Diotimos Library · Journals, Notebooks & Fragments Collection · Bilingual Edition
The Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
Complete Notebooks · French with an independent English translation.
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English Page · Branch 4525 of 4529
UNDATED · Entry 8306
French
p. 904966 (Liasse 38.)
Messieurs,
C’est à bien des titres que l’honeur de me voir assis parmi vous doit m’être cher et précieux. Je le trouve au-dessus de mes faibles mérites, soit que je considère vos fonctions, soit que je considère vos vertus, soit que je considère quels hommes sont vos dignes coopérateurs, soit que je considère quel public est le juge de vos jugemens et l’admirateur de votre sagesse.
Il n’est rien d’aussi grand et d’aussi respectable que les loix. On a trop accusé les nôtres dans ce siècle : il n’est permis qu’aux grands génies ou aux magistrats de les blâmer parce qu’eux seuls peuvent les bien connoître. Le devoir de tous les autres hommes est de les bénir et de les aimer. Car il faudroit aimer même les mauvaises loix parce qu’elles seroient encore meilleures que les hommes. Plusieurs bons esprits et vous même, messieurs, désirés ceppendant sur plusieurs matières une réforme qui seroit inutile si tous les magistrats vous ressembloient. Un excellent magistrat est le supplément des loix insuffisantes et le correctif des loix dont l’exécution littérale produiroit quelque dommage. Vous l’avés montré plusieurs fois, messieurs. Et c’est à vous surtout qu’on peut dire ce qu’un orateur fameux disoit à d’autres magistrats : « Quand la loi se trouve trop cruë en quelque sorte et trop peu mure, votre sagesse la digère et la rend utile et saine. »
On doit associer à votre éloge, messieurs, celui de ces ministres infatigables de l’utilité publique, qui sont comme l’œil de la justice dont vous êtes la main. Ils veillent nuit et jour à notre repos : ils sont les sentinelles du prince et la sauvegarde du peuple. Ils partagent avec un égal honeur vos sublimes fonctions. Elles ne sont en quelque sorte parfaites que par votre merveilleux accord avec eux. Vous veillés sur l’homme bon afin qu’il ne soit pas opprimé, ils veillent sur le méchant afin qu’il ne soit pas impuni. Vous le punissés au grand jour, ils l’épient dans les ténèbres. Ils ne souffrent pas qu’aucun crime demeure inconu comme vous ne permettés pas qu’aucun innocent demeure accusé. Et les hommes généreux qui se sont dévoués à la défense de l’innocent afin que son innocence éclate, à la défense même du criminel afin que ces crimes même ne soient pas exagérés, pourrois-je oublier, messieurs, de leur rendre mon hommage devant vous qui les trouvés si dignes d’hommages?
Je ne verrai plus au milieu d’eux cet homme intègre, cet orateur éloquent et sévère, qui eût honoré sa profession si quelque chose pouvoit honorer une profession si respectée. Il faudroit avoir ses talens pour en parler dignement en peu de mots. Il possédoit surtout ce grand art de tout dire avec force et brièveté et paroissoit aussi ménager du temps et de l’attention des juges qu’il étoit prodigue du sien en faveur du public et surtout des malheureux. Ce public qui m’écoute et qui vous regarde, messieurs, comme son refuge et son appui ne me trouveroit pas digne sans doute d’être compté parmi vous s’il ne considéroit que mes foibles talens ou mes foibles lumières. Je sollicite son indulgence et j’espère l’obtenir au même titre que vous m’avez accordé la vôtre. Je n’ai pas la présomption de me regarder comme votre égal, mais comme votre élève. Je viens auprès de vous pour m’y préparer à me rendre digne de vous. Instruit par vos leçons, formé par vos exemples, puissé-je ne pas être indigne toujours de mes maîtres et de mes modèles; puissé-je mériter l’estime de vos concitoïens dont vous avés mérité la vénération.
Ils viennent en foule dans ces jours de solennité comme pour rendre plus auguste par leur présence le sanctuaire des loix où les jeunes candidats sont introduits. Ce sexe aimable dont les douces vertus tempèrent l’austérité de celles de l’homme et dont l’approbation est la plus touchante récompense des hommes utiles, vient lui-même servir d’ornement à ces assemblées comme pour servir d’encouragement à la vertu.
Quel est en effet le jeune magistrat qui peut ne pas dire au jour de son installation : « Combien de travaux me sont imposés et quelle vigilance m’est nécessaire pour mériter que ces mères vénérables désirent un jour que leurs fils me ressemblent et pour que ces beautés modestes ne me jugent pas téméraire si je prétendois à l’honneur d’être l’époux de quelqu’une de... » Ces idées, messieurs ne prophanent point le caractère du jeune magistrat, mais plutôt élèvent son âme. Et s’il se trouvoit dans la foule au jour de son installation, une beauté qui eût toutes les vertus de son sexe et tous les charmes de son âge... lui eussent fait désirer d’être compté parmi les citoïens qui son époux et dont la modestie lui eût permis d’espérer d’elle le bonheur, sans doute il se sentiroit plus épris de l’amour de tous ses devoirs. en la voïant, et plus vivement animé du désir de vous ressembler afin de se rendre digne d’elle.
C’est assés, messieurs; je ne dois point oublier que s’il m’est permis aujourd’hui de parler un moment devant vous, je dois me borner à vous assurer que je saurai vous écouter le reste de ma vie.
The Notebooks of Joseph Joubert, Volume II: UNDATED
p. 905066 (Bundle 38.)
Gentlemen,
For many reasons the honor of seeing myself seated among you must be dear and precious to me. I find it beyond my slight merits, whether I consider your functions, whether I consider your virtues, whether I consider what men are your worthy collaborators, or whether I consider what public is the judge of your judgments and the admirer of your wisdom.
Nothing is so great and so worthy of respect as laws. Ours have been too much accused in this century: only great minds or magistrates are permitted to blame them, because they alone can know them well. The duty of all other men is to bless and love them. For one would have to love even bad laws, because they would still be better than men. Yet several sound minds, and you yourselves, gentlemen, desire a reform in several matters which would be needless if all magistrates resembled you. An excellent magistrate supplements insufficient laws and corrects laws whose literal execution would cause some harm. You have shown this several times, gentlemen. And it is above all to you that one may say what a famous orator said to other magistrates: “When the law is, as it were, too raw and too little ripe, your wisdom digests it and makes it useful and wholesome.”
To your praise, gentlemen, one must join that of those tireless ministers of public usefulness who are, as it were, the eye of justice, of which you are the hand. Night and day they watch over our repose: they are the prince’s sentinels and the people’s safeguard. With equal honor they share your sublime functions. In a sense these are perfected only by your marvelous accord with them. You watch over the good man so that he may not be oppressed; they watch over the wicked man so that he may not go unpunished. You punish him in broad daylight; they spy on him in darkness. They do not allow any crime to remain unknown, just as you permit no innocent person to remain accused. And those generous men who have devoted themselves to defending the innocent so that his innocence may shine forth, to defending even the criminal so that even these crimes may not be exaggerated—could I forget, gentlemen, to pay them my homage before you, who find them so worthy of homage?
I shall no longer see among them that upright man, that eloquent and stern orator, who would have honored his profession if anything could honor a profession so respected. One would need his talents to speak of him worthily in few words. Above all he possessed that great art of saying everything with force and brevity, and seemed as sparing of the judges’ time and attention as he was lavish with his own on behalf of the public, and especially the unfortunate. This public which listens to me and regards you, gentlemen, as its refuge and support would doubtless not find me worthy to be counted among you if it considered only my slight talents or my slight enlightenment. I ask its indulgence and hope to obtain it on the same grounds on which you granted me yours. I have not the presumption to regard myself as your equal, but as your pupil. I come among you to prepare myself to become worthy of you. Taught by your lessons, formed by your examples, may I not always be unworthy of my masters and my models; may I earn the esteem of your fellow citizens, whose veneration you have earned.
They come in crowds on these solemn days, as though by their presence to make more august the sanctuary of the laws into which young candidates are introduced. That amiable sex whose gentle virtues temper the austerity of man’s, and whose approval is the most touching reward of useful men, itself comes to adorn these assemblies, as though to encourage virtue.
For what young magistrate can fail to say on the day of his installation: “How many labors are laid upon me, and what vigilance I need to deserve that these venerable mothers may one day wish their sons to resemble me, and that these modest beauties may not think me rash if I were to aspire to the honor of being the husband of one of...” These ideas, gentlemen, do not profane the character of the young magistrate, but rather elevate his soul. And if, in the crowd on the day of his installation, there were a beauty who had all the virtues of her sex and all the charms of her age... would have made him wish to be counted among the citizens who her husband and whose modesty would have allowed him to hope for happiness from her, doubtless on seeing her he would feel more captivated by the love of all his duties. and more keenly stirred by the desire to resemble you, so as to make himself worthy of her.
That is enough, gentlemen; I must not forget that, if today I am permitted to speak before you for a moment, I must confine myself to assuring you that I shall know how to listen to you for the rest of my life.
Socrates
Reading The Notebooks of Joseph Joubert, Volume II · UNDATED · Entry 8306
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Socrates will begin with this book and its sources.About This Reading Edition
Joubert’s notebooks return to the work of thinking and writing, the demands of friendship, and questions of faith, beauty and conduct. This edition pairs the French with a new English translation, preserving the order of the chosen source and the unfinished character of its fragments. Dates and source references allow readers to follow a thought through time or return to its printed context.
Historical Text and Translation
The French text follows André Beaunier’s 1938 edition of Les Carnets de Joseph Joubert, published by Gallimard from Joubert’s autograph manuscripts. Volume II continues the notebooks and includes seventy undated pieces. French and English are aligned paragraph by paragraph, retaining the source order, printed dates and page references so readers can return to the facsimile.
About Diotimos Editions
Diotimos Editions prepared this new English translation directly from the French, preserving Joubert’s distinctions, recurring images, ambiguities and unfinished thoughts. Translator’s notes clarify wording, references and uncertain readings: Essential keeps notes that help explain a passage, while All includes technical detail. Annotations from the 1938 source edition remain distinct from the new translator’s notes.
Rights
The linked facsimile records identify the French source as public domain in the United States. The new English translation and editorial notes are © 2026 Diotimos, with source annotations and new editorial contributions credited separately. This edition pairs the complete French notebooks with an independent English translation, preserving the distinction between Joubert’s text and its accompanying notes.