueur, qui fait plier tout; ou n'aura point ou seulement peu d'empire sur elle, car toute (la)
séparation qui se fait du pur d'avec l'impur, soit dans les végétaux, soit dans les animaux, et les minéraux, ne se fait point sans le secours de quelque feu souverain ou céleste, parce que c'est à lui à tirer les essences incorruptibles de la crasse de la matière, mais par une vertu corroborative, et qui leur soit amie, en les flattant, et en conservant leur harmonie, ce sera pour elles le feu céleste et père de leur vie à qui il appartient de tirer des corps mercure et notre eau, qui les sépare très puissamment.
C'est la clef ou la porte par où l'on entrait dans les plus profonds mystères de la physique, de l'astrologie, de la médecine et de la théologie et comme il ne leur était pas permis de publier un secret si grand et si souverain, que c'était même un crime qui était interdit sous peine de plusieurs anathèmes et malédictions horribles, ils avaient besoin de recourir aux types, caractères, lieux communs, figures, énigmes, où aux seuls sages ces mystères qu'ils voilaient aux yeux du peuple. Ces caractères en quelque nombre qu'ils aient été, ont été imités d'après eux, ou par
les poètes, ou par les hommes profanes, ou par ceux qu'ils ont suivis, suivant la règle et l'exemple qu'ils avaient laissés; et peuvent remonter à la première source d'où ils ont coulé, et ne peuvent être rapportés à aucune chose, sans une mauvaise explication ou mal imaginée. Nous savons, et tous les vrais philosophes n'ignorent pas que la physique est la racine de toutes les sciences et que par son moyen on peut avoir la connaissance des autres sciences, ce qui est impossible sans elle, ce qui fait que dans la suite, personne ne pourra se plaindre ou être surpris que nous ayons ici détourné les images sacrées et divines au sens de la physique et afin qu'on ait encore moins d'occasion de s'étonner, qu'on considère que je me sers seulement de ces figures étrangères tirées des mécubales des Hébreux; c'est-à-dire des maîtres et docteurs des Égyptiens, et non pas de leurs mystères cachés qui ne nous regardent pas, et n'ont aucun rapport à notre propos.
Je crois comme enfant de l'Église catholique que je suis aujourd'hui tout ce qui nous doit arriver,
et que nous espérons qui nous arrivera dans les siècles futurs, et je fais profession de ce qu'elle propose à croire, à espérer et à confesser; or si nous tirons de ces figures la connaissance et les preuves de quelques mystères, nous les avons proposés nûment et simplement et selon que la nature même les explique dans ses œuvres, ou comme il plaît à Dieu nous les révéler par son moyen et nous les communiquer quoique nous en soyons indignes; car nous avons fait tout notre possible, et tâché autant qu'il dépendait de nous, d'exposer la vérité de la physique et après l'avoir expliquée nûment, de découvrir combien ces figures contiennent de vérités et de lumières pour expliquer ces secrets sacrés, de sorte qu'un chacun apprendra non pas de moi, mais par lui-même et par ces emblèmes, ce qui est caché dessous, et plus que je ne peux dire et verra que nos sentiments par rapport à Dieu sont purs, et en aura peut-être de meilleurs que moi, et ne tournera point ces choses en proverbes ridicules, mais, au contraire, en fera grand cas, par
rapport aux mystères qui sont cachés dessous.
Quoique je représente ces sacrés et divins emblèmes comme plus grands et au-dessus des secrets physiques, qui empêche que nous ne les ajustions, pour pouvoir par le moyen de ceux-ci parvenir à la connaissance de ceux-là parce que la nuit indique la science à la nuit, et que la lumière éclaire le jour? Qui empêche que nous expliquions ce second œuvre de la pierre et de sa nature, par ces troupes de cavaliers? Car convient-elle mieux à quelque autre chose qu'à cette opération? Que signifient je vous le demande, ces anges mis en liberté qui étaient liés dans le grand fleuve de l'Euphrate?
Les chimistes appellent leur mer cette solution et résolution de la matière, ou la comparent à Achéloüs le plus célèbre de tous les fleuves. Il est besoin d'un grand travail et d'une grande force pour abattre ce monstre, parce qu'il se revêtit à tout instant de formes nouvelles, et qu'on ne présente la couronne qu'à celui qui combat le plus vigoureusement. Ces quatre esprits sont les
purs esprits des métaux qui ayant été avant leur corruption plongés dans ce grand fleuve, y sont fortement enchaînés et qui, quand la corruption arrive, étant délivrés de leurs liens et sortis de leurs cachots ténébreux, acquièrent une si grande puissance qu'ils font périr avec une grande effusion de sang la troisième partie des hommes qui veulent leur résister; nous pouvons les comprendre sous l'histoire fabuleuse d'Hercule, de Persée, de Jason et de Cadmus. Il y a dans cet œuvre différents monstres à vaincre, Bugiris qui sacrifie ses hôtes, les taureaux furieux, Diomède qui donne à ses chevaux la chair de ses hôtes à manger, les dragons qui pullulent en têtes ou en couleurs, des lions outrés de fureur, des sangliers qui de rage ravagent tout, des Cerbères à trois gueules, des Géryons à trois corps, des Sphinx, et enfin des Cyclopes; c'est-à-dire que nous avons besoin de vaincre tous les hétérogènes qui arrivent à mercure par la première tache originelle des éléments.
Dans cette dealbation et mortification de la terre, tous ces combats se présentent, qui sont causés par
les vapeurs sulfureuses de mercure, que les anciens ont dépeint par des cavaliers armés de cuirasses de feu de soufre et d'hyacinthe, et montés sur des chevaux vomissant feu et flammes, et ayant des têtes de lions et des queues de serpent, et ce seul combat contre ce monstre comprend tous les autres, puisqu'il représente l'image de tous les autres. Enfin ces troupes de cavaliers et ce carnage sanglant d'hommes massacrés marquent l'extermination des couleurs étrangères qui s'élèvent de l'humidité étrangère de Mercure qui reste, car la couleur qui agit en elle, produit toutes les couleurs qui sont dans le monde, semblables à la queue du paon, et élèvent des vapeurs plus vénéneuses, plus funestes que les monstres que nous avons dits; jusqu'à ce qu'enfin, après que l'humidité est consumée, elles s'éteignent et se terminent en blancheur, dont nous parlerons assez dans le chapitre suivant.