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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1805

5 juin.

(A propos de l’Esai sur le beau, par le p. André.) I. Quand on demande à quelqu’un : qu’est-ce que le beau? naturellement il rentre en lui même et cherche quels sont les sentimens qu’il éprouve en voyant ce qui est beau, plus porté à définir le beau par l’impression constante qu’il produit que par les spectacles divers qu’il peut offrir. C’est là le procédé involontaire et nécessaire de l’esprit : et c’est la voye qu’il faudroit suivre et tenir dans cette espèce de recherche.

II. Ce n’est pas l’idée du beau, mais l’idée du sentiment que le beau fait invariablement éprouver qui est fixe et constante dans les esprits.

III. Quant à l’idée du beau en lui même, il n’y a que deux choses qu’on puisse s’en figurer et qu’on s’en figure constamment : la clarté et la splendeur, le lumineux éclatant, c’est à dire ce qu’il y a de plus semblable au divin.

1ᵉʳ juillet.

Le commun (dans les arts) est ce qui ne parle qu’aux sens. Le grossier est ce qui ne parle qu’aux sens inférieurs.

2 juillet.

On craint d’avoir et de montrer un petit esprit et on ne craint pas d’avoir et de montrer un cœur petit.

Dimanche 7 juillet.

Il est nécessaire que les hommes conviennent entre eux que ceci ou cela est vrai, que ceci ou cela est beau.

Nous haïssons toujours les plaisirs que nous ne voulons pas aimer. La haine en ce cas est un appui que notre faiblesse se donne.

3 juillet.

Nos défauts nous rendent attentifs à ceux des autres. Nous comparant sans cesse à eux, nous ne songeons point aux côtés qui ne leur sont pas communs avec nous.

9 juillet.

On se ruine l’esprit à trop écrire. — On le rouille à n’écrire pas.

13 juillet.

Ce n’est guères que par le visage qu’on est soi. Et le corps nud d’une femme montre son sexe plus que sa personne. On ne pense plus au visage de la femme dont on voit le corps nud. Les vêtemens font donc valoir le visage. La personne est proprement dans le visage; l’espèce seule est dans le reste.

19 juillet.

... comme les cheveux des enfans, qui sont toujours d’une couleur qui va changer.

Vérités pour l’âme, vérités pour l’esprit, font deux.

[Dieu] a fait le monde. Et, quand il ne l’auroit pas fait et qu’il n’auroit fait que nos âmes? Ce n’est pas l’auteur du tout, c’est le créateur des esprits, le maître de nos destinées que nous sommes surtout enclins et obligés à adorer.

20 juillet.

La logique a aussi ses illusions, mais elles sont plus fermes.

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