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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1806

Notre mémoire plus ornée, notre goût même accoutumé à une éloquence plus riche, par la quantité des bons livres, ne nous permettent plus, même en dépit de nos efforts, une sobriété si simple.

13 janvier.

Du goût, de ses attributions. Si, dans les ouvrages d’esprit, la juridiction de cette faculté s’étend à toutes choses. S’il y a des ornemens dont le goût ne doit pas être juge. Le goût doit-il juger de la lumière, de l’éclat, etc.

Notre goût a de la mollesse, comme nos mœurs. Notre poëtique, comme notre morale, ne prêche que ce qui nous flatte.

Faites dire aux petites phrazes de grandes choses. Montesquieu eut ce talent.

La poëtique ramène tout au goût, comme notre morale ramène tout aux sentimens, et comme notre idéologie ramène tout aux sensations.

Il y a des ornemens, des agrémens que le goût n’aprouve ni ne réprouve. Il ne s’en mêle pas. La vuë de l’esprit les a seule dans son ressort. En un mot, comme je l’ai dit autrefois, le goût ne doit et ne peut même juger que des saveurs ou de ce qui leur est analogue et correspondant. Le jugement proprement dit doit décider de tout le reste.

Dans la littérature moderne, l’emphase (qui est plutôt un caractère de style qu’une figure, et plutôt un défaut qu’un caractère) consiste à exagérer par les mots la grandeur de ce dont on parle. Elle diffère de l’enflure parce qu’elle grossit moins qu’elle n’agrandit. (Les anciens l’entendoient autrement.)

Tout bon proverbe est ordinairement allégorique.

14 janvier.

« Ces chants qui gargarizent le gozier », dit Geoffroy; et qu’en effet on peut appeler d’harmonieux gargarismes. Notre danse a aussi des gargouillades mesurées. Et nos danseurs font en ce genre avec leurs jambes ce que nos chanteurs font avec leur gozier.

15 janvier.

— et prendre pour matière des pâtes qu’on puisse paitrir et d’un assés petit volume pour ne pas excéder nos mains.

Du goût et du jugement. Leurs attributions littéraires et les bornes de leurs fonctions dans la critique. Erreur de nos poëtiques modernes qui veulent que le goût juge de tout.

Vendredi 17 janvier.

Un goût sûr est celui qui scait distinguer la matière de la forme et séparer les vices de la forme de l’excellence du fonds, et les vices du fonds de l’excellence de la forme. Un goût sûr scait aussi distinguer en littérature le bien du mal, le mal du pire et le bien du mieux. L’expérience est nécessaire à ce discernement.

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