Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.

← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1814

La foy et son bandeau. Ces gens-cy l’en dépouillent. L’étude de la […]eligion est pour eux un « démonstrateur ».

[…] décembre.

En religion. Se mettre un bandeau sur les yeux, s’appuyer fortement […]ur l’espérance (tâcher d’avoir de la crainte) et ne rien juger, ne rien […]oir (n’agir en rien) qu’au flambeau de l’amour de Dieu.

Un bandeau sur l’esprit, pour ne pas voir les vérités qui nous éga[…]eroient.

Ne rien juger; se demander : cela fera t’il aimer Dieu?

L’allégorie des flammes dans un cœur; la croix et le calice (l’hos[…]ie) : c’est ce qui manque aux séparés.

Les séparés et divisés. Les Jansénistes : poëtique sans poësie. Jésuites : poësie sans poëtique.

Dieu aime tous les hommes. Le diable les hait. Les uns insistent sur ce dernier point, et les autres sur le premier.

« Au flambeau de l’amour de Dieu », on aimera mieux les jésuites que les jansénistes.

La vérité? Oui, la vérité qui sert à être bon; mais non pas la vérité qui ne sert qu’à être scavant. La charité vaut mieux et mille fois mieux que la vérité. Je parle aux N.

1ᵉʳ décembre.

Pour bien présider un corps d’hommes médiocres et mobiles, il faut être mobile et médiocre comme eux.

Liberté de la presse. Comme on livre ses armes à un furieux qui se tuera si on les lui donne et qui vous tuera si on ne les lui donne pas.

3 décembre.

Cela est faible et beau. Faible parce qu’il l’a voulu ainsi, et beau parce que c’est lui qui l’a fait et qu’il y a mis son empreinte. Le succès, dit-on, en est complet. Cela est naturel. Et ceppendant on n’y peut trouver qu’un plaisir assés semblable au caractère de l’ouvrage, je veux dire un peu flottant et indécis. Il s’est prescrit une contrainte qu’il a trop gardée. Il me semble entendre la voix d’un homme qui est en colère et qui, pour se modérer, prend un ton plus doux; que sa voix parle plus bas que lui-même et qu’on ne peut le faire quand on est de sens froid. Et figurez-vous une Thémis, le bandeau sur le front, l’œil clairvoyant, qui tient sa balance nonchalamment et qui […] mis sous ses pieds le glaive de la vérité. Rien n’y est franc.

Le courage (dans le soldat) est entretenu par une certaine colère […] la colère est un peu aveugle et aime à frapper. Et de là mille abbus […] mille maux et mille malheurs qu’il est impossible de prévenir dans l[…] guerre et dans une armée.

5 décembre.

Observations. — I. Il y a dans l’Ecriture beaucoup de choses [contradictoires] qui ceppendant sont toutes vraies, parce qu’il étoit nécessaire de nous entretenir par l’obscurité dans la crainte et dans le mérite de la foi.

II. Il faut insister sur ce qui est clair et glisser sur ce qui est obscur; éclaircir ce qui est incertain par ce qui est manifeste, ce qui est trouble par ce qui est serein, ce qui est nébuleux par ce qui est lucide, ce qui contente la raison par ce qui la trouble et l’embarrasse (sic).

III. Les jansénistes ont fait tout le contraire. Ils insistent sur ce qui est incertain, nébuleux, affligeant, embarrassant, et glissent sur le reste. Ils éclipsent les vérités lumineuses par elles-mêmes par l’interposition des vérités opaques.

IV. Applications. Multi vocati, voilà une vérité claire. Pauci electi, voilà une vérité obscure. Nous sommes enfans de colère, voilà une vérité sombre, nébuleuse, effrayante. Nous sommes tous enfans de Dieu qui est venu sauver les pécheurs et non les justes; il aime tous les hommes, il veut les sauver tous : voilà des vérités où il y a de la clarté, de la douceur, de la sérénité, de la lumière et une certitude évidente.

V. Rappelons et confirmons la règle : 1° il y a beaucoup d’oppositions et même des contradictions dans l’Ecriture et dans les doctrines de l’Eglise dont cependant aucune n’est fausse; — 2° Dieu les y a mises ou permises pour nous tenir par l’embarras et par l’incertitude dans la crainte et le mérite de la foi; — 3° dans l’étude et dans l’application qu’on en fait (de ces vérités opposées) il faut insister sur ce qui est clair et glisser sur ce qui est obscur; il faut éclaircir ce qui est incertain par ce qui est manifeste, ce qui est nébuleux par ce qui est lucide, ce qui est trouble par ce qui est serein; il faut tempérer ce qui effraye la raison par ce qui la rassure, ce qui est austère par ce qui est doux et ce qui effraye par ce qui console.

Faits : — I. Les Jansénistes insistent sur tout ce qui est dur, obscur, effrayant, affligeant et glissent sur le reste. — II. Ils éclipsent les vérités lumineuses et consolantes par l’interposition opiniâtre des vérités opaques, nébuleuses et effrayantes.

Ils troublent la sérénité et n’illuminent pas le trouble.

Conclusion. — Il ne faut pas [les]condamner pour ce qu’ils disent car cela est vrai, mais pour ce qu’ils taisent car cela est vrai aussi et même plus vrai (c’est-à-dire vrai) d’une vérité plus facile à saisir et plus complette dans son cercle et dans tous ses points.

La théologie, quand ils nous l’exposent, n’a que la moitié de son disque, et leur morale ne regarde Dieu que d’un œil.

Au surplus, il n’y a pas de théologien qui ne vous dise qu’en géné[…]al dans la foy tout est mystère et qui dans les détails de son système […]e vous soutienne que tout est démontré.

Pédant de vertu (de politesse, de bon goût) etc. C’est à dire qui […]’enseigne, qui l’étale et ne l’entend pas. Etre pédant d’une chose, c’est l’étaler dans ses discours ou sa conduite de manière à avoir […]’air de l’enseigner. Le pédantisme a toujours quelque emphase.

[…] décembre.

I. Ni le monde, ni l’Ecriture, ni l’Eglise ne font connoître Dieu clairement et parfaitement.

II. Ce n’est pas la vérité de ce qui est l’objet de la foi, mais la […]écessité de croire, qu’il faudroit démontrer.

III. La foi n’est pas dans les idées, mais dans la soumission de […]’esprit.

IV. On peut croire sans idées et de confiance; et on l’éprouve tous […]es jours même dans les choses humaines.

Vérités de pratique. Si on y est conduit par des opinions, on y va en ballon.

Dieu ne nous doit point la vérité, qui est son partage; il ne nous doit que la persuasion, qui nous suffit. La persuasion vaut mieux que la conviction; la conviction enchaîne l’homme, la persuasion le fait agir.

Contents

Sign in to save your reading →