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[…]7 octobre.
Nota. la différence du mot mouton employé par le cuisinier ou par le berger. Et dans la prononciation : Il est doux comme un mouton; ou : Donnez-moi du mouton.
Voltaire n’a pas de lumière, mais de la clarté dans l’esprit, ce qui est fort différent.
14 octobre.
La tournure de cette sentence d’Hippocrate : « Les vieillards sont rarement malades, mais (ou, et) ils guérissent rarement. » Observez la simplicité, la brièveté et la sage économie de ces paroles.
Sur le et et sur le mais de cette phrase. Le mais appartient plus au caractère des modernes, le et à celui des anciens. Le mais est là une réflexion et le et un simple récit. Le et vaut donc mieux. Car le jugement est des hommes, mais l’intuition est des dieux. Ils voient tout au lieu de juger.
« Les vieillards sont rarement malades, mais ils guérissent difficilement » : c’est une autre espèce de phrase.
Balzac. Boileau lui-même s’y est trompé. On exigeait de lui des lettres littéraires. Ce qui lui a manqué, c’est de scavoir mêler les petits mots avec les grands. Tout est construit en pierres de taille quarrées dans son style. Mais tout y est de marbre, et d’un marbre lié, poli, éclatant.
Toutes les passions cherchent ce qui les nourrit et la peur aime l’idée du danger.
18 octobre.
Sophocle. Ses pensées ont toujours une simplicité parfaite. — En quoi consiste la simplicité des pensées — et De ce qui fait que nos pensées ont de la simplicité.
19 octobre.
Pourquoi le temps nous est donné, et de ceux à qui le temps n’a pas été donné, moins coupables et plus excusables; et par ainsi plus pardonnés.
L’abbé G-l-rd. Il a fleuri dans le désert.
Maison pauvre, mais abbondante en bonnes œuvres.
25 octobre.
Le fanatisme est une ivresse religieuse ou irreligieuse; mais une ivresse sombre, malfaisante, furieuse. Les religions sont comme les vins : les plus nouveaux sont les plus ennyvrans. Toutes les religions sont furieuses jusqu’à ce qu’elles aient règné.
On peut être enthousiasmé d’une religion ancienne, on n’est fanatique que d’une religion nouvelle. On n’est jamais fanatique non plus d’une religion nombreuse, étenduë, universelle, ni d’une religion où tout est fixe et qui est réglée par une authorité reconnuë. La nouveauté, le petit nombre, le sens propre sont des ingrédiens nécessaires pour produire le fanatisme. Il faut, pour une ivresse, un vin nouveau, trouble encore et peu cuvé.
I. Le fanatisme est une ivresse religieuse (ou irreligieuse), mais une ivresse sombre, malfaisante, furieuse.
II. Les religions sont comme les vins vigoureux dont les plus nouveaux sont les plus ennyvrans.
III. Toutes les religions fortes sont furieuses jusqu’à ce qu’elles aient régné dans une grande étenduë de pays ou sur un grand nombre de sectateurs. L’âge, l’étenduë et l’empire leur ôtent leurs fermentations.
IV. Comme les vins, ce qu’elles ont de doux se développe le premier. Elles ont leur moût, leur alkool.
V. Heureux les pays où dominent des religions anciennes et qui ont été en [tout] temps universellement répanduës.
VI. Toutes les religions ont eu des mouvemens qui tiennent à la nature de l’homme. La catholique est celle qui en a [eu] le moins : lisez l’histoire. Les protestants ont été les plus fanatiques : lisez l’histoire d’Angleterre.
VII. Les vieilles religions enflamment le cœur, et les nouvelles le cerveau. On peut trouver des enthousiastes dans les premières; les fanatiques sont dans les autres.
VIII. Le plus furieux des fanatismes est inspiré surtout par les religions qui ont pour principe le sens propre, l’interprétation personnelle. Les religions qui ont pour principe une authorité reconnuë de tous ont une règle et par conséquent un puissant obstacle au fanatisme.
Les religions qui ont cuvé — le petit nombre, etc.
La religion est un don de Dieu et le vin aussi est un don de Dieu, mais fait pour l’homme et par conséquent convenable à notre [nature] imparfaite, (et par conséquent imparfait). Dieu lui-même ne peut pas faire que ce qui n’est pas lui soit parfait ou parfaitement bon.