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soumis à la servir [?] contiennent en eux quelques semences d’immortalité ! Peut-on accorder au ciel et aux étoiles cette étincelle d’incorruptibilité, de fixité et de permanence, et la refuser à l’âme de l’homme créée à la source du néant pour connaître Dieu, l’honorer et lui obéir ? Peut-on enfin se dispenser de reconnaître ce désir et cet instinct de l’immortalité, et de l’éternité que la nature a accordé et dont elle a rempli toutes choses ? Pour peu qu’on s’attache aux premiers éléments de cet art qui, si nous avons les yeux perçants, nous découvrirons les secrets les plus cachés pour clarifier et essentifier les esprits dans tous les ouvrages de l’art et de la nature, mais encore ceux qui sont géographiquement dépeints dans les figures que Saint Jean expose dans l’écriture sainte, travaillées avec un art qui surpasse tout ce qu’on en peut dire. Il n’a pas représenté les choses comme nous dans les premières figures de la première, seconde et troisième table.
Dans la première, il représentait sept chandeliers d’or, et au milieu la similitude du fils de l’homme
vêtu d’une robe qui lui descendait jusqu’aux pieds, ceint d’une ceinture d’or sur le sein. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche et comme la neige, et ses yeux comme la flamme du feu, et ses pieds semblables à du clinquant comme dans un fourneau ardent, et sa voix ressemblait à celle de plusieurs eaux, et il portait en sa main droite sept étoiles, et de sa bouche sortait un glaive tranchant des deux côtés, et sa face brillante comme le soleil. Sa vertu fera paraître en plein jour non seulement les secrets les plus cachés de la nature, mais encore les mystères de notre religion qui sont cachés sous les ombres de la nature ; non pas afin que nous les discutions ou que nous prenions peine à y trouver de la différence, mais en dissipant leurs ombres nous écarterons ce qui cause leur obscurité ou ce qui leur donne une ombre trop forte par le moyen des voiles obscurs des figures. Y aura-t-il donc quelqu’un assez osé pour dire que je leur donne le sens ou l’explication qu’il me plaît, puisque leurs caractères et leur explication
sont une même chose et ne peuvent être autrement puisqu’elles sont de la même nature, comme on verra assez dans la suite. Il était à propos de vous les expliquer en ce lieu afin que dès son commencement notre discours fût à l’abri de la calomnie et hors de tout soupçon et de blâme.
Dans cette première figure il a tracé d’un esprit presque divin les premiers principes et les derniers de la nature et de l’art, qui sont les mêmes, et qu’on ne peut penser qu’ils soient différents ; ils n’ont point changé depuis la création du monde et il n’y en a point eu d’autres créés puisqu’ils sont la base et le soutien de tout l’univers ; c’est sur eux que les cabalistes ont établi les premiers fondements de leur cabale parce qu’ils n’ont rien trouvé de plus grand dans le monde, et tous les philosophes ont fait un si grand cas de leurs connaissances que pas un d’eux ne l’a laissée que figurée par des modèles, des énigmes, des caractères et des figures ; et ainsi cette science a plutôt été transmise aux hommes qu’elle n’a été connue jusqu’ici
car il n’était pas juste, et il était même défendu de jeter ces secrets aux chiens, c’est-à-dire de les communiquer au premier venu et à la canaille qui sans doute en feraient peu de cas ou les tourneraient en risée, comme il est arrivé à quelques poètes profanes.
Comme le commencement et la fin de toutes choses sont la même matière, première et dernière, et comme la fin répond au commencement, tous les philosophes, dont cependant nous n’avons pas intention de parler ici, ont jeté là-dessus les fondements des choses qui doivent arriver, car ce qui est au-dessus de nous ne nous regarde point. C’est assez pour nous d’expliquer les choses représentées dans ces figures, qui n’expliquent que la nature même. Nous ne voulons point entendre ici ou reconnaître pour premiers principes des éléments ceux qui sont [fournis, biffé] soumis aux ordres de la nature et non pas aux préceptes de l’art, mais ceux que l’homme peut cacher par la subtilité de son esprit et par le moyen desquels, guidé par la nature, il peut opérer de grandes merveilles. Ils ne sont rien autre chose
que les esprits métalliques où toute la science des anciens sages était renfermée ; la connaissance de la pierre était chez eux en même temps et le modèle de Jésus-Christ et le fondement de la magie et de toute la cabale. Ne faisons donc pas difficulté, après Salomon, d’appeler ces esprits métalliques, après Dieu, les pères et recteurs du monde qui créent dans la moyenne région de l’air les corps des météores, ceux des métaux dans le centre de la terre et aux extrémités de sa terre les animaux et les végétaux, les pierreries dans les fleuves et les eaux de la mer, et enfin notre Salamandre dans le feu, et de les comparer aux deux chérubins qui couvraient de leurs ailes le propitiatoire, représentés sur l’arche du témoignage ou sur le tabernacle à cause de leur double nature qui coule d’une même source. Quoiqu’ils soient en grand nombre selon la diversité des métaux et des minéraux, ils ne s’attachent qu’à la nature des fixes et des volatils, et on ne peut pas en admettre plus dans la nature. Outre les esprits fixes d’or et d’argent, on ne peut appeler rien ni fixe ni parfaitement incorruptible, et tout
ce qu’il y a dans les choses de fixité et de permanence vient d’eux. Ils sont les éléments et les semences de l’incorruptibilité que le Ciel, le Soleil et la Lune, qui sont les premiers corps fixes, ont laissé s’épandre sur la terre, et ne sont pas moins de mille ans à être formés dans les lits de la terre. Les seconds esprits, quoique volatils et toujours prêts à s’échapper, sont néanmoins incorruptibles et sont les fondements de la nutrition, de la corruption et de la génération des choses, parce qu’ils sont composés de parties homogènes. Les parties des éléments ne se séparent point en eux lorsque la nutrition, corruption ou altération arrive, et ils ne sortent point de leur composé ; loin de là ils y demeurent malgré la force de la corruption ou de l’altération, pour tâcher de conserver en quelque sorte la vie, et voilà l’analyse des éléments. L’union harmonique des corps pondéreux dans ce composé sous la forme de l’esprit mercuriel, qu’ils appellent double vapeur ou fumée blanche, demande au moins cinq cents ans pour sa formation. C’est pourquoi ils sont les premières racines des esprits volatils et corruptibles, parce que la nature ne peut en moins de temps
produire un corps incorruptible. On cessera d’être surpris que nous les établissions pour premiers principes de la nature, de l’art et de toute la religion selon ce qui est représenté dans la première table, car qu’entendrons-nous autre chose en physique par les sept chandeliers d’or et les sept étoiles dans la main du jeune homme, si ce n’est les esprits fixes de l’or qui contient en lui virtuellement et éminemment les sept métaux qui répondent aux sept planètes et aux sept étoiles, comme à leurs premières racines et à leurs pères ? Qu’entendrons-nous enfin par la figure du jeune homme vêtu d’une robe longue, ceint d’une ceinture d’or, dont la tête et les cheveux sont blancs comme neige, les yeux aussi comme la flamme du feu, les pieds semblables à du clinquant et la voix semblable à celle de plusieurs eaux ? Qu’entendrons-nous enfin par ce glaive tranchant des deux côtés qui lui sort de la bouche, par son visage luisant et resplendissant comme le soleil, par ces paroles : « Je suis le premier et le dernier et vivant, et je suis mort et me voilà vivant dans les siècles. »