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c’est pourquoi les anciens ont représenté Saturne tenant pour ornement en sa main un serpent qui se dévore lui-même et qui se régénère.
Ils l’ont nommé le dragon surveillant qui garde les pommes d’or dans les jardins des Hespérides, qu’il faut tuer si nous voulons les cueillir ; son venin est plus froid que celui des crapauds et sa présence plus nuisible que la froide ciguë, l’apium, la mandragore, et la jusquiame dont les démons se servent dans leurs prestiges ; il rend non seulement les arbres et les autres choses stériles, mais son mauvais naturel fait qu’il emploie tout son pouvoir et médite continuellement pour machiner leur mort.
Dans le nitre, ou dans ses marcassites, on découvre des esprits qui ne sont pas moins offensifs ni moins dangereux et qui prennent la nature des esprits, ou bien demeurent dans l’air, ou bien se mêlent avec les foudres et les tonnerres, corrompent l’air, et causent des pestes et des maladies, car, pendant qu’il s’attribue l’empire de Jupiter son premier formateur, il suscite toutes les impressions d’un air orageux, et plein d’éclairs, et il n’est rien dans toute la nature destinée à engendrer
les esprits vitaux de l’air, les esprits motifs, sensitifs et animaux qu’il ne tâche de détruire comme leur ennemi le plus animé il remplit Ευρυχωριας, c’est-à-dire la vaste région de l’air, de la frigidité de son mercure et de la calidité ignée et volatile du soufre, et de vapeurs sèches ou de météores qui par l’antipathie de leurs qualités vomissent tant d’éclairs et de foudres et qu’ils semblent renverser et détruire l’univers de fond en comble c’est pourquoi les poètes les représentent armé du tonnerre et comme dit Claudien : Tout l’univers se tait au seul bruit de sa voix.
Il prépare ses armes contre son propre père, savoir Saturne, et lève la tête contre lui et voulant s’emparer de son trône souverain, comme par droit héréditaire imitant l’orgueil du prince des ténèbres, et s’élevant au-dessus des autres esprits, il s’attribue arrogamment la gloire et le nom de Roi, et il n’y a aucun de ces esprits qui ne tâche, et qui ne se glorifie d’avoir les premières places, ce qui fait entre ces esprits une guerre éternelle et qui ne finira jamais, qui se répand ensuite parmi toutes les choses créées. C’est par un prodige si
surprenant que la faute d’Adam est passée jusque dans les choses insensibles, et que la malice qui entretient le péché de l’homme passe dans toute la nature, et que cette boue et ce pus d’une corruption contagieuse ou de la mort a pullulé infiniment.
Cela paraît encore mieux dans Mars, ou dans ses esprits sulphureux, qui, quoique beaucoup au-dessous des autres, cependant par un orgueil né avec lui et qui ne mourra jamais, ose impudemment et tyranniquement s’arroger les premières places ; comme il est couvert de fer, il cherche la guerre contre tous, et a l’impudence de se jouer à Saturne, Jupiter, et Mercure, même dans le ciel, et d’attaquer le plomb, l’étain et le vif-argent dans la famille des métaux, qu’il dépouille de leurs qualités. Il rend Vulcain et les Cyclopes ses esclaves et se qualifie des noms du Très Haut.
Pour peu qu’on soit instruit des éléments de la chimie on voit aisément que son soufre et ses éclairs en flammes s’élèvent en l’air avec impétuosité. On doit entendre la même chose de Saturne et de l’or qui a l’éclat de la foudre. On le compare à Cacus le voleur