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Une tête forte n’est rien si elle n’est pas une tête bien faite.
[…] avril.
En vieillissant, on aime l’ordre et l’arrangement (autour de soi) : […]e dernier comme un moyen de commodité, comme aidant à la mé[…]oire, comme épargnant la peine, facilitant les souvenirs.
13 avril.
Il y a naturellement dans l’homme un esprit de chicane et de subtilité qui s’épuisoit dans ces disputes de l’école. La société en étoit préservée.
15 avril.
Familiarité sans bonté! Même sans bonté, elle plaît. Avec la bonté, elle enchante.
Bourgeois, vie bourgeoise. Le vrai bourgeois est par caractère possesseur paisible et paresseux de ce qu’il a; toujours content de lui, facilement content des autres.
Epicuréisme extatique (de Ducis, Bernardin de St Pierre, etc.) Ces gens là, dans leurs mouvemens religieux les plus vifs, ne ramènent pas tout à Dieu, mais ils ramènent Dieu à eux.
Egoïsme moral, par lequel on ne se conforme pas à la règle, mais on ajuste la règle à soi.
16 avril.
La modération (dans l’âme du prince). C’est là qu’il faut la placer. En un mot, la barrière dans la volonté.
De combien de phrazes et de doctrines on pourroit dire : — Cela est net, mais cela n’est pas clair!
17 avril.
La bonne vieille religieuse qui disoit de l’Empereur Napoléon : « C’est mon pécheur. »
18 avril.
Vieillesse. Elle ôte la force peut-être, elle ôte la puissance, mais du moins elle n’ôte pas la sagesse. Qu’a-t-elle donc de redoutable pour l’esprit?
20 avril.
Hobbes étoit, dit-on, humoriste. Je n’en suis pas surpris; c’est la mauvaise humeur surtout qui rend l’esprit et le ton décisifs. C’est elle qui nous porte irrésistiblement à concentrer nos idées. Elle abbonde en expressions vives. Mais, pour devenir philosophique, il faut que la mauvaise humeur naisse uniquement de la déraison d’autrui et non pas de la nôtre, du mauvais esprit des temps où l’on vit et non pas de notre mauvais esprit propre.
La véritable profondeur vient des idées concentrées.
Pouvoir exécutif, etc. Ce sont là des chiffres. On a porté dans la politique (et dans la morale elle même) les procédés et presque le langage de l’algèbre. On se sert de mots abstraits au lieu de lettres. On combine ces mots obscurs; on croit s’entendre et s’éclairer parce qu’on a remué des ombres. Et en effet toutes ces notions obscures qu’ont introduit[es] ces mots nouveaux ne sont pour l’esprit que des ombres, sans corps, sans réalité, sans beauté.