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Quand je lis Mʳ de Beausset, je crois voyager en bateau, par un beau jour, par un beau temps, dans un agréable pays, et sur une belle rivière, où je vois des îles charmantes, pleines de fruits, pleines de fleurs, d’inscriptions et de monumens. Je vais expliquer tout cela.
Le bateau, c’est son livre même. La rivière, c’est son récit, toujours aisé, toujours coulant, toujours calme, toujours tranquille; et où l’on est comme porté par un mouvement invisible, dont on ne sent que le plaisir. Le pays, c’est ce règne unique, qu’on connoit ici mieux qu’ailleurs; ce règne de Louis XIV, dont on voit à droite et à gauche, comme autant de bords et de rives pittoresquement dessinés, les plus importantes parties; dont on apperçoit çà et là près de soi ou dans le lointain, les plus illustres personnages, et qu’on traverse tout entier. Le temps ou la belle saison, c’est cette époque fortunée où la gravité dans les mœurs, l’aménité dans les manières, l’accord dans les opinions, l’unanimité dans les goûts et l’ordre rétabli [dans] la vie, entretenoient dans les esprits une température heureuse, singulièrement favorable à toutes leurs productions. Le beau jour est cette lumière qui sort de l’esprit de l’auteur et qui répand dans ses écrits, sur tous les objets qu’elle touche, une si paisible clarté. Les îles sont citations et tous ces groupes de paroles bizarrement, diversement configurés, qui placés naturellement quoiqu’avec un art infini, au milieu même du sujet et dans le cours de ces récits dont l’élégance est continuë, en rompent l’uniformité et jettent sur cette étenduë les agrémens, les ornemens, les accidens, les points de vuë, et toutes les variétés des plus merveilleux paysages. On s’y arrête malgré soi, et c’est toujours pour les louer. Je dois suivre la loi commune et je vais payer mon tribut :
« Magnifiques inscriptions! qui ne ser[ez] plus ignorées; monumens du don de bien dire et de celui de bien penser, qui frappez enfin tous les yeux! — Phrazes qui dans vos vieux contours, comme dans autant de corbeilles offrez tant de fleurs et de fruits, propres à nourrir la raison et à enchanter la mémoire, si on garde votre souvenir! — Sources et trésors d’instruction, jets de doctrine inépuisables! — Fragmens d’éternelle durée que votre escarpement exhausse et qui, dignes du riche ensemble d’où vous avez été tirés, formez chacun un tout vous-mêmes par votre prix et votre poids! — Superbes mots, sacrés passages qu’une main habile enchâssa! — Lieux où la plus haute éloquence fait entendre toutes ses voix. Derniers aziles du sublime, mêlé du naïf et du simple, et quelquefois du populaire! — Par la félicité du siècle qui semble hélas! si loin de nous! — Antiquités de peu de temps, immensités de peu d’espace, innombrable amas de beautés! — Promontoires où je crois voir des blocs et des autels de marbre où des oracles sont gravés; enfoncemens prodigieux; creusés par un vaste scavoir et où le scavoir égaré se radoube après les naufrages ...étonnantes dimensions! — Hauteurs, largeurs et profondeurs! il faut bien que l’on vous saluë. — Un passant qui vous admira et à qui votre aspect nouveau fit connoître un enthousiasme qui l’a rempli d’illusions, vous adresse donc ces paroles et vous donne tout son encens! »
Je n’ai rien dit d’un autre point qu’on a toujours en perspective depuis le moment du départ; du terme où l’auteur vous conduit et […]u’il ne perd jamais de vuë; du but enfin qu’il nous propose et qu’on […] propose avec lui; de ce dernier point du voyage qui est le premier […]oint du retour... Il est temps d’en faire mention.
Pour « sacrifier aux grâces », il faut se parer ou un peu ou beau[…]up.
[…] février.
Premier jour de la liberté recouvrée.
En religion et en éducation, le zèle qui vient de l’âme est tout, […]arce que dans les choses morales le feu vient toujours de quelque […]umière secrette.
[Fénelon?] Simplicité insinuante (non insidieuse cependant). Sou[…]lesse, quelque chose de la spirale, qui entre peut-être dans la bonne […]âce. — Et quelque chose de plus doux que la douceur même, de […]lus patient que la patience. — Esprit occupé à se replier.
[…] février.
Les seuls métaphysiciens le méconnurent parce que son style […]gréable ne leur parut pas assés profond, ne scachant pas qu’en méta[…]hysique surtout les images et les couleurs trompent moins que les […]bstractions et les ombres parce qu’on les distingue mieux; et ce qui […]st le plus semblable à la lumière est toujours plus semblable à la […]érité.
Les abstractions parlent bien des êtres abstraits, mais non pas des […]étaphysiques.
L’évidence du sentiment. On se sent mieux qu’on ne se voit.
Et que les êtres métaphysiques, Dieu, l’âme humaine et les esprits, […] connoissent par sentiment beaucoup plus que par conjecture et […]rtout par combinaison.
— Comparable à ces cires blanches qui ne brûlent que pour l’autel […]t n’éclairent que les palais. Il en avoit la sécheresse, mais la séche[…]esse flexible; et il en eut la pureté.
Une soumission offerte, une soumission promise, une soumission […]rée, une soumission qui en tout cas étoit duë et inévitable, parut un […]cte d’héroïsme. Un prince leur parut être exilé ou relégué dans son […]alais, un évêque dans son diocèse, un poëte loin de la cour. On plaint […]es mains pontificales parce qu’elles ne pouvoient plus toucher au […]ceptre et qu’elles tenoient l’encensoir.
Un roi qui ne goûta pas cet esprit leur paroit un monarque injuste […]t presque un monarque oppresseur. L’enthousiasme refroidi leur […]aroit une perfidie; la prédilection réprimée, un lâche et honteux […]bbandon; la privation de la faveur, une persécution outrée : comme […]i cette âme pieuse eût été capable de dire :
Je ne pourrai donc plus être vu que de Dieu. (Boileau.)
Cette accident très ordinaire, de deux mérites qui se méconnoissent, […]st ici regardé comme un événement monstrueux, par le respect […]aux et la fausse piété d’un faux malheur.
Naturellement l’âme se chante à elle-même tout ce qui est beau, ou tout ce qui semble tel. Et, elle ne se le chante pas toujours avec des vers ou des paroles mesurées, mais avec des expressions et des images où il y a un certains sens, un certain sentiment, une certaine forme et une certaine couleur qui ont une certaine harmonie l’une avec l’autre et chacune en soi.
Quand il arrive à l’âme de procéder ainsi, on sent que les fibres se montent et se mettent toutes d’accord. Elles résonnent d’elles-mêmes et malgré l’auteur, dont tout le travail consiste alors à s’écouter, à remonter la corde qu’il entend se relâcher et à détendre celle qui rend des sons trop haut, comme sont contraints de le faire ceux qui ont l’oreille délicate quand ils jouent de quelque harpe. Ceux qui ont produit quelque pièce de ce genre m’entendront bien et avoueront que pour écrire et composer ainsi, il faut jouer et que, pour jouer de la sorte, il faut d’abord faire de soi ou devenir à chaque ouvrage un instrument organisé.
Et, en ce genre, le diapazon, hors duquel il n’y a plus de chant, mais du bruit, ou tout au plus un gazouillement. Et à chaque air, l’exécution sur une clef déterminée qu’il faut garder jusqu’à la fin sans en changer un seul instant.
Pour bien faire, il faut oublier qu’on est vieux quand on est vieux et ne pas trop sentir qu’on est jeune quand on est jeune.
Etonnant, admirable. Ce qui étonne, étonne une fois; mais ce qui est vraiment admirable est de plus en plus admiré :
et qui toujours plus beaux, plus ils sont regardés...
Comme le sentiroient les mains ou comme les voit l’œil; c’est la grande question.
27 février.
De la faiblesse « qui procède de force » (comme dit St François de Sales, tome Iᵉʳ, II part. chap. 31, pag. 296.) « De force d’affection », est-il dit à l’endroit cité. Mais il y a encore une faiblesse du corps qui procède de la force de l’esprit, et une faiblesse d’esprit qui vient de la force du corps.