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Explication de la figure où est dépeinte une solitude déserte ravagée par des serpents et arrosée de tous côtés par quatre fleuves. — Fixation.
Dans cet emblème sont dépeints fort artistement des lieux déserts et solitaires, tels que sont ceux qui abondent en minéraux, ravagés par plusieurs serpents ; car les vapeurs empestées et brûlantes du soufre dont ils sont remplis y font sécher les plantes et les arbres, en sorte que tout y devient sec et stérile parce que le suc ou l’humeur est consommée par les métaux
à cause de la quantité du même nitre qui coagule et pétrifie tout, car on dit que le soufre et les minéraux qui en sont pleins se nourrissent et s’augmentent par les vapeurs du nitre qui s’élèvent de l’eau de la mer. Ces lieux sont couverts de sables, de talc, d’alun, de pierre et de pierres, et sont pleins de hautes montagnes crevassées de tous côtés qui jettent de la fumée parce qu’elles renferment des gouffres pleins de soufre empesté et qu’à cause de la puanteur et de la chaleur de la terre qui est saumâtre et rougeâtre, calcinée et [amaigr… ?], produisent grande quantité de pierres à feu, de sels, de marcassites et ne produisent ni herbes, ni arbres, ni arbrisseaux qu’en très petit nombre ; encore sont-ils épineux ou dégarnis de fleurs et de fruits. Ils sont de plus ravagés par une infinité de serpents qui sortent des quatre fleuves, car ils y font presque toujours leur demeure à cause de la chaleur du lieu et du génie de la terre qui est gonflée d’humide radical ou métallique. Comme ces animaux naissent dans le plus profond des antres et des fleuves, ils sont remplis d’un venin très froid ; c’est pour cela qu’ils se plaisent dans
les lieux chauds et brûlés de chaleur. La fable ne parle point ici d’Erymanthe, montagne d’Arcadie, ni de l’île de Crète désolée par des serpents, mais par un sanglier et un taureau furieux. Comme le lieu dépeint en cet Emblème est fort stérile et infructueux, de même cette montagne d’Arcadie et l’île de Crète le sont aussi à cause des animaux cités ci-dessus qui les ruinent, les ravagent et les rendent infertiles et arides. Mais poursuivons et expliquons ce qui est caché sous ces fables et sous la figure d’Erymanthe et de l’île de Crète ; ce que signifient les serpents, les sangliers, le taureau et enfin ces quatre fleuves sortant des quatre sources. Il y a de grands secrets de chimie cachés sous l’enveloppe mystérieuse de la fable dont le sein nous découvre la vérité de toute la physique. Que signifient ces serpents, ce sanglier, ces taureaux, si ce n’est notre eau mercurielle ? Piqués de rage, ils renversent et saccagent tout, c’est-à-dire qu’il n’est rien qui puisse résister à la vertu solutive de notre eau, comme on peut connaître par ce mot d’Erymanthe qui est dérivé d’Erycine, son surnom, et du mot grec ανθος qui signifie fleur de Vénus. Ainsi le sanglier
d’Erymanthe est appelé mercure du nom de la fleur de Vénus ; il est prêt à dévorer l’Adonis de Vénus, c’est-à-dire la terre ou le soufre du soleil, comme nous avons dit souvent. Il faut penser de même du taureau, car comme le taureau elle rend la terre infertile parce qu’elle est séparée de sa propre humidité et du suc mercuriel, et qu’elle est calcinée et ravagée et que cette eau la corrode, la détruit et la ruine, comme on peut voir par les serpents de cet emblème, pour un jour la rendre utile et fertile en son temps, lorsque ces monstres vaincus et renversés remporteront une victoire glorieuse. Ce n’est ni une idée ni un songe, quoique plusieurs se l’imaginent, que Piton soit tombé dans l’île de Chryse lorsque le Soleil était couché avec Vénus, ou lorsque Pallas sortit du cerveau de Jupiter. On a appelé Chryse l’île de Rhode à cause de la quantité de roses qu’elle produit, ou Ophioglossa à cause de la multitude de serpents qui l’infestent, ou Colossicola par rapport au colosse du Soleil qui y fut construit autrefois. Afin de découvrir ce qui est représenté en cet emblème, que veut-on dire, je vous prie,
par Pallas qui remporte les ornements et les armes de Mars, savoir sa pique et son sabre, et la beauté de Vénus, ou son sexe, si ce n’est notre soufre ou terre, conçue du cerveau de Jupiter, c’est-à-dire dans le ventre ou dans la vapeur de mercure, car elle se forme dans le ventre de Mercure et dans la tête de l’alambic, et ne tire son origine que des embrassements du Soleil et de Vénus, c’est-à-dire par l’union du soufre solaire et du soufre vitriolique par l’entremise de mercure, messager des dieux, car c’est de lui qu’on peut dire que cette déesse a été engendrée ou a pris naissance, parce qu’il tombe en pluie d’or, parce qu’il contient toutes les richesses et tous les honneurs du monde, et particulièrement la santé. Est-il donc surprenant que ce précieux soufre de nature soit représenté sous la figure d’un désert montagneux et ravagé par les serpents, parce qu’on ne peut l’avoir qu’après une longue calcination et une destruction totale de la sulphuréité volatile exprimée par les serpents, le dragon, le sanglier et le taureau. Les chimistes ont comparé leur soufre ou terre non seulement aux lieux déserts et inhabités, aux montagnes affreuses et aux rochers élevés et escarpés, mais encore aux lions et aux loups qui
y font leur demeure, qui y exercent leur rage et leur fureur, de même qu’aux dragons qui habitent dans les antres froids et humides ; la raison en est évidente : le loup est le plus vorace de tous les animaux, et quelques-uns prétendent que pendant quelque temps il ne vit que de terre et de vent ; c’est pourquoi cet animal très sec, ou ce soufre, dévoré d’une faim enragée et insatiable, tout ce qui se présente devant lui, c’est-à-dire gèle et fixe par son haleine et sa puanteur autant qu’on lui donne de vif-argent ou de soufre volatil, qui sont la fumée, le vent et la terre dont il se repaît et se nourrit ; en ce temps il est si ennemi de lui et de sa race et si venimeux que les ulcères et plaies qu’il se fait s’enveniment dès qu’il y porte la langue ; de même notre soufre teint ce qu’il touche et fixe aussi par son venin le corps extérieur des métaux, et ainsi il est fort cruel puisqu’il n’épargne pas les siens propres et qu’il les dévore.
Il faut penser du lion de la même manière ; ces animaux sont les plus chauds et les plus secs de tous ; c’est pourquoi on dit qu’étant toujours en flammes de fureur et de rage, ils sont travaillés d’une fièvre continuelle
la colère leur fait sortir des étincelles de feu des yeux ; leur portée est morte quand ils la mettent bas et ils ne communiquent la vie à leurs petits qu’en rugissant. Ce qui convient en tout à notre soufre qui, comme la salamandre, vit de feu et dans le feu, étant un vrai feu, puisque non seulement il en darde des étincelles de ses yeux, mais encore de toutes les parties de son corps, et ne met bas ses lionceaux qu’à force de regrets et de rugissements, et quand il faut les prendre encore jeunes, comme nous avons raconté des deux serpents envoyés à Hercule par Junon, ils ne se trouvent qu’au haut des montagnes parce que cette terre malheureuse et infructueuse ne produit rien que ces animaux monstrueux et terribles à cause ou de l’ardeur du soleil qui les brûle ou parce qu’ils sont congelés par l’eau et accablés par la neige de la moyenne et froide région de l’air qui est glacée. De ces inventions fabuleuses nous pouvons inférer, et tous les philosophes en conviennent, que ce soufre naît dans le feu et brûle de ses propres flammes comme un autre Etna, qu’il se nourrit de l’air, de la fumée et du vent qui sont élevés au haut et à la tête de l’alambic, que c’est une vapeur coagulée sur les eaux au fond des vallées
qui croît en forme d’eau et retourne au fond de l’alambic. De même, dans la solution c’est une eau ; dans la corruption de son fœtus, un fumier, un poison mortel (1) que le soufre et l’arsenic ; et enfin dans sa sublimation, dealbation et rubification, c’est un air un un feu qui nettoie tout, qui purifie, qui teint, qui parfait, etc. On l’a comparé aussi aux monts Etna, Athos et Vésuve qui vomissent des tourbillons de flammes sulphureuses et mercurielles, et on le fait naître dans la fumée, dans les flammes, dans les eaux et dans la terre, et on lui donne différents noms. On l’a encore comparé aux quatre fleuves qui sortent du trône royal de Pluton ou qui arrosent le paradis de Volupté, selon les quatre sources inventées par Vulcain, et c’est avec juste raison puisqu’elles répondent en tout aux formes de notre pierre énoncées ci-dessus. Qu’entend-on par Phlégéton qui jette des flammes ou par la petite source qui corrompt par l’abondance de son soufre, si ce n’est notre soufre ou feu ? Qu’entend-on par le fleuve Léthé ou par la petite fontaine d’où coule quantité de lait blanc, si ce n’est le bain et l’esprit double et la fumée blanche de notre soufre ? Qu’entend-on par
par le Styx ou marais du Cocyte qu’on ajoute à la troisième petite source de Vulcain, si ce n’est notre eau boueuse lorsqu’elle se corrompt et qu’on peut appeler bouillon infernal ? Qu’entend-on enfin par l’Achéron ou la source d’où coulent du vin et de l’eau, si ce n’est notre eau mercurielle qui, selon ses différentes préparations et cuissons, a différents noms et se change en différentes figures ?
Nous ne finirions point si nous voulions parler de toutes les fables ci-dessus énoncées ; nous pouvons comparer la multiplicité de nos eaux représentées en cet emblème par les fleuves qui sortent de quatre sources aux lieux dépeints par Philostrate pour divertir l’esprit, où il y a des prés verdoyants de gazon, chargés d’arbres et de fleurs, qui sont arrosés de plusieurs fontaines ; à un lac qui contient plusieurs îles et des eaux claires comme le cristal, mis à l’abri d’un côté par des rochers et des montagnes ; et à des marais dont les eaux sont bourbeuses et qui, comme le Phlégéton, le Styx et le mont Etna, se plaisent et dorment au milieu des flammes. Ces fleuves et ces marais dormants remplis d’un feu sulphureux dénotent la corruption des substances adustibles, comme nous avons montré par l’extermination de Typhon, du Cerbère,
du Dragon et du Sphinx, car mercure produit une telle noirceur qu’il est plus vénéneux et plus hideux que les monstres dont nous venons de parler et plus cruel que ces montagnes qui vomissent des flammes et que les animaux qui dévorent tout, dont il les faut séparer par la mort. Mais pour combattre ce dragon à sept têtes, il faut épuiser le travail de Persée ; il faut employer la force d’Hercule pour terrasser ce cerbère à trois gueules et avoir recours à la foudre dont Jupiter s’est servi pour réprimer l’orgueil du géant Typhon qui combat contre les dieux, pour ensuite le précipiter dans les flammes du mont Etna. Hercule, Persée, Jupiter, c’est l’esprit fixe de notre soufre qui surmonte tout, qui coagule, qui fixe tout, à qui rien ne résiste, pourquoi tout met les armes bas devant lui. Il ne faut pas omettre ici ce qu’ils entendent par la fable de Pan, afin de ne laisser rien de ce qui regarde l’explication parfaite de ces choses. Les poètes feignent qu’il est né de Mercure et de Vénus qui sont les commencements généraux de toutes choses, comme nous l’avons prouvé du reste ailleurs. Ils disent donc et affirment que Pan est notre eau mercurielle, comme veut dire le mot grec παν ; la flûte qui a sept trous marque les sept