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M. Hochet et Mme de Sévigné.
M. Hochet et Mme de Sévigné.
« A une époque où le goût dominant n’étoit pas encore très pur, des femmes qui écrivoient ainsi en présence, pour ainsi dire, de tant d’auditeurs, devoient nécessairement affecter » pourquoi affecter et non pas avoir « quelque recherche dans leur style, et avoir souvent de l’esprit avec effort. » pourquoi avec effort? elles avoient plus d’esprit que le sujet n’en exigeoit, mais non pas plus qu’elles n’en pouvoient fournir. « Mme de Sévigné elle-même n’avoit pu tout à fait se dérober à ce mauvais goût. » Pourquoi mauvais goût? c’eût été tout au plus une mauvaise mode. M. Hochet continue : « Celles de ses premières lettres qui nous sont restées et qui datent de sa jeunesse ont quelque chose de roide et d’affecté » cela est fort, très fort, beaucoup trop fort. Où M. Hochet a-t-il trouvé cela? « qu’on ne retrouve guère » guère est trop peu « dans les lettres de Mme de Grignan. Mais, lorsqu’elle se fut imposé l’heureuse loi d’écrire tous les jours à sa fille » cette loi eût été heureuse pour nous, mais Mme de Sévigné n’écrivit jamais tous les jours à Mme de Grignan, « ses premiers efforts sont devenus par cette fréquente et intime correspondance des allures naturelles. » Il est sûr que la fréquence amène la facilité et que Mme de Sévigné dut mieux écrire lorsqu’elle eut beaucoup écrit. Voilà à quoi se réduisent en résultat les observations de M. Hochet. « L’abondance et la vivacité de son style croissant par l’habitude, toute apparence de travail a disparu » cela arrive toujours « et l’aimable abandon, l’extrême facilité n’a plus laissé voir que l’originalité dans un grand nombre de traits, qui par eux mêmes paroîtroient bizarres ou affectés. » M. Hochet est sévère. Il n’y a guère de trait d’esprit qui ne parût affecté et bizarre, s’il n’étoit pas mis en œuvre habilement... « Mais ce style n’étant pas essentiellement simple et franc » il n’y a d’essentiellement simple et franc que le style qui est populaire « perdroit nécessairement tous ceux qui voudroient l’imiter. » Non, car les caractères de ce style sont toujours la hardiesse unie à la bonté, à la gaité, à la modération. « Voilà pourquoi lorsque, dans une certaine classe de la société, c’étoit une prétention générale d’écrire en imitation de Mme de Sévigné » en quel temps cette prétention a-t-elle existé? « toutes les lettres de ce genre, même celles qui étoient écrites par des femmes de beaucoup d’esprit » quelles étoient ces femmes? et où sont ces lettres? « n’avoient rien que de faux et de maniéré. » C’est que l’imitation n’auroit pas été ressemblante. « Mme de Sévigné doit être comptée parmi les écrivains à part » M. Hochet en fait un auteur de profession « qui se sont créé une manière très originale, très différente de ce style simple et naturel » on peut être naturel sans être simple « qui distingue en général les grands écrivains ». Aucun grand écrivain n’a jamais eu dans tout un livre un style simplement simple. « Le bon goût réprouve cette manière » le bon goût réprouveroit ce qui étoit à sa place et convenable au sujet, au temps, à l’écrivain et ce qui charme tout le monde « à moins que le génie n’y ait laissé son empreinte, » il est certain qu’il ne faut rien faire de très marquant à moins qu’on ne [le] fasse très bien, « car le génie fait tout absoudre. » Parce qu’où il y a du génie il y a du naturel, quoique souvent la simplicité y manque. M. Hochet, vous qui vous faites lire quelquefois avec plaisir, quoiqu’un peu long, êtes vous naturel et avez vous du génie? Non, mais vous avez de la sincérité et il y a dans toute sincérité un peu de naturel, un peu de simplicité et un peu de génie, parce qu’il y a un peu des sentimens et de l’esprit qui nous sont propres... (Erratum : sincérité, ajoutez littéraire.)
27 avril au soir.
Comment se font les enfans?
Ils naissent de certains baisers qui, pour être innocens, ont besoin d’être sanctifiés par le mariage. Ou bien : ils naissent de certains embrassemens qui ne sont permis qu’aux personnes mariées, et qui se font avec tant de force qu’y penser seulement pourroit donner la mort à ceux qui n’ont pas encore atteint leur vingt unième année. Ou bien : mon fils, ils naissent […] certains embrassemens qui ne sont permis qu’aux personnes mariées et qui se font avec tant de force qu’ils pourroient donner la mort à ceux qui oseroient s’y livrer avant d’avoir atteint l’âge de 21 ans. On ne peut pas les comprendre et il n’est pas permis d’y penser. Par force, ils s’appellent viol ou violence. Voilà pourquoi vous lisez dans les auteurs vi compressa. Ces embrassemens déshonorent celles qui les souffrent même malgré elles. Aussi les auteurs disent-ils vitiavit virginem : il a souillé cette jeune fille.
Ces entassemens de pensées font précisément sur l’esprit l’effet que feroient sur les yeux des couleurs trop foncées et mal délayées. C’est un clair-obscur qui est trop sombre.
Qui est-ce qui pense pour le seul plaisir de penser? qui est-ce qui examine pour le seul plaisir de savoir?
28 avril.
Ce qui peint à l’esprit et non pas ce qui peint aux yeux. Par exemple, rouge peint aux yeux, l’incarnat de la rose peint à l’esprit, parce que cette dénomination a en effet passé par l’esprit et s’est comme teinte de sa réflexion. Ce n’est donc pas tant d’après nature que d’après l’âme qu’il faut peindre.
La jeunesse aime toutes les sortes d’imitation; mais l’âge mûr les veut choisies, et la vieillesse n’en veut plus que de belles.
29 avril.
Tout ce qui est brillant et qui passe devant les yeux sans donner le temps de le regarder éblouit. Il faut que l’ombre succède à l’éclair, pour être supportable.
30 avril.
La régularité semble ne pouvoir partir que d’un dessein, d’une pensée. Quand elle est l’effet du hazard, ce hazard ressemble à une prévoyance.
3 mai.
Dans les débats littéraires, « ne frapper ni à la tête ni au cœur » : ancienne loi de la chevalerie rappelée par Chateaubriand.
5 mai.
« Il y a (dit-on) de l’art dans un pareil style ». Je réponds que : l’agrément, et surtout la perfection, excusent l’art.
Qui disoit : « J’ai de l’esprit quand on m’en croit »?
7 mai.
Tous ceux enfin pour lesquels le style n’est pas un jeu, mais un travail.