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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
According to Plato

4 novembre.

Prenons y garde et encore une fois souvenons nous en bien, l’éducation ne consiste pas seulement à orner la mémoire et à éclairer l’entendement : elle doit surtout s’occuper à éclairer la volonté.

Traits de piété filiale : voilà pour la mémoire. Il faut obéir à son père : voilà pour l’entendement. Je veux obéir à mon père et lui complaire en toutes choses : voilà la volonté bien dirigée. Si on ajoute : comme ont fait pour leurs pères N N et comme l’enseignent N N, voilà l’enfant bien élevé.

Qu’il faut traiter les idées des devoirs avec respect et ne pas les soumettre à des examens trop hardis. Qu’il y a de l’imprudence à laisser sans voile à ses propres yeux ce qui est sacré.

5 novembre.

Le philosophe s’occupe de l’universel. C’est là le caractère des opérations de son esprit.

6 novembre.

On peut se donner ou recevoir des habitudes telles que nos sentimens dominent toujours nos pensées ou que nos pensées dominent toujours nos sentimens.

9 novembre.

Si « l’incrédulité est une espèce d’effort », comme le disoit fort bien l’abbé Galliani, il s’ensuit de là que l’incrédulité (en exercice) a le goût faussé.

L’incrédulité dogmatique est en effet un état d’irritation et d’exaltation, un état de guerre perpétuel contre nous mêmes (notre éducation, nos habitudes, nos premières opinions), contre les autres (nos pères, nos frères, nos voisins, nos anciens maîtres), contre l’ordre public que nous croyons être un désordre, contre le temps présent que nous croyons moins éclairé qu’il ne doit l’être, contre le temps passé dont nous méprisons l’ignorance et la simplicité. L’avenir et le genre humain dans son éternité future, voilà les deux idoles et les seules idoles de l’incrédulité systhématique.

Si l’incrédulité systhématique et acquise est un état d’irritation et de guerre, l’irréligion par ignorance ou faute d’instruction est un état de rudesse et de barbarie intérieure. L’esprit qu’aucune croyance religieuse, aucune foi n’a plié et amolli reste sauvage et incapable d’une certaine culture et d’un certain ensemencement.

11 novembre.

En toutes choses, suis la règle, ou mieux encore, la raison de la règle, si tu la scais.

La multitude des idées empêche les bons sentimens : elle fait trop délibérer.

15 novembre.

Voltaire. Il rend le goût frivole et donne inévitablement à l’esprit de ses lecteurs les manières et le caractère du sien, ces grands airs de légèreté, ce ton moqueur qu’on vante en lui.

17 novembre.

L’esprit doux. Il faut avoir l’esprit doux. L’esprit est feu. Quand le feu est doux, il attire; s’il est trop ardent, on le fuit. Alors, il brûle, il blesse, il se fait craindre.

20 novembre.

Un homme de peu d’authorité disoit fort bien, à propos de l’agriculture des Romains : « la richesse et l’industrie ne subsistent pas longtemps ensemble ». Le luxe en effet la détruisit.

24 novembre.

Faire tomber ce qu’on enseigne, sous le sens ou sous l’imagination.

Il suit de tout ce que dit Malebranche sur la puissance et sur les prestiges du style, une conséquence qu’il n’aperçoit pas. C’est que ce qui sert à nos erreurs sert aussi à notre scavoir, et que ce qui nous égare peut aussi nous mener au but.

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