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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1815

19 janvier.

L’air content sied toujours bien à l’homme de bien.

Ne laisser son esprit se reposer que dans [des] idées heureuses, dans des idées satisfesante, ou parfaites. — Les idées heureuses, on les a quand on les attend — et qu’on est propre à les recevoir.

21 janvier.

Le naturel acquis (comme celui de J+ffr—t et de Villemain).

Trop d’harmonie. La prose peut en avoir trop; aussi bien que trop de douceur. Et c’est là un défaut très séduisant, et qui est d’abord très agréable, mais insupportable à la longue et ridicule.

Le vernis (dans le style) fait un glacis (pour le lecteur).

Tant qu’il conserve sa raison, il reste à l’homme assés de feu, assés d’esprit et assés de mémoire pour converser avec le ciel et avec les âmes simples et bonnes. Cela suffit. Tout le reste est un superflu qui ne sert que pour les affaires, pour les plaisirs, pour les honneurs, pour les amusemens. Et quelles affaires a-t’on, de quels honneurs, de quels plaisirs a-t’on besoin quand on n’a rien de nécessaire à demander à la fortune, quand on est sage et qu’on est vieux?

I. Mʳ de Beausset a retrouvé le fil perdu de la narration continuë; ce fil ductile qui se plie et se replie en mille manières sans se brouiller, sans se rompre et sans se nouër.

II. Une élégance simple, une facilité soignée, une sagesse sobre, une modération vraie, rien de cherché : voilà ce qui est rare aujourd’hui, ou plutôt ce qu’on ne voit plus, et ce qui le distingue.

III. Dans Fénelon, il avoit à enchâsser des perles et il les a entourées plus richement; ici il avoit à montrer des blocs, et il les a plus isolés, cultivant des muses sévères.

Ses citations sont dans le cours de son récit comme des îles toutes pleines de monumens.

En le lisant on croit descendre un fleuve et faire un voyage en bateau par un beau temps et dans un beau pays. Le siècle qu’il traverse est montré à droite et à gauche... Dessinant ce qu’il circonscrit. Etc.

Il a rendu son caractère au genre tempéré, genre qui est seul classique ou du moins seul scholastique. — Nous ramener aux beautés saines qui charment l’âme sans en altérer la lumière, sans la troubler par des passions.

Il lui faut (au siècle présent), il lui faut des vertus plus molles où il puisse soupçonner quelques blessures, des vertus plus malades et dont il puisse avoir pitié.

Une élégance étudiée, on l’a dit; ajoutez une facilité artificielle ou de pratique. Il y a eu tout dans ce Villemain et dans ce qu’il a de plus heureux beaucoup de pratique.

Fontanes a une prose trop élégante et Chateaubriand une prose trop pathétique... Mais comment le leur dire?

29 janvier.

L’accumulation de pensées use la lime et rend le style rabotteux; rabotteux pour le sens et aux yeux de l’esprit, si ce n’est pas pour le son et à l’oreille.

31 janvier.

Il y a dans la perfection d’un ouvrage quelque chose qui tient à la perfection de l’instrument ou du langage; et dans la vigueur d’un talent fort, quelque chose d’absolument indépendant.

Virgile n’eût été, au temps de Numa, qu’un villageois jouant du chalumeau. Si Ronsard étoit né à Caraïbe, il auroit été un togan. Tupia étoit prêtre à Otahiti.

Si Fénelon eût vécu sous Hugues Capet et n’avoit eu pour père qu’un laboureur, il n’eût été qu’un humble et pieux religieux ou un doux curé de village. Tertullien et Jurien auroient bouleversé le leur, eussent-ils été des valets. Bossuët, chez tous les peuples, dans tous les temps et dans toutes les conditions, se fût montré un homme d’un grand sens, d’un grand esprit, et seroit devenu l’oracle de sa ville, de son canton, de son hameau, de sa tribu, de ses voisins, de sa famille.

Il est certain que Fénelon est plus doux que la douceur même, plus modéré que la modération. Ce n’est pas là un naturel sincère, mais un naturel affecté : on sent le faux partout.

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