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Ces Grecs et ces Romains, grands personnages en effet. Mais en admirant leurs actions et leurs paroles, leurs gestes et leurs attitudes, n’envions pas leur sort, n’aspirons pas à nous faire une histoire qui nous rende semblables à eux. Traitons les comme ces acteurs dont on aime le jeu, mais dont on n’aime pas le métier.
Scavez vous ce que vous désirez à votre inscu dans l’établissement d’un corps législatif! Vous y désirez un théâtre et vous voulez vous faire acteur.
23 juillet.
Le bonheur des méchans est de considérer le mal. L’ambition des malins ou des malicieux est de le découvrir : je veux dire de l’appercevoir les premiers. Des malveillans s’occupent à l’ébruiter, à le répandre.
Que gagnent à ces libertés les sages et les gens de bien, qui vivent sous l’empire de la raison et sont esclaves du devoir? Peut être ce que le sage et l’homme de bien ne peuvent jamais se permettre ne devroit-il être permis à qui que ce soit.
24 juillet.
Scavoir distinguer nettement l’âme et le corps, Dieu et le monde, le modèle et l’ouvrage, l’ordonnance et la loi, les actions et la règle. Connoître parmi les natures celles du Haut, celle d’embas et celles du milieu. Celui qui scait ces choses scait assés et même beaucoup.
La saincteté. Il faut bien que la saincteté existe quelque part. Pour qu’elle existe, il est requis qu’il y ait quelques lieux écartés.
Car il faut qu’il y ait des foyers; cela seul conserve les feux.
Si quelque piété n’est portée à son dernier terme et pour ainsi dire à l’excès, il y aura peu de piétés. Et ainsi des autres vertus.
25 juillet.
Tout éclat vient de quelque reflet.
(Mardi 19 juillet.) Chaque corps a son avant-corps, chaque sens a son avant-sens; le tact est celui du toucher, la pudeur est celui de l’âme.
Chaque corps a son avant-corps et chaque sens son avant-sens, par un secret prolongement de substance ou de qualité que forment les émissions de qualité ou de substance qui se font sans cesse hors de lui. Ces émissions sont plus vives si les corps sont plus animés ou si les sens sont plus exquis. Elles forment, autour des points ou des grands corps qui les produisent, un cercle, une sphère, un orbite qui leur donne plus d’étendue qu’ils n’en ont par l’espace plein où ils se limitent eux mêmes (en gardant leurs dimensions). Par ce prolongement secret, ils sont atteints et ils atteignent sans toucher ni être touchés. Quoiqu’éloignés, il les rend proches, et présens où ils ne sont pas. Que l’on se figure un flambeau qui, en promenant de toutes parts l’extrémité de ses rayons, apperçoit tout à coup au loin un objet qui pourroit l’éteindre et retire à soi sa lumière. Que l’on se représente un point qui, en se promenant dans les airs, pressent l’approche d’un corps qui seroit propre à le briser — et prendroit un autre chemin...
Notre intelligence rayonne et notre sensibilité a autour d’elle une vapeur. L’homme enfin a son athmosphère.
Si le soleil touche à la terre par le seul bout de ses rayons, il n’en reçoit point de souillure. Et si notre œil touche un corps dur, un corps pointu, fût-ce une épée, par le seul bout de ses regards, il n’en reçoit point de blessure.
— La peau, la surpeau et les chairs...
— Deux corps peuvent être en contact sans être proches l’un de l’autre, les lumineux par leur lumière, et les opaques par leur ombre. Ils se font aussi pressentir par la chaleur ou la froideur qui les précède en sortant d’eux. L’ombre elle-même a sa pénombre, le charbon ardent sa clarté.
Tout est vêtu et prémuni et par là même est augmenté et de volume et de puissance.
(20 juillet.) Au delà de l’espace plein où ils se terminent eux-mêmes pas des dimensions solides...
— mêlée avec l’air qui l’embrasse ou qui le presse, qui le moule, qui le dessine, et qui l’étreint (ou qui l’enclôt)...
Il y a des émanations sèches et des émanations humides.
(23 juillet.) Le soleil bout; et il sort de ce mouvement de ses parties une poussière que nous appelons la lumière (transparent sans lequel on ne peut rien voir).
La rose ouverte est aussi en ébullition et il sort de son sein par cette ébullition une fumée que nous appelons son parfum. La cloche, le tambour, le clairon, la flûte et la lyre ont aussi leurs ébullitions quand elles sont mises en jeu; mais cette ébullition d’où il ne sort qu’un mouvement est appelé frémissement. De ce frémissement communiqué à l’air et modulé en diverses manières est opéré-le son qui, dans sa marche ou dans son cours, procède par ondées ou par ondulations.
Par le tact, on touche l’ombre ou l’avant-corps en n’employant que l’avant-sens. Dans l’avant-goût, c’est ordinairement l’idée plutôt que la vapeur de l’aliment qui met en mouvement notre appétit.
La vapeur de la chair nourrit, cruë et fraîchement tuée. Les émanations des animaux robustes fortifient. Ce qui a beaucoup de vie en répand beaucoup autour de soi. Et ce qui a beaucoup d’âme en communique à tout ce qui en est susceptible dans sa sphère.
Les sons, les odeurs, la lumière, les saveurs et l’action des corps ou des objets tactiles causent toujours en nous quelque émotion ou quelque mouvement et par conséquent quelque état. Ajoutez que toute chaleur augmente nos évaporations. Beaucoup de vie et beaucoup d’âme les augmentent encore plus et les rendent perpétuelles.
Si l’expansibilité extrême se trouve unie à une extrême susceptibilité (ou susceptivité), il n’y a pas de déperdition subsistante, parce qu’il s’opère des réparations perpétuelles. C’est ainsi que les astres se vuident et se remplissent sans cesse, qu’ils nourrissent et sont nourris. — Par l’irradiation divine.
(Il paroit que nous habitons le point le plus obscur ou le plus nébuleux du monde et que la terre est en effet un antre ou la caverne de l’univers. Parce qu’elle se trouve le point où le rayonnement de Dieu se fait le moins sentir et le moins voir.)
— Par une émission secrette de substance ou de qualité qui les rend en réalité étendus au delà d’eux mêmes et présens où ils ne sont pas. En sorte qu’ils sont en communication réciproque avec mille objets qu’ils ignorent et qui ne les connoissent pas.
Le boa et sa force d’aspiration. Ce qui sort de sa gueule enlace. Son haleine est un tourbillon. Elle forme dans l’air un gouffre, un athmosphère tournoyant, qui étourdit, assoupit, empeste et attire à soi malgré lui l’animal qui voudroit le fuir : horrible phénomène, utile à nos explications. Il respire en tire-bouchon, en spirale, en gyrum, en tourbillon, en entonnoir. (Le vortex des Latins.)
(24 juillet.) Par la divisibilité de la matière à l’infini.
Par contact quelquefois; quelquefois par application : l’application est nécessaire aux moins sensibles. L’application du corps au corps, ou du sens à l’objet : la dernière peut se faire à quelque distance.
(25 juillet.) Tout éclat vient d’un reflet.
26 juillet. (carnet.)
Tout traiter avec simplicité, même les objets composés, sans les regarder comme simples.
29 juillet.
Les trois régions, les trois mondes. L’intelligible ou supérieur, le moral ou intermédiaire et le terrestre. Celui d’en haut et celui d’en bas agissent sur celui du milieu : le premier par ses influences et ses lumières, le second par son ombre et par sa vapeur.
Le feu, l’éclat et la clarté; le corps, son ombre et sa pénombre; le son, l’écho, le presqu’écho : tout a quelque ombre, quelque lueur ou quelque retentissement. (Le rejaillissement.)
23 juillet.
Souvent les pensées ne peuvent toucher et déterminer l’esprit que par la pointe des paroles.
Lundi 1ᵉʳ août.
Zumbo (sculpteur sicilien) aimoit à modeler (en cire) l’anatomie humaine : celle des chairs, celle des muscles et celle même de la peau. (Vu aujourd’hui ses sculptures au Palais Royal n° 107.)
On cite de Jean Zumbo la corruzione ou l’homme mourant et l’homme mort. Pigal fut le Zumbo français par son goût naturel pour le même genre de sujets et d’expressions.
Zumbo travailla à Marseille en 1701.
Zumbo voulut peindre la joye et la douleur dans tous leurs degrés et avec toutes leurs expressions dans les tableaux de la nativité et de la descente de croix, les seuls qu’on connoisse de lui. (Vid. sa figure de Joseph d’Arimathie.)