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12 octobre.
On ne comprend la terre (même son cours et sa figure) que lorsqu’on a connu le ciel.
...et l’innocence, plus belle encore aux yeux de Dieu.
13 octobre.
Qu’aucun bon sentiment n’excède le cercle de son ordre propre. Point d’empressement sans mesure. Que la force ait de la souplesse. Point d’élan qui soit trop subit. Que l’équité soit dominante. Qu’on ait l’empire de soi même; et même, que par cet empire on soit maître de ses vertus en leur imposant l’à propos. Car les devoirs ont une loi qui en règle l’accomplissement. Le nombre! le poids! la mesure!
Mercredi 17 octobre.
(A Villeneuve.) L’idée de Leibnitz que « l’âme est un miroir », c’est à dire sans doute une substance où tout se peint. Et il faut restreindre ce tout à ce qui lui est analogue, ou de même nature qu’elle. (Je n’y avois jamais pris garde.) Et pourquoi en effet, lorsqu’une glace ou un peu de matière polie, un peu de verre, en y appliquant un métal, peut recevoir et réfléchir le monde entier ou la matière tout entière, avec toutes ses figures ou toutes ses diversités, une unité spirituelle et placée au milieu de tout ne réfléchiroit-elle pas Dieu, qui est l’intelligence suprême, et les idées qui sont en lui comme une sorte de figures, et ne les verroit-elles pas en regardant en elle-même? Car ce miroir en qualité d’intelligence devient un œil. Leibnitz eût dit Dieu au lieu de l’univers, on l’auroit entendu.
Le soleil peint dans une goutte de rosée.
C’est par là, ce me semble, que Leibnitz vouloit expliquer les réminiscences de Platon et les idées innées des modernes. Il ne s’est pas expliqué nettement, ni même intelligiblement.
Par la nature de notre [âme], Dieu se peint avec ses idées dans cette petite rondeur intelligible, comme par la nature d’une glace une chambre entière s’y peint avec ses meubles, ses tableaux, etc.
Comme le monde est peint dans l’œil, ainsi Dieu se peint dans notre âme. Le miroir ignore l’image: il ne peut réfléchir sur lui : l’âme peut regarder en soi. Mais ce qui est en nous est obscur et ne peut que se faire croire; ce qui est en dehors se peut voir, mais ne se fait pas mieux sentir à la conscience. Dieu nous est sans cesse présent; son image est toujours en nous, même lorsqu’elle n’est pas vuë, parce qu’on regarde en dehors.
Quoiqu’une idée soit obscure, elle peut suffire pour nous guider, parce qu’on peut la bien sentir. Elle agit sur nous du dedans.
Les vérités physiques ou visibles, les faits de la matière, ne se peignent point dans notre âme, mais dans nos sens; et c’est là que l’âme les voit. Les vérités spirituelles ne sont peintes qu’en Dieu, qui est une intelligence, et c’est là que nous les voyons, nous qui sommes une intelligence mixte.
Nota. L’élaterium. Ce mot est juste. — Quand on veut se représenter l’action de cette qualité, on se figure malgré soi le jeu d’un ressort élastique qui seroit placé quelque part dans la région de nos flancs, et lié on ne scait comment par son milieu à notre centre d’où partiroient ses mouvemens; et quoi qu’on fasse on pense ainsi si on veut être clair et s’entendre. Et c’est à cette arrière-idée que l’esprit s’appuye en secret, s’il entend le discours suivant que tout le monde peut comprendre : « C’est la tendance vers le bien, la promptitude à le saisir et la constance à le vouloir. C’est l’intensité, la souplesse et la fermeté du ressort qui met en jeu cette tendance; c’est la vivacité, la force et la justesse des élans que ce but met en exercice; c’est, dis-je, tous ces élémens qui, comme autant de caractères, forment par leurs combinaisons le taux intrinsèque de l’homme et déterminent sa valeur. »
En un seul point. Ici, l’arrière-idée est autre. Notre sein est une boussole dont nos tendances [sont] l’aiguille. Notre fin est le point du nord; et les aberrations ou la droite direction de l’aiguille vers notre fin font notre mérite ou notre démérite, et ce mérite notre prix.
Dimanche 21 octobre.
(N’en pouvant plus.)
Lundi 22 octobre.
Ce qui est opaque est une taye qui peut aveugler notre esprit. — Elle le réduit en poussière, et cette poussière en nuéë, et cette nuéë en air pur. Sa diffusion inapperçue fait toutes nos sérénités. Ses éclats remplissent de joië. Heureux alors ceux qu’elle éclaire, qui sentent leur être exposé aux clartés et à la chaleur de ce soleil intelligible; et que leur propre joie excite (ou — que leur bonheur même excite) à se jouër dans ses rayons.
(Add. y laisse une diffusion qui entretient nos sérénités.)
Et la plus terrible, la plus horrible des catastrophes imaginables, la conflagration de l’univers, que pourra-t-elle être autre chose que le pétillement, l’éclat et l’évaporation d’un grain de poudre à la chandelle?
(Nota. Cuisant. Douleurs cuisantes.)
La sagesse est le repos dans la lumière : en quelque degré qu’elle soit. Et le repos surtout dans cette lumière moyenne dont, par sa nature et par la nôtre, nous ne pouvons avoir en nous qu’une moitié.
On la connoit par l’émotion, (elle produit la conviction), elle entre dans le sentiment. Il faut aller où elle guide, s’arrêter où elle s’arrête, suivre en tout son obscurité. Mais il faut y mêler aussi les clartés d’une autre lumière qui nous apprend à bien discerner celle-là. C’est la lumière souveraine. Cette lumière pure et haute, d’où nous vient toute intelligence.
Il est des esprits qu’elle frappe. Heureux les esprits qui l’ont vue. Sa diffusion fait leur sérénité, son éclat leur pénétration, ses apparitions leurs joyes. Heureux ceux où [ce] soleil luit et que leur bonheur même excite à se jouer dans ses rayons (ou — mettre leur joye et leur gloire à se jouer dans ses rayons.)
Du sens caché, dans les mots dont on fait usage. Sens qui est souvent très étendu, très important, mais d’une étenduë et d’une importance qu’on sent et qu’on n’apperçoit pas. C’est comme une lueur dans un brouillard, ou comme un feu dans une eau thermale, feu dont on n’a la conviction que par la chaleur. C’est la lampe d’un ver luisant, lampe qui éclaire un point unique, mais qui l’éclaire sûrement.
Et la lampe du ver luisant — je dis très bien, car cette lampe l’éclaire et il ne la voit pas. Elle est en lui, mais loin des yeux.
Les notions. Les notions sont des lueurs enveloppées, mais que l’on peut développer. Le ver luisant : sa lampe lui fait tout voir autour de lui sans qu’il la voye.
« La sagesse est le repos dans la lumière. » Et en effet, quelque légère ou quelque obscure qu’elle soit, cette lumière, il faut s’y arrêter, s’y plaire, et tâcher de la pénétrer, Dès que sa lueur ou quelque autre signe nous avertit de sa présence. Ce n’est qu’après en avoir remarqué la place qu’il est permis de passer outre.
Les « feux follets » et les feux sages; les feux guides ou conducteurs, dont la direction est sûre. On ne les a pas remarqués. C’est qu’ils sont dans le voyageur, et non dans le chemin.
(Voyageur vient de voye, comme qui diroit chemineur, coureur de chemins.)
Le feu appelé électrique a son action sans se montrer. On peut l’obliger à paroître; mais c’est surtout par le moyen d’une substance transparente comme un mot clair.
Entrevoir, c’est voir entre ou à travers. (Entre ou dedans. Introspicit, dit le latin.)