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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1815

Religion. Elle est vraie ou elle est vouluë; vouluë de Dieu qui nous l’impose par l’éducation et l’exemple, et plus encore par l’utilité qui la suit. Dieu en effet y attache une telle utilité, un tel bonheur et de telles vertus qu’il n’est pas douteux qu’il ne la veuille.

Jansénistes et jésuites. L’instinc, le raisonnement et l’imagination sont pour la doctrine (dogmatique) de ceux-ci; la mémoire, le raisonnement et le jugement sont pour la doctrine dogmatique de ceux là. Les jansénistes ont plus [blanc], les jésuites plus persuasifs.

Les Augustiniens semblent nier la grâce de Dieu de peur qu’on ne reconnoisse pas assés la grâce de Jésus-Christ.

3 janvier.

— disant : « Il m’est possible de tout masquer et de tout dissimuler, excepté moi. »

La vérité qui tromperoit, il ne faut jamais dire celle-là.

— Et je dirai tant de mensonges ou de fables que vous voudrez, mais je ne blesserai jamais la vérité.

4 janvier.

Y a-t-il quelque chose de meilleur que le jugement? — Ouï. — Et quoi? — Le don de voir, l’œil de l’esprit, l’instinct de pénétration, le discernement prompt, enfin la sagacité naturelle pour tout ce qui est spirituël.

Ainsi, ce qu’il décide, il ne le juge pas, il le voit.

5 janvier.

(En route pour Paris.) Une partie de l’amour de la vérité consiste à aimer à entendre dire aux hommes ce qu’ils pensent et aussi à aimer à les voir se montrer tels qu’ils sont, dans leurs actions. (Ou mieux :) Quand on aime le vrai, on a toujours quelque plaisir à entendre un homme dire ce qu’il pense, et quelque plaisir même à voir un homme faire ce qu’il avoit voulu.

Que les bonnes actions des infidèles soient des péchés (comme le dit expressément Saint Augustin), on peut le croire; mais on ne peut pas le penser, à moins que ce mot péché ne soit pris dans le sens d’action défectueuse, d’action où manque quelque chose, la perfection.

Ne disons plus les jansénistes, disons les Augustinistes.

Il y a de la joye dans les livres de piété des jésuites, parce que la nature et la religion y sont d’accord. Il y a dans ceux des jansénistes de la tristesse et une judicieuse contrainte, parce que la nature y est, pour ainsi [dire], perpétuellement mise aux fers par la religion.

Fénelon avoit plus d’amis et, pour ainsi parler, plus d’adorateurs précisément parce qu’il avoit plus d’artifice. Il n’y a point d’ensorcellement sans art et sans habileté. Une femme qui a un amant peut n’être qu’aimable; si elle en a mille, elle a du manège.

— Et c’est précisément ce qui fait que les jésuites ont l’air plus […] et surtout plus délibéré. Ils hazardent. Ils craignent peu de se tromper.

« Aller au bien par toutes voyes » sembloit la devise des uns. « Observer la règle à tout prix » étoit la devise des autres. La première de ces maximes, il faut la dire aux hommes, elle ne peut égarer. La seconde, il faut quelquefois la pratiquer, mais ne la conseiller jamais. Les gens de bien très éprouvés sont les seuls qui n’en puissent pas abuser.

6 janvier.

(A Lieursaint.) En poësie, en éloquence, en musique, en peinture, en sculpture, en raisonnement même, rien n’est beau que ce qui sort de l’âme ou des entrailles.

Les entrailles! Après l’âme, c’est ce qu’il y a en nous de plus intérieur, de plus intime. Donc : il n’y a de beau que ce qui sort de l’âme ou des entrailles.

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