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66 (Liasse 38.)
Messieurs,
C’est à bien des titres que l’honeur de me voir assis parmi vous doit m’être cher et précieux. Je le trouve au-dessus de mes faibles mérites, soit que je considère vos fonctions, soit que je considère vos vertus, soit que je considère quels hommes sont vos dignes coopérateurs, soit que je considère quel public est le juge de vos jugemens et l’admirateur de votre sagesse.
Il n’est rien d’aussi grand et d’aussi respectable que les loix. On a trop accusé les nôtres dans ce siècle : il n’est permis qu’aux grands génies ou aux magistrats de les blâmer parce qu’eux seuls peuvent les bien connoître. Le devoir de tous les autres hommes est de les bénir et de les aimer. Car il faudroit aimer même les mauvaises loix parce qu’elles seroient encore meilleures que les hommes. Plusieurs bons esprits et vous même, messieurs, désirés ceppendant sur plusieurs matières une réforme qui seroit inutile si tous les magistrats vous ressembloient. Un excellent magistrat est le supplément des loix insuffisantes et le correctif des loix dont l’exécution littérale produiroit quelque dommage. Vous l’avés montré plusieurs fois, messieurs. Et c’est à vous surtout qu’on peut dire ce qu’un orateur fameux disoit à d’autres magistrats : « Quand la loi se trouve trop cruë en quelque sorte et trop peu mure, votre sagesse la digère et la rend utile et saine. »
On doit associer à votre éloge, messieurs, celui de ces ministres infatigables de l’utilité publique, qui sont comme l’œil de la justice dont vous êtes la main. Ils veillent nuit et jour à notre repos : ils sont les sentinelles du prince et la sauvegarde du peuple. Ils partagent avec un égal honeur vos sublimes fonctions. Elles ne sont en quelque sorte parfaites que par votre merveilleux accord avec eux. Vous veillés sur l’homme bon afin qu’il ne soit pas opprimé, ils veillent sur le méchant afin qu’il ne soit pas impuni. Vous le punissés au grand jour, ils l’épient dans les ténèbres. Ils ne souffrent pas qu’aucun crime demeure inconu comme vous ne permettés pas qu’aucun innocent demeure accusé. Et les hommes généreux qui se sont dévoués à la défense de l’innocent afin que son innocence éclate, à la défense même du criminel afin que ces crimes même ne soient pas exagérés, pourrois-je oublier, messieurs, de leur rendre mon hommage devant vous qui les trouvés si dignes d’hommages?
Je ne verrai plus au milieu d’eux cet homme intègre, cet orateur éloquent et sévère, qui eût honoré sa profession si quelque chose pouvoit honorer une profession si respectée. Il faudroit avoir ses talens pour en parler dignement en peu de mots. Il possédoit surtout ce grand art de tout dire avec force et brièveté et paroissoit aussi ménager du temps et de l’attention des juges qu’il étoit prodigue du sien en faveur du public et surtout des malheureux. Ce public qui m’écoute et qui vous regarde, messieurs, comme son refuge et son appui ne me trouveroit pas digne sans doute d’être compté parmi vous s’il ne considéroit que mes foibles talens ou mes foibles lumières. Je sollicite son indulgence et j’espère l’obtenir au même titre que vous m’avez accordé la vôtre. Je n’ai pas la présomption de me regarder comme votre égal, mais comme votre élève. Je viens auprès de vous pour m’y préparer à me rendre digne de vous. Instruit par vos leçons, formé par vos exemples, puissé-je ne pas être indigne toujours de mes maîtres et de mes modèles; puissé-je mériter l’estime de vos concitoïens dont vous avés mérité la vénération.
Ils viennent en foule dans ces jours de solennité comme pour rendre plus auguste par leur présence le sanctuaire des loix où les jeunes candidats sont introduits. Ce sexe aimable dont les douces vertus tempèrent l’austérité de celles de l’homme et dont l’approbation est la plus touchante récompense des hommes utiles, vient lui-même servir d’ornement à ces assemblées comme pour servir d’encouragement à la vertu.
Quel est en effet le jeune magistrat qui peut ne pas dire au jour de son installation : « Combien de travaux me sont imposés et quelle vigilance m’est nécessaire pour mériter que ces mères vénérables désirent un jour que leurs fils me ressemblent et pour que ces beautés modestes ne me jugent pas téméraire si je prétendois à l’honneur d’être l’époux de quelqu’une de... » Ces idées, messieurs ne prophanent point le caractère du jeune magistrat, mais plutôt élèvent son âme. Et s’il se trouvoit dans la foule au jour de son installation, une beauté qui eût toutes les vertus de son sexe et tous les charmes de son âge... lui eussent fait désirer d’être compté parmi les citoïens qui son époux et dont la modestie lui eût permis d’espérer d’elle le bonheur, sans doute il se sentiroit plus épris de l’amour de tous ses devoirs. en la voïant, et plus vivement animé du désir de vous ressembler afin de se rendre digne d’elle.
C’est assés, messieurs; je ne dois point oublier que s’il m’est permis aujourd’hui de parler un moment devant vous, je dois me borner à vous assurer que je saurai vous écouter le reste de ma vie.
67 (Liasse 3.)
La victoire, la course, la vélocité, l’attelage...
J’aime ces spectacles qui me représentent une nature fantastique, soit qu’ils embellissent la nature réelle comme les décorations d’un opéra, soit qu’ils en offrent les ridicules comme la danse des chiens, soit enfin qu’ils me donnent une image plus claire de quelque mot abstrait, comme ces exercices d’Astley où l’on apprend si bien ce que veulent dire les mots vitesse, voler (au figuré), etc. Je parlerai quelques momens du spectacle de ce dernier et j’en caractériserai les tableaux les plus frappans.
1. Cochon scavant. Celui-ci n’offre qu’un pur méchanisme d’un animal exercé à des mouvemens et à des combinaisons dont le résultat opère quelques effets semblables à ceux de l’intelligence, mais ne suppose dans l’animal aucune intelligence autre que celle de lier à des mots donnés, tel ou tel mouvement déterminé. C’est un spectacle froid et sans intérêt aucun. La seule observation remarquable à laquelle il puisse donner lieu est celle-ci. L’animal qui exécute des mouvemens presqu’humains, l’animal a aussi malgré sa nature une allure et une phisionomie presque humaine.
7-11-15. La chaise à porteur. La fileuse et la promenade. Ici l’imitation des attitudes humaines est plus marquée, plus intéressante, et a plus d’effet. Le ridicule, qui n’est jamais satisfaisant que lorsque l’effet est moral, n’est nulle part plus à sa place que dans ces trois tableaux où les chiens nous font rire en copiant, dans le tableau 7 notre faste, dans le tableau 11 notre ambition de plaire et d’être regardés; dans le tableau 15, qui est celui de la fileuse, le ridicule nait du seul contraste qui se trouve entre les traits et la contenance du petit chien qui file et l’occupation à laquelle il est soumis.
Les tableaux que présente le singe sont beaucoup moins intéressans Cet animal a trop de traits communs avec l’homme pour que l’imitation qu’il fait de nous ait cette pureté d’illusion qui dans toutes les imitations est la cause principale du plaisir qu’elles produisent. Trop de réalité se mêle à ces sortes de représentation. D’ailleurs cet animal en copiant l’homme le rend plutôt difforme et vil que risible. En nous copiant, les petits chiens ne rendent sensible que l’extravagance de nos modes et de nos manières, au lieu que le singe dont les traits expriment fortement un naturel vicieux à la manière des hommes, n’est propre qu’à nous attrister par cette image de notre dépravation. Les premiers dans leurs exercices sont encore intéressants par l’expression de leur docilité timide qui perce à chaque minute; l’autre ne nous montre qu’un impudent qui se satisfait lui-même en se livrant au pire de tous les génies qui est celui de l’imitation. Craintif avec bassesse et hardi avec effronterie... Dans les tableaux que les chevaux présentent, on se croit transporté chez les [Honyhnhums?], et quelquefois chez les poëtes. Voyez les tableaux qu’on pourroit appeller La Victoire, la course, la vélocité, l’attelage.