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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1805

21 octobre.

L’agréable (ou l’agrément) appliqué à l’utile est proprement l’objet de la littérature.

— De ceux qui cherchent le meilleur dans ce qui existe.

On appelle manière dans les arts une habitude qu’on s’est faite et qui vient de notre coutume plus que de notre naturel. On appelle manière en littérature ce qu’on ne peut pas lire sans l’imaginer aussitôt accompagné de quelque gesticulation menuë, de quelque pincement de bouche ou de quelque contorsion, c’est à dire de quelque mouvement peu franc, peu partagé par la totalité de l’homme. Le maniéré où l’on imagine le geste est proprement le maniéré. Quand on y imagine le pincement, c’est le précieux, l’afféterie. Quand on y imagine la contorsion, c’est tout à fait le ridicule.

Maniéré de manières. Delalot participe du maniéré parce que, en lisant tout ce qu’il écrit, on imagine malgré soi un certain air de tête qu’on peut aisément contrefaire et qui est constant. Je dis qui est constant car ce qui est fugitif et varié échappe au nom et au reproche.

— Ce qui fait imaginer que l’auteur s’est souri à lui même.

Il y a quelquefois dans Montesquieu une sorte de pincement; mais c’est un pincement des sourcils, une sorte de froncement que fait la pénétration pour ne laisser rien échapper.

Dans Félès, l’attitude est de la tête aux pieds.

La grimace d’humeur est hors du maniéré, elle est trop vive.

Geoffroy a de l’afféterie quelquefois, mais elle est courte.

De la manière dans la voix, n’est pas le maniéré. Il faut au maniéré quelque mouvement dans le corps. Le repos ne peut entrer que dans la manière. L’original, le singulier ont des coutumes qui leur viennent de leur nature. L’emphase est dans la voix, l’afféterie peut se trouver dans la prononciation.

Le mouvement du corps, quoique partiel et non total, s’il vient du mouvement d’esprit, ne constituë point le maniéré. Car l’esprit est censé tout l’homme.

... jettent leurs phrazes dans des moules qu’ils n’ont pas — mais qu’ils se sont prescrits. Tel est Ch—p—g—n— Tel C—m—s, quand ils ont traduit Aristote.

Du recherché. Quand il y a du recherché dans un bon style, c’est plutôt un malheur qu’un défaut, car cela vient de ce que l’auteur n’a pas eu le temps ou la bonne fortune de trouver ce qu’il cherchoit. Ce n’est pas le goût qui lui a manqué, mais le succès.

Dans le dialogue, les affectations peuvent être à leur place.

En dérivant comédie de comus, on entend mieux ce qu’elle signifie. Et on peut faire de ceci la loi des étimologies. La meilleure est celle qui fait mieux sentir le sens du mot.

22 octobre.

Du sentiment de l’existence. Lorsque rien ne le trouble, il suffit au bonheur. Et comment.

23 octobre.

La loi des distinctions et divisions logistiques est celle-ci : il faut les faire et les admettre quand le sujet est mieux connu par ce moyen. Plus de clarté dans le sujet en fait la légitimité. C’est là leur bien. Sans cette excuse, elles ne sont qu’une licence.

28 octobre.

On peut dire en deux mots que le plaisir propre de la comédie est dans le rire et que le plaisir propre de la tragédie est dans les larmes. Mais il faut, pour l’honneur du poëte qui excite le rire ou les larmes, que le rire qu’il excite soit agréable et les larmes belles. Il faut en d’autres termes que la tragédie et la comédie nous fassent rire et pleurer décemment. Ce qui force le rire et ce qui arrache les larmes n’est pas louable.

29 octobre.

Nous autres modernes, nous avons plus d’éclat et moins de clarté.

30 octobre.

Le style bat alors pour ainsi dire la mesure du mouvement qui est dans notre âme. Si ce mouvement est doux et modéré, ce qui le marque est doux aussi et fait plaisir. Mais au contraire...

Chez Delalot, on ne la voit pas battre, mais on la sent. Il y a le bruit du bûcheron dont on ne voit pas le bâton.

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