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13 (id.)
Dans ce renversement des âges la vie est pour vous un songe informe, un amas bizarre de folies et d’incohérences. Aussi quel tableau présentés-vous à l’œil de l’observateur? Chez vous l’enfance est sans gaieté, l’âge mûr sans gravité.
14 (Sur le même feuillet.)
Chacun de nos membres a sa mémoire locale et particulière, indépendante de la grande mémoire. Et le membre dont nous parlons est de tous les nôtres le plus intelligent et le plus existant à part.
15 (Liasse 4.)
C’est l’ambition qui fait les grands intervalles. Un palefrenier du roi de France est plus près de son maître que le chancelier.
16 (Même feuillet.)
Ici, les souverains ont fait un grand bien au monde; de policer les hommes. Un autre bien leur reste à faire, quand les temps en seront venus, quand ces hommes nouveaux auront acquis leur maturité : c’est de descendre du trône et de le rendre aux peuples.
17 (Liasse 22.)
Histoire de l’Académie des Inscriptions. Paris, Pancouke. In 4. Tome 13ᵉ.
= Des Cabires, par M. Fréret.
Nota. Parce que Hérodote et Platon nomment toujours Hésiode avant Homère quand ils font mention de ces deux poëtes, M. le comte de Caylus conclut très bien qu’Hésiode a précédé Homère de quelques années.
Addit. — Des tableaux de Polignote décrits par Pausanias. (Page 54, tome 13. M. le comte de Caylus.) Ce sont les deux tableaux qui excitèrent cette querelle de Falconnet le sculpteur et de M. Diderot, dont je me suis mêlé.
18 (Liasse 8.)
On parle de l’extrême pureté de la langue grecque. Ceppendant Simmias de Rhode (cité par Suidas) qui vivoit au commencement des olympiades avoit publié trois livres intitulés Γλῶσσαι, c’est à dire Recueil des mots grecs emprumptés des langues étrangères. (Voyez page 132 le mémoire intitulé Recherches sur les autheurs dont Parthenius de Nicée a tiré ses narrations, par M. Le Beau le cadet.)
19 (Même feuillet.)
La littérature des peuples commence par les fables et finit par les romans.
20 (Liasse 39.)
L’art et l’agrément dans les ustensiles usuels d’un païs prouvent que les beaux arts existent quelque part, mais non pas qu’ils existent dans ce païs. Ceppendant, comme la Grèce fut regardée dans toute l’antiquité comme la patrie des arts, ce qui ne prouveroit rien pour les Hébreux prouve tout en faveur des Grecs.
Un beau poëme prouve en faveur de la musique, mais non pas en faveur de la peinture. Des peuples bien organisés, heureux, oisifs, habitans d’un beau païs, éprouvent certainement le besoin du chant, mais non celui de peindre. Cet art n’est cultivé que chez les peuples puissans où la représentation des événemens publics est un grand moïen d’acquérir la faveur publique; cet art n’est cultivé que chez les peuples riches où, faisant partie de l’ostentation et du luxe, il est un grand moïen d’acquérir des richesses. Comme d’ailleurs il est très long dans son étude, il exige toute l’application d’un homme et le rend mercenaire en lui ôtant tous ses moïens de subsistance.
Un musicien va chantant et se trouve accueilli partout où il y a des hommes. Un peintre ne peut trouver les moïens de peindre et le prix de ses tableaux que dans les lieux où il y a des villes. Aussi les peintres sont-ils généralement plus avides d’argent que les musiciens.
Il est à remarquer que Virgile, dans ses aventures d’Enée, place partout des tableaux. Il se voit peint à Carthage avec les autres Troïens illustres. Il voit à Cumes l’histoire de Dédale en bas-relief aux portes du temple de la Sibille, etc. Et je ne me souviens pas qu’Homère parle une seule fois de tableaux dans son poëme. Il fait chanter les avantures d’Ulisse par Phemius. Il place à la table d’Antinoüs un autre chantre qu’il appelle divin, etc. C’est toujours de la musique et jamais de la peinture.
Mais puisque les Grecs avoient des tableaux après Homère ils devoient avoir d’excellens tableaux. Il n’est pas possible que des hommes d’un tact exquis eussent admiré d’informes ébauches. Il n’est pas possible que des hommes accoutumés au beau idéal par leurs poëtes eussent admiré dans leurs peintres de médiocres tentatives. Car, dans les arts, ce qui est réellement nécessaire dans leur technique est indivisiblement uni à l’idéal. L’un ne peut se manifester sans l’autre.
21 (id.)
On supporte toujours facilement une puissance qu’on espère pouvoir exercer un jour.
22 (Même feuillet.)
Il n’y a point d’authorité aussi constamment, aussi entièrement et aussi généralement respectée que celle qui naît du mérite véritable et reconnu..
23 (id.)
Plus sages que ne l’étoient les barbares de nos contrées, les sauvages ne veulent point admettre l’argent, l’or, ni aucunes monnoyes. Les premiers en effet étoient aussi avides de ces richesses que les peuples civilisés qu’ils en dépouilloient. Ils n’étoient que des barbares, c’est à dire des peuples que le défaut [ ] et de biens rendoit féroces; ils avoient d’ailleurs tous les vices que peuvent donner la dépendance et la vie molle; mais les seconds sont des sauvages, c’est à dire des hommes qui par goût aiment à vivre libres, indépendans et dans leurs bois, méprisant pour leurs usages les richesses fictives qui ne servent qu’à se donner une prééminence dont ils ne se soucient pas. Aimant au surplus et ne négligeant pas de se procurer les vrais biens et les vrais plaisirs qui sont bornés pour l’homme sensé; ceux-ci ne seront jamais conquérans; ils pourront détruire leurs ennemis, mais ne voudront point les soumettre. Les autres au contraire sont par état, c’est à dire par nécessité, envahisseurs de biens et de puissance tant qu’ils le peuvent. Leur misère les rend ennemis naturels des peuples riches; ils voudront toujours les vaincre et les dominer quand ils le pourront pour se mettre à leur place et avoir leur sort, ne fût-ce qu’un moment.
24 (Liasse 3.)
Dans ma cabane obscure...
(C’est le chant du coteau, c’est le chant du retour...)
Du champ, de la prairie Revenant chaque soir, Chaque soir plus chérie Je viendrai te revoir.
Ces paroles semblent tellement inséparables de cet air et tellement nées pour lui être unies, que les notes et elles se confondent et semblent ne pouvoir pas subsister les unes sans les autres. Aussi jamais la mémoire ne les désunira. Elle peut bien oublier tous les autres couplets, mais celui-ci se représentera toujours toutes les fois que l’oreille entendra ces sons.
Avec les jeux dans le village...
(Celui-là semble se chanter aux oiseaux et à l’écho.)
Sous ces arbres du voisinage, Respirons la fraîcheur du jour...
Quand l’air est parvenu à ces paroles, on diroit qu’il s’asseoit et se repose.