Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
Théorie du monde politique ou De la science du gouvernement considéré comme science exacte, par M. Charles His.
Théorie du monde politique ou De la science du gouvernement considéré comme science exacte, par M. Charles His.
Page 47. « ...Parce que les loix sociales doivent être subordonnées à la nature des choses, j’ai un moyen de distinguer une bonne loi d’avec une mauvaise. » Ce moyen est rarement à notre disposition car nous connoissons rarement la nature des choses.
Page 117, il dit que « la république n’est (jamais) qu’un état de passage, qu’un effort violent que fait la société pour se constituer ». Cela est très digne de remarque.
A commencer de la page 131 jusqu’à la fin il répète vingt fois que « ce n’est pas là une supposition, c’est une abstraction à laquelle j’ai adapté les faits qui lui servoient de baze. C’est donc une démonstration. » Mais, mon ami, ne vois tu pas que ta baze et tes faits sont de pures pensées. Ils sont tracés dans ton esprit et non devant tes yeux. Tu peux avoir raison, mais ce n’est pas par la force de ton procédé, car tu ne fais ici qu’appliquer une abstraction à d’autres abstractions. Redisons le : — Dans les démonstrations géométriques, si l’axiome est dans notre tête, la figure est devant nos yeux; et entre nos yeux et la figure il y a la lumière de tout le soleil pour éclairer les erreurs que nous pourrions commettre dans l’application du principe au fait. Mais, dans ces prétendues démonstrations politiques, nous ne voyons le fait que dans notre esprit (ou dans notre mémoire, puisqu’il est historique) et nous ne le voyons qu’avec la seule lumière de notre esprit, lumière vague, tremblottante. J’ai dit cela ailleurs.
Observations. — Cette méthode est dangereuse ou peu utile parce que la vérité et les erreurs y sont imperceptibles. D’ailleurs (et c’est un autre inconvénient) il faut, pour envisager et présenter ainsi les objets, se maintenir dans une parfaite insensibilité et regarder avec indifférence ce qui importe le plus à tout le genre humain. Dans le langage, on ne peut se permettre aucuns de ces beaux mots qui font penser à mille choses à la fois. Ce genre même les exclud. Enfin, beaucoup de netteté, un enchaînement très suivi font lire avec plaisir de pareils livres; mais quand on les a lus, on ne se souvient plus de ce qui nous y a plu. Parce que les termes n’y ont de mérite et de justesse que par rapport à la manière si singulière dont l’auteur a traité et envisagé son sujet.
« Les institutions sont à l’intelligence ce que les loix sont aux actions. » Ceci n’est pas exact. Ce sont les maximes qui sont à l’intelligence ce que les loix sont aux actions. Les institutions sont pour l’âme les sources de ses habitudes, une éducation éternelle, des causes de facilité, etc.
« Il me faudroit donc maintenant traiter des institutions... Il me resteroit à faire voir que c’est à elles qu’il faut atribuer la division des nations et la diversité de leurs mœurs. » Il resteroit encore, et ceci seroit plus important, de montrer la nécessité de la diversité des mœurs entre les nations diverses. La singularité de ses coutumes attachant l’homme à son pays, il faut à chaque peuple des mœurs ou du moins des usages qui ne soient pas semblables comme il faut aux armées de deux peuples des uniformes différens.
Un assez bon nombre de nos poëtes aïant écrit en prose (Racine dans ses lettres à l’auteur des Visionnaires, Voltaire, l’abbé Delile, M. de Fontanes, etc.) a donné au style ordinaire un éclat et des hardiesses qu’il n’auroit point eu sans eux. Peut être aussi quelques prosateurs nés poëtes (Montesquieu, quelques autres écrivains ont aussi montré dans leur style une vivacité toute poétique) sans naître versificateurs, — (on pourroit dire aussi qu’il y a aujourd’hui des écrivains qui semblent nés versificateurs sans naître poëtes) [...] ont contribué à parer aussi notre langue jusques dans ses familiarités de ces richesses et de cette pompe qui avoient [été] jusques là le partage exclusif de l’idiome poétique. La Grèce et Rome eurent peut être aussi des écrivains nés poëtes sans naître versificateurs. Mais Platon, Tacite etc. étoient poëtes par l’ocstase et les modernes que nous avons nommés le sont (comme nous l’avons dit) par la vivacité et la rapidité des apperçus. Ce n’est pas là ce que le génie poëtique a de plus beau. Un œil contemplatif à un caractère plus céleste qu’un œil perçant.
Térence étoit un africain. Et cependant il semble avoir été nourri par les grâces athéniennes. Le miel attique est sur ses lèvres. On croiroit aisément qu’il naquit sur le mont Hymette.
Le familier de Mme Dacier. « Je scais ce qu’en vaut l’aune » est marchand drapier. « A platte couture » est tailleur.
3 avril.
Pour subsister isolées, il faut que les pensées soient fortes ou très spirituelles.
Felès a raison, les faits et les événements trop attestés ont en quelque sorte cessé d’être malléables.
Chacun trouve son odeur bonne traduiroit avec ménagement le proverbe beaucoup trop grossier des Latins (stercus suum euque bene olet). Chacun se sent bon à soi même vaudroit mieux. Cette dernière manière de s’exprimer fait même entendre un sens moral qui n’est pas dans la première, et remédie singulièrement par là à ce que le fonds de l’idée porte avec soi de plus choquant. Quoi qu’il en soit, il est impossible, avec un peu de bon goût, d’entendre ou de prononcer aucune de ces phrazes sans quelque aversion, c’est à dire sans détourner promptement son esprit de cette pensée; la matière en est essentiellement désagréable.
— Comme un fumier qui est consommé etc. et l’idée d’étables et d’agriculture s’unissant à ce dernier mot (fumier) en détruit et consomme elle même par d’agréables accessoires tout ce que le sujet auroit de rebutant. Et, à ce propos, Nota. De l’empire des accessoires — ou — Du pouvoir des ingrédiens.
14 mars.
Et, mon cher, l’amour a son bandeau. Il n’a pas les yeux nuds et il ne voit rien sans prestige.