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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1814

Il y a toujours dans son style quelque chose de gémissant. C’est l’accent et l’habitude de sa première fortune. Il veut toujours faire pitié. La plainte de l’émigration ou de l’exil se mêle aux prospérités du retour.

28 décembre.

De l’accent dans l’éducation. Son importance. « Eh meou! eh pitit! » etc. — Opère indépendamment des paroles. L’accent de conviction.

J.-Ch. est mort en croix... comme si on disoit : il se fit tuer d’un coup d’épée.

Il n’y a de vérités (dignes de ce nom) que celles qui éclairent le cœur et qui règlent les actions.

« Héritiers de la fortune de vos pères, soyez donc les héritiers de leurs sermens. » C’est à dire : Tous ceux qui sont les héritiers de la fortune de leurs pères doivent être aussi les héritiers de leurs sermens. Voilà certes une vérité, une règle.

Le mot du roi de Perse dans Sadi « Tu me dis toujours la vérité » veut dire : à l’occasion de tous les faits sur lesquels je t’interroge, tu me dis toujours non ce que je dois en croire, mais ce que je dois faire dans cette occasion et dans toutes les occasions pareilles.

« Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire », parce qu’elles ne sont pas toutes de véritables vérités.

Il faut vivre en paix et en union avec son voisin. Voilà une vérité fondée sur la nature des voisinages et de l’homme — et je dois le scavoir. — Que mon voisin soit ou ait été dans sa cave ou dans son grenier, voilà une vérité hypothétique de mouvemens que je puis ignorer et à laquelle même je dois rarement prendre garde. Ne donnons le nom de vérité à rien de ce qu’il est permis d’ignorer.

Ce qui doit se faire et ce qui est en soi et par soi, voilà la vérité. Ce qui s’est fait, ou l’espèce et la succession des mouvemens qui ont été faits, voilà l’histoire. L’un sert à la bonté, à la vertu; l’autre à la causerie.

« Dieu pardonne à ceux qui pardonnent; mortel, ne garde point une haine immortelle », voilà des vérités. Alexandre a vaincu Darius; César abolit la république à Rome : voilà de simples faits.

Il importe à tous de scavoir le Alteri ne facias quod tibi fieri non vis; il n’importe pas ou il importe peu de scavoir si Pierre ou Paul observent cette règle.

« Tout ce qui est un écoulement (comme diroit Platon) ne peut pas être l’objet de la science », ni par conséquent la vérité.

« Voilà le vrai » est un mot bien différent de celui-ci : « voilà le fait ».

Vrai. Vrai par hazard, vrai par essence, vrai contingent, vrai éternel, vrai divin, vrai terrestre ou sublunaire, vrai immobile et vrai mobile, vrai local, vrai universel.

Le véritable vrai est toujours vrai, en tout temps, en tout lieu et quoi qu’il arrive. Il est toujours en existence. L’autre vrai n’est que quelquefois. Le premier est une règle, le deuxième n’est qu’un fait. Il est utile et nécessaire à tous de connoître le premier; utile et nécessaire à fin de connoître l’autre. La connoissance du premier est utile et nécessaire à notre conduite, à nos mœurs; la connaissance du second n’est utile et nécessaire qu’à nos affaires ou à nos besoins passagers. L’utilité de ce dernier est semblable à lui, c’est à dire locale, accidentelle et mobile. L’utilité de l’autre est aussi semblable à lui, constante, immuable, indépendante de toutes les suppositions. Le véritable vrai est la vérité de ce qui demeure. L’autre vrai est le vrai de ce qui s’écoule.

29 décembre.

De la sincérité des choses. La voir. C’est en cela que consiste la vérité.

30 décembre.

Les Jansénistes font de la Grâce une espèce de quatrième personne de la sainte Trinité. Ils sont (sans le croire et sans le vouloir) quaternitaires.

St Paul et St Augustin, trop étudiés ou étudiés uniquement, ont tout perdu, si on ose le dire.

Grâce : aide, secours ou mieux influence divine, céleste rosée. On s’entend alors. Ce mot est comme un talisman dont on peut briser le prestige et le maléfice en le traduisant. On en dissout tout le danger par l’analyse. Personifier les mots, mal funeste en théologie.

Ils ont trop d’horreur de la nature, qui est ceppendant l’œuvre de Dieu comme la grâce et aussi bien que la grâce, car elle même est une grâce.

Dieu avoit mis dans la nature plus d’incorruptibilité qu’ils ne le supposent, en sorte que l’infection absolue de la masse étoit impossible. Ils ôtent au père pour donner au fils.

Les Jansénistes ont trop ôté au bienfait de la création, pour donner davantage au bienfait de la rédemption.

31 décembre.

Il y a des temps ou le pape doit être dictateur; il y en a d’autres où il doit n’être considéré que comme premier préposé aux choses de la religion, comme son premier magistrat, que comme roi et premier roi des sacrifices.

L’aveu est l’instrument de l’expiation. Aux crimes publics, la pénitence publique; aux secrets, la confession. — On manifestait alors son repentir, on révèle aujourd’hui son délire. On étoit puni par une exclusion publique, on l’est par une honte qui est secrète, mais intime, mais poignante.

In aquæ et spiritu. C’est à dire l’extérieur et l’intérieur. C’est l’esprit qui lave l’esprit comme l’eau lave le corps.

Pauci electi. Peu sont ministres, coopérateurs ou parfaits; mais heureux encore les simples appelés, les introduits, les soufferts, les pardonnés.

Entre les « vases d’élection », comme ils disent, et les ustensiles communs admis dans les festins du père de famille, il n’y a pas d’opposition.

Réprouvés, peut être pour ne pas s’en servir, mais non pas pour être détruits, jettés dehors.

Nous sommes les enfans de Dieu. Il ne pouvoit nous parler et nous faire parler que comme à des enfans par ses ministres.

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