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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
1812

[…] décembre.

Car il en est des langues comme de toutes les autres choses, et lorsqu’il est devenu plus facile d’en user il est aussi plus facile d’en abu[…]er. Les premiers écrivains, contenus par leur inexpérience.

Ce que veulent dire ces mots : trop raisonnable pour être un […]omme de bien.

[…]4 décembre.

Ces belles paroles de Chateaubriand : « Cette modération... sans laquelle tout est mensonge. »

25 novembre.

« Le méchant (nous disoit Mʳ de Bonald) est actif, parce qu’il est agité. » Combien d’activités en effet ne sont que de l’agitation!

[…]7 octobre.

Lenocinia orationis : les séductions du style (par le pathétique comme dans Mʳ de Chateaubriand). La magie du style est autre chose; elle provient d’un heureux arrangement des mots et des pen[…]ées. Il y a (du moins pour l’oreille) une certaine magie de style dans Cicéron.

Les lenocinia supposent une certaine affectation de ce que nous avons appelé la « sensibilité »; mais une affectation adroite. Les anciens Grecs n’avoient ni lenocinia ni magie, à l’exception d’Euripide peut être, mais sans sortir de la simplicité. Virgile n’en eut point, quoiqu’il ait mis tant d’art à être naturel et touchant.

[…]8 décembre.

Dire beaucoup de choses en peu de mots, fut l’art des écrivains postérieurs. Ne dire que de belles choses fut le mérite des écrivains des premiers temps.

9 décembre.

Mœurs — qui consistent à regarder certaines affections et certaines actions comme une des conditions de l’honneur et de la vie.

10 décembre.

Heureusement, quand les raisons lui manquent il manque de paroles.

11 décembre.

La description même d’une bataille, d’un combat doit être une leçon de morale. On ne doit en parler avec quelque détail que pour montrer l’empire que le sens-froid, les précautions, la prévoyance, etc. ont sur la fortune; ou que la fortune a quelquefois sur tout le reste; afin que les audacieux soient prudens, et que les heureux soient modestes. Tacite offre en ce genre un modèle dans le récit de la conduite de Pétus en Arménie. (Voy. Annales, liv. xv, § 6 et suiv.)

17 décembre.

C’est comme s’ils disoient : « Je suis le mal et je dois nuire. » Leur but est de faire leur charge, comme ils disent, et non pas de faire le bien, lors même qu’il s’agit du bien et que le bien est leur premier devoir, puisque c’est pour le bien seul que leur charge est instituée.

18 décembre.

Gustave-Dugazon. C’est comme si on disoit César Arlequin, Achille Pierrot, Hector Petitjean, Alexandre Scaramouche, etc. Risible accouplement de noms.

Malvina, Clara, Paméla, Estelle, Emile, etc. détestables innovations! (Buffon, Gracchus, etc.)

Donnez comme autrefois des patrons à vos enfans par leurs pr[…]noms et non pas de sonores et inutiles sobriquets.

Il n’étoit pas ridicule à un meunier de s’appeller Louis, Grégoire, Edouard, parce que ces grands princes ont été de grands saints, et que tous les hommes peuvent et doivent aspirer aux grandes vertus, mais non pas aux grandes fortunes, aux grands exploits, aux grands talens et aux grandes réputations.

Des familles sacerdotales (ou associées au sacerdoce par les vertus qui les distinguent). Le sacerdoce et la milice. Au sacerdoce, la justice. A la milice, le commerce. La littérature est commune.

Au régime sacerdotal se rapporte ce qui est éminemment civil, les loix, la police, l’éducation; au militaire, le commerce et tout ce qui est industrie; en effet l’homme fait la guerre aux fléaux.

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