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[…]1 décembre.
Dans le style (ou la parole écrite) (et dans toutes sortes de styles) […]e substantif est de nature et de nécessité, l’épithète est de réflexion […]t d’ornement. Il y a dans l’emploi du seul substantif quelque chose […]e sobre et de suffisant; et dans l’usage fréquent des épithètes, de la […]ompe, de l’ambition, du superflu. Point de simplicité (et par conséquent point de vérité simple et nuë), même de celle qui est ornée, si les épithètes ne sont rares et clair-semées. Les habitués à l’épithète et qui en font abus n’ont rien vu et ne montrent rien qui ne soit vêtu. On ne trouve chez eux que de l’éclat, mais aucune nature dans sa propre sincérité. Ils teignent tout de la couleur ou des couleurs de la figure ou des figures qui sont naturelles à leur esprit seul. Proprio fucata succo depromunt.
Il y a des styles où l’épithète est cachée dans le substantif métaphorique. Quesnel abbonde en expressions et peut-être en défauts de ce genre.
Dans le luxe de nos écrits et de notre vie, ayons du moins l’amour et le regret de cette simplicité que nous n’avons plus et que peut-être nous ne pouvons plus avoir. En buvant dans notre or, regrettons les coupes antiques. Enfin, pour n’être pas corrompus en tout, estimons et chérissons ce qui vaut mieux que nous même. Sauvons du naufrage, en périssant, nos goûts et notre jugement.
Glace de l’age. A ses glaçons. Ils se sentent sur les genoux, sur les coudes, sur tous nos nœuds. Ils vont au cœur, mais ils n’y arrivent qu’à la fin.
N. N. auroit pu dire : — Mon sang n’est pas glacé, mais il charrie.
Mme de Staël. Mystique — intimos animi recessus. Tout ce qui les peint a quelque chose de mystique. Mais le mysticisme non religieux déplait. Pour se rendre intelligible, il a besoin de recourir à l’autre, comme par exemple : « Ce qu’on scait bien donne un repos à l’esprit qui ressemble à la satisfaction de la conscience... » (Vid. passim.) Oui, pour celui qui se fait une religion de son scavoir... Quelle comparaison? Celui qui a la satisfaction de la conscience sent qu’il vaut mieux aux yeux de Dieu, mais celui qui a le « scavoir bien ce qu’on scait » ne vaut mieux qu’aux yeux de soi-même. Cette mysticité non religieuse a toujours quelque chose d’erroné. Hors de la religion, il ne faut rien exprimer de trop intime, à moins que cela ne tienne au fonds du cœur plus qu’à celui de l’esprit et encore ne scais-je. (D’erroné, de faux et de désagréable.)
On pourroit donc dire aussi : — Avoir beaucoup d’argent dans sa poche ou dans ses coffres donne à la prévoyance une tranquillité qui ressemble etc... Quelle horreur! ou du moins quelle messéance!
Donc, mysticité philosophique et quasi-physiologique : fausse et déplaisante mysticité.
Tout cela, c’est peindre les viscères, comme Zumbo. Ne peignons pas les viscères humaines. Ni même les entrailles de rien, quoique les Latins disent : e visceribus rei.
22 décembre.
Raffinement de style. Presque tout le monde y excelle aujourd’hui. C’est un art devenu commun. En un mot, l’exquis est partout, le satisfesant nulle part. « Je voudrois sentir du fumier », disoit une femme d’esprit.
Le peuple n’aime pas qu’on soit semblable à lui; il méprise l’intempérance et hait ses vices dans les grands. Mais il aime (surtout dans les rois) une bonté qui ressemble à la sienne. C’est que la sienne est la meilleure, comme ses vices sont les pires.
Il y a dans tout ce qu’il fait trop de lait et de sucre, ou si vous l’aimez mieux, trop de nectar et d’ambroisie. Le goût s’y rassasie, le jugement s’y repaît d’air; il n’y a rien là d’assés simple pour la raison qui est une faculté très sobre; des mets si doux l’obligent à rester à jeun.
Les sallons sont des salles accadémiques et même des écoles. On n’y converse pas, on y argumente. Celui qui parle, le dos au feu, y est comme en chaire. Celui qui écoute y est sur les bancs, quoique assis dans un bon fauteuil; toute matière y sert de thèse.
On y est jugé. On y prend ses degrés. On y professe quand les dés de la dispute en amènent l’occasion. On y voit des docteurs, régents de tout costume et de tout sexe, de tout âge, de tout pays, de tout systhème.
Le bon goût des comptoirs y règne. La polémique y règle tout. Pour figures de rhétorique, on a celles du syllogisme dans toutes leurs variétés; la supputation y domine. Les beautés y sont assignées et les valeurs littéraires y sont taxées par l’esprit qui fait les banquiers.
Celle qui, lasse de parfums, disoit : « Je voudrois sentir du fumier ». Et ce dégoût de mets friands qui nous rend affamés de pain. De même, la satiété des couleurs peut nous affamer de grisaille. Il y a dans beaucoup de styles un prisme qui lasse les yeux. On est charmé par exemple, quand on a lu longtemps Bernardin de Saint Pierre de voir la verdure et les arbres moins colorés dans la campagne qu’ils ne le sont dans ses écrits. Ses Harmonies nous font aimer les dissonances qu’il bannissoit du monde et qu’on y trouve à chaque pas. La nature a bien sa musique, mais elle est rare heureusement. Si la réalité offroit les mélodies que ces messieurs trouvent partout, on vivroit dans une langueur extatique, on mourroit d’assoupissement.
23 décembre.
Style. Echantillon et pièce. Il y en a qui n’est beau qu’en pièce (on n’en peut rien détacher qui en donne l’idée). Il y en a qui est beau même en échantillon, en fragmens, et dont une seule phraze peut faire juger tout le tissu.