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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1815

« Nous ne voulons ni de l’ancienne religion, ni de l’ancienne politique, ni de l’ancienne morale, — ni (s’ils vont jusqu’au bout) de l’ancienne éloquence et de l’ancienne poësie; il faut que tout soit nouveau comme nous. » Telles sont leurs pensées, si ce ne sont pas leurs discours. Et ils appellent lumières leurs erreurs et obscurans ceux qui s’opposent à leurs tristes obscurités. Mais encore une fois ils connoissent leur siècle, c’est à dire, leurs volontés et leurs pensées, et la volonté et les pensées de leurs pareils; mais tout cela n’est conforme qu’aux passions, mais non pas conforme à la nature qui n’est pas toute passion.

Trois moyens de parvenir à la vérité ou de s’en rendre possesseur: le sentiment (ou le sens intime), l’imagination et l’intelligence. Ne se servir que d’un seul de ces instrumens, et je dirai de ces organes, seroit s’éloigner des deux autres. Donc : De ceux qui pensent qu’en s’éloignant on en voit mieux.

— De parvenir à la vérité ou de s’en rendre possesseur — et de demeurer tel. Ce dernier point n’est pas moins nécessaire que l’autre, qui seroit illusoire, vain, inutile sans celui-ci.

Le sens intime est de tous les momens, et nous fait agir, nous éclaire indépendamment même de l’attention; l’intelligence est moins constante, et l’imagination est volage.

Tous ces gens là manquent d’esprit et de spiritualité, ce qui est un double mal et un double malheur; car la spiritualité tient lieu d’esprit aux gens de bien qui n’en ont pas.

18 avril.

Otez le beau, vous ôtez la moitié de la morale; la moitié de ses règles. On n’a plus qu’un critérium; avec le beau, on en a deux : le bien et lui.

19 avril.

Dans tous les sens du mot, le cœur est le principe de la vie. Voilà pourquoi la dévotion aide à vivre.

Tous les alimens sont bons en effet à celui qui a faim, mais non à celui qui n’a que de l’appétit.

Si celui qui connoit toutes les loix de la statique n’en marche pas mieux pour cela, mais...

Voulez-vous admettre une philosophie spoliatrice qui rende la religion inutile en lui dérobant ses préceptes?

Mais ce sont les eaux des triaires : ce qu’il y a de plus efficace et de vivifiant n’y est plus.

Cet œil de notre intelligence qu’on nomme imagination. — Mon expression est claire et juste. — Je ne dirai donc pas de lui que son intelligence est sans yeux, mais que son intelligence est sans œil.

L’amour inné de la sagesse et ce que Platon appelloit « le naturel philosophique ».

Il semble que Platon considéroit les idées comme des lunettes sans lesquelles on ne voit rien.

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