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← ExitThe Manly Hall Manuscript Collection, Volume I
The Incarnation and the Birth of the Stone

Le mystère de l’Incarnation représente en quelque sorte la première opération de notre pierre qui est sa nativité.

Rien jusqu’ici n’a tenu les esprits plus en balance et en suspens que le mystère du Verbe incarné qui est la base et le soutien de toutes les merveilles ; n’est-ce pas un crime de ne le pas croire puisqu’il a été annoncé par tant d’oracles de prophètes et de sibylles, signifié par les figures et les emblèmes des Égyptiens, confirmé par l’incarnation de Jésus-Christ même, établi par le témoi-

témoignage des Évangélistes, cimenté par les miracles et les preuves sensibles de la foi chrétienne, et tracé par la nature même en caractères gros et visibles sur l’écorce et dans les moelles de toutes choses, qui ne nous laisse aucun doute ni aucune incertitude, puisqu’il établit la vérité de ce qui tombe sous nos sens et la foi de ce que nous avons à croire sur des preuves si solides qu’on doit plutôt nier la clarté du Soleil que cette vérité.

Quoique ce soit un travail et une entreprise au-dessus de nos forces, qui est autant au-dessus de la nature qu’elle est au-dessus de nous, nous pouvons cependant dire que Dieu a accommodé ces mystères à la portée de la nature et de notre esprit, qu’il s’est manifesté lui-même dans son incarnation comme dans un ample volume ou comme dans le livre de la nature, où les plus secrets mystères de notre religion et les prodiges les plus cachés de la nature qui étant découverts par les opérations, Dieu se découvre et se manifeste par ses œuvres qui sont dans la nature, de sorte

qu’elle vaincrait et confondrait l’incrédulité, l’impiété et les enfers même. Aussi il a partagé l’univers entier en différents ordres ou familles par les plus basses desquelles on arrive à ce qu’il y a de plus élevé.

Tous les philosophes conviennent que tous les composés sont remplis de quelque esprit incorruptible par le moyen duquel on dit qu’ils sont nourris, qu’ils vivent, qu’ils croissent et qu’ils pullulent, parce que toute génération, nutrition et germination est l’ouvrage de l’âme qui mêle les éléments et les réduit à l’unité. C’est aussi que les métaux sont très pleins de quelque esprit volatil parce qu’on les voit vivre, croître et s’augmenter. Plus donc cet esprit ou chaleur céleste vivifiante se multiplie à l’infini dans un sujet, plus le corps est pur, subtil et incorruptible puisque c’est le propre de l’esprit d’atténuer les éléments purifiés et de les mêler fortement lorsqu’ils sont atténués et de les convertir en un corps pur et homogène, comme il arrive dans les métaux

Après cela peut-on refuser la vie et l’âme à des choses composées de parties destinées à la génération, à la nutrition, végétation et augmentation qui vivent, rajeunissent, vieillissent et meurent comme les autres animaux, qui de leur propre mouvement, à leur gré et selon leur génie, réengendrent et possèdent mille facultés et font mille opérations au-dessus de toutes choses, comme nous avons expliqué plus au long ci-dessus.

Pour ne laisser aucun lieu de doute il faut recourir à l’expérience, car si nous la suivons elle nous conduira au chemin royal et nous fera connaître certain esprit incorruptible que nous appelons eau-de-vie ardente dans ce qui vit et dans les végétaux, essence subtile, et dans les animaux et quintessence dans les métaux et les minéraux qui, entièrement purifiés de leur hétérogénéité, deviennent d’une si grande délicatesse et d’une telle subtilité qu’ils ne peuvent être contenus dans le verre ni être altérés ou corrompus tant leur force est grande. La nature est soutenue et étayée

tout le monde subsiste, le Ciel et les étoiles se renouvellent dans ce bas monde, sans eux tout tomberait et retournerait dans le premier abîme du chaos, parce que sans eux rien ne pourrait être engendré, nourri ni augmenté : ces esprits incorruptibles quoique sortis d’une même source mercurielle, et néanmoins plusieurs en nombre ou en nature par rapport à leur composition et à leur différente préparation, ont plusieurs noms et sont de différentes sortes. Avant ces compositions et préparations ils gardent leurs deux natures, reçues de la nature même et contraires entre elles, qu’ils ne perdent jamais s’il ne survient une mixtion naturelle, qui au moyen de la corruption se termine à l’unité, c’est-à-dire en revenant à l’identité d’une substance uniforme.

Leur première espèce sont les esprits de l’or, fixes et incorruptibles, qui représentent l’incorruptible, le parfait, l’éternel, l’infini, l’immense et l’incompréhensible. Nous les avons désignés dans la première table de ce livre par les sept chandeliers d’or.

Les seconds, qui diffèrent, participent de la

nature et de l’essence incorruptible de l’esprit de mercure qui, quoique incorruptible, est cependant volatil, spirituel et sujet à toute altération, c’est pourquoi ils servent d’abord à la corruption, altération, génération, nutrition et augmentation, parce qu’à cause de son incorruptibilité naturelle, qui provient de sa substance homogène, il ne souffre aucune corruption dans la génération. C’est ainsi que sans se souiller il souffre les embrassements purs et chastes du soufre de nature, qui est son épouse, et couche même avec elle, et fait mépris des lois de la conception ; c’est ainsi qu’il accomplit la génération pure et sans tache de l’esprit solaire qui est incorruptible et fixe. Nous avons voulu représenter cet esprit mercuriel sous la forme du jeune homme assis sur la nuée, qui a la ressemblance du fils de l’homme dans les premières et secondes figures. Qui est-ce qui, sous cette écorce grossière, n’apercevra pas d’avance le mystère du Verbe incarné, que les oracles et les prophètes ont annoncé si souvent et avec tant de force, mystère dans lequel Dieu est fait homme, le créateur son ouvrage et le père sa race ? Dans lequel, celui qui n’est point sujet

au temps, parce qu’il est incréé, naît dans le temps, et celui que tout le monde ne peut contenir est contenu dans le sein de la bienheureuse Marie ; dans lequel on voit l’impassible exposé aux traits de la douleur et de la mort, la splendeur sans lumière, l’invisible connu, le tout-puissant faible et sans force, dans lequel enfin le roi devient esclave, le père fils et l’immortel créature mortelle. Nos premiers pères avaient déjà depuis longtemps l’esprit occupé de ce prodige de miracles, et attendaient avec une espérance certaine qu’il vînt, éclairés qu’ils étaient et remplis du secret mystérieux de la pierre philosophique qu’ils gardaient décrit dans leurs livres par figures et par énigmes, de sorte qu’ils fixaient un temps où les hommes devaient célébrer avec des appareils et une pompe solennelle et auguste ce jour qu’ils attendaient, ou comme n’étant pas encore venu, ou qu’ils croyaient passé, et qu’ils célébraient lorsqu’il arrivait avec mille marques d’amour et de respect. Examinons à fond les circonstances de ce jour célèbre de la nativité, nous trouverons un Dieu fait homme dans les entrailles

d’une vierge pure, conçu par l’opération du Saint-Esprit, un fils dans la génération divine de même âge que son père, engendré sans mère et incréé.

Dans ce divin mystère de l’Incarnation, qui est-ce qui ne voit pas un fils sans père, sans embrassement de père et de mère, et sans aucune commixtion de semences ? Une génération sans corruption, une mère qui n’a eu aucun commerce avec aucun père, une vierge engrossée et chaste ? Quoique ce mystère soit infiniment au-dessus de notre faiblesse et [inconnu], je ne dis pas aux hommes mais aux anges mêmes, nous ferons cependant notre possible pour le tirer de ses ténèbres et avec le secours et la lumière de notre esprit mercuriel, qui est l’image de la Vierge bienheureuse et sans tache, nous tâcherons d’arriver à ce que nous présentent les arguments de ce mystère, car comme le corps de l’or qui est incorruptible, pur et homogène, il ne peut à cause de sa pureté se joindre avec des métaux imparfaits, il ne peut être dissous et altéré par leur moyen. Il faut donc qu’il se trouve une substance pure et incorruptible qui

soit son amie et s’unisse avec lui, laquelle substance doit remplir les devoirs d’une épouse et jouir de ses purs et chastes embrassements, devenir grosse indépendamment de tout commerce et mettre au jour un enfant pur et chaste sans ressentir aucune douleur. Il est impossible de voir la grossesse, la conception et l’enfantement sans tache de la bienheureuse Vierge mieux exprimés que par cette quatrième figure qui est dépeinte sur la table suivante.

Les hommes avec tout leur esprit ne peuvent rien comprendre à la vérité de ce mystère qui est tracé dans l’Apocalypse sous le voile des figures, si la nature et l’art d’Hermès ne les éclairent, puisque la nature et l’art en sont les principes, car rien ne nous devient sensible et aisé à connaître sans l’art et la nature par rapport à nos ténèbres et à notre aveuglement qui pullulent de la matière et de l’infirmité de nos corps. Il ne faut donc pas rejeter les caractères, les emblèmes et les figures inventés par les anciens sages et si fort recommandés, par le moyen desquelles l’art et la théorie par une

certaine imitation entonnent et expriment toute la vérité qu’ils nous découvrent par le moyen du feu, nous découvrant tout ce qui est caché lorsque la théorie nous ouvre le chemin et lorsque la raison et le jugement surviennent, nous voyons vivement tout ce qui est au-dessus de la nature et caché même jusque dans la [ruelle ?] de la même manière que les objets présentés devant un miroir renvoient fidèlement à nos yeux leurs images et leurs espèces. Après donc avoir dissipé les ombres qui obscurcissent la vérité dans cette table, qui empêche qu’elle ne se présente devant nous ? La fable nous représente la pucelle Hésione prête à être dévorée par un monstre marin que Persée délivre après avoir tué ce dragon. Ici nous voyons les premiers principes de la nature, non pas crus et sans préparation comme dans les premières tables, mais travaillés selon l’art industrieusement et formés en Mercure ou soufre blanc de nature. Par Mercure nous entendons cet ancien et horrible dragon à sept têtes qui sort non pas du sein de la mer, mais de la flamme sans être blessé, car les anciens prétendent

qu’il tire son origine du feu et de l’eau. Ses sept têtes sont les sept métaux contenus dans cette eau mercurielle ; ses sept cornes représentent la vertu dissolutive des métaux, car elles sont les symboles de la vertu et de la force et ont été données aux animaux pour armes défensives. Enfin nous appelons les sept cornes d’or sa nature qui est de faire l’or et l’argent ; en ce temps elle contient le soufre d’or et teint et dore ce qu’elle touche, qui paraît de couleur et est naturellement d’argent, et par sa queue qui attire sur la terre la troisième partie du ciel il nous désigne les vertus célestes des étoiles et des planètes que cette eau mercurielle représentée par sa queue pointue et qui fait plusieurs plis et replis attire sur la terre. Le soufre du soleil et de la lune, ou sous le soleil et la lune, qui sont les pères de tous les astres, on dit qu’ils contiennent les vertus de tout le monde.

Nous avons assez donné à connaître sa volatilité par les ailes, comme par l’ange qui frappe le dragon d’une flèche, la vertu aiguë et volitive de notre feu

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