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37 (id.)
Il est étonnant combien depuis Platon l’esprit humain a rétrogradé. Ce n’est qu’avec des peines infinies qu’il revient au point de lumière où ce philosophe l’avoit porté. Les notions morales de nos plus grands génies mêmes ont rarement atteint et jamais surpassé les idées de cet Athénien qui vivoit il y a plus de deux mille ans. Il semble que toutes les grandes vérités de ce genre aient dormi pendant tout ce temps là dans les écrits de ce spiritualiste outré qui a porté ses erreurs métaphysiques aussi loin que ses découvertes politiques. Heureusement l’erreur et la vérité sont tellement séparées que le même esprit peut faire de grands progrès et de grands écarts. Et voilà ce qu’on voit dans les ouvrages de Platon. Il arrive ordinairement que les erreurs des grands esprits sont moins funestes que leurs découvertes ne sont utiles, ne fût-ce que par cette seule raison : que, nous apprenant à marcher de leur pas qui est le bon, nous accoutumant dans leurs ouvrages à la vérité (car s’ils tombent, ce n’est qu’au terme de la carrière, en quelque sorte) ils nous apprennent à les juger, eux et leurs productions, et à mieux voir ce qu’ils ont vu qu’eux-mêmes. Il est arrivé au contraire qu’on n’a jusqu’ici adopté que les rêveries de Platon sur—..... les théologiens employèrent à l’édifice de leur absurde doctrine; et qu’on a rejetté comme des chimères toutes ces vérités si belles et si palpables, pour ainsi dire, sur le gouvernement, la justice, etc., etc. Une chose que Platon a peu conuë, c’est la nature des arts et leur destination. A cela près, il me paroît avoir réuni et fixé dans ses ouvrages tout ce qu’on [a] pu conoître jusqu’ici de la science du gouvernement. On trouve chez lui presque tout ce qu’on a pensé après. Une longue attention sur cette matière. (Voilà qui est écrit bien molement, bien lâchement.)
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Sa haine est lassée et ne demande qu’à finir.
39 (id.)
Je lui rendis les derniers devoirs que ses amis négligèrent, afin de devenir plus humain et plus indulgent envers sa mémoire. Alors, s’il avoit pu me voir...!
(Cette attention soutenuë, nécessaire pour les grandes...) (La page est coupée.)
40 (Liasse 34.)
Ce Rapin, dans ses Réflexions sur l’histoire où Tite Live est perpétuellement son héros et le seul écrivain sans défaut parmi les anciens (et Mariana parmi les modernes), ce Rapin prétend, page 301, que « Xénophon... n’a rien de grand ny d’élevé ». Le pauvre homme que ce jésuite! Il dit assés bien de Tacite (page 278) : « La morale de Tacite est souvent fausse, parce que sa morale n’est point vraye etc. » Ses jugemens sur cet historien sont ce que cet animal a de meilleur. Il a, ce Rapin, bien des prétentions au stile pur et au bon sens. Il devoit se croire un fort bon auteur et être fort content de lui-même.
41 (Liasse 9.)
On reprocha autrefois à Berruyer d’écrire l’histoire du peuple de Dieu en style de roman; on peut reprocher à Mʳ a.b.d. de nous expliquer l’évangile en style de gazette. Il dit de J. C. qu’il appelle toujours élégamment le fils de Marie [qu’il] est venu pour instruire « toutes les classes d’individus ».
42 (Liasse 38.)
Il y a dans cette édition des notes opposées à l’esprit du texte et des portraits qui ne ressemblent pas aux originaux. Les plus célèbres beautés du siècle de Louis XIV y sont gravées dans des médaillons qu’on prendroit au premier coup d’œil pour des médailles d’empereurs romains. Les grands hommes n’y sont pas mieux traités. Le grand Corneille a le nez retroussé, Louis XIV a le visage large, Molière y est peint en maigre. La Fontaine a le nez du roi et Racine le profil d’un greffier de l’hôtel de ville.
43 (Liasse 2.)
Tout ouvrage étendu ne peut être bien composé que par une égale continuité de force, de mouvement et d’attention. De là vient que la nature elle-même veut que les poèmes épiques soient écrits avec la même espèce de vers, et avec celui de tous les vers qui demande pour être bien fait le plus de sagesse et de calme. (Voyez ce que dit Aristote dans sa Poétique.)
44 (Même feuillet.)
On reprochoit à Euripide d’avoir fait Ménélas méchant sans qu’il y eût de nécessité à le faire tel: cette censure étoit honorable aux critiques. Nota. Ils regardoient comme une chose absurde la méchanceté gratuite.
45 (id.)
Ce qui est arrondi en soi (dit Aristote) a bien plus de force et d’effet que ce qui est étendu.
46 (id.)
Horace dit que les dieux même ne peuvent pas permettre au poëte d’être médiocre.
47 (id.)
Purger les passions. C’est à dire ne les faire éprouver qu’innocentes et pures, ce qu’elles peuvent toutes être quand elles sont bien dirigées et modérées. La haine même peut être une affection louable et douce quand elle n’est causée que par le vif amour de tout ce qui est bon.
1. Il semble que chez les anciens les lettres qu’ils appelloient humaines étoient en effet plus humaines que parmi nous. L’art de la critique chez eux étoit plus indulgent, plus doux, plus favorable que le nôtre. Ils étoient plus portés à approuver.
2. Ils admettoient trois genres : le sublime (ou le grand), le simple (ou le petit, le menu), et le moyen (le tempéré ou le médiocre). Tous ceux, dit Cicéron, qui se sont distingués chez les Grecs dans quelqu’un de ces trois genres « ont acquis un grand renom ».
3. Ces hommes qui faisoient de si grandes choses avec la parole et pour lesquels l’art de parler étoit une grande puissance n’accordoient peu d’estime à aucun ouvrage où la parole étoit employée avec habileté. Ils admiroient l’art avant tout. Et tout ouvrage dont ils pouvoient se dire l’art y surpasse la matière étoit à leurs yeux un chef d’œuvre. Ils ne [le] mettoient au dessous de rien et le plaçoient à côté de tout. Ils sembloient dans leurs jugemens avoir pour loi cette maxime : tout ce qui excelle doit être mis au premier rang.
4. Et en effet pour la pratique et pour l’utilité l’art dans un ouvrage est fort au dessus du sujet. C’est l’art qui instruit. C’est de lui qu’on peut s’enrichir. On peut enlever ses beautés et les placer ailleurs sans rien ôter aux ouvrages où elles sont. Qu’un peintre ait peint sur la toile ou sur le bois, le fonds n’est rien; le dessin et les couleurs sont tout. (Les pots de terre des Etrusques nous ont appris à modeler l’or et l’argent.