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19 juin.
Il faut (en ce genre) compter par périodes, non par siècles, c’est à dire ajuster le temps à la durée des choses et le diviser par elles. On subordonne ainsi une mesure arbitraire et feinte à une mesure vraie, visible, solide, réelle en un mot, et qui vaut mieux.
Par exemple, de Ronsard à Malherbe, il y a une période; de Malherbe à Corneille, une autre; de Boileau et Racine à Voltaire, une troisième; de Voltaire à Ducis, à Roucher, à Delille et à Fontanes, une quatrième. Nous vivons, en poésie, sous la période et les influences de l’abbé Delille et de Fontanes : les deux premiers poëtes que nous avons nommés (Ducis et Roucher), lesquels étoient entrés avec les deux autres dans la carrière, n’ayant fait que s’y montrer et n’y ayant fait aucun pas.
Dans les Malherbiens, plus de son que de sens; dans les Cornéliens, plus de sens que de son; dans les Boiléens et Raciniens, le simple son du sens; dans les Voltairiens, plus d’éclat et de mouvement que de sens et de son; dans les Deliens et surtout dans les Fontanisiens, beaucoup de son, beaucoup d’éclat, beaucoup de sens, mais peu de mouvement, sans quoi on dénature ce genre éminemment sévère et ses pathétiques beautés.
Lafontaine a eu tous ces genres.
Dans Virgile, il y a toujours un beau son et un beau sens.
— Quand je dis que ce beau genre doit avoir peu de mouvement, je veux dire aucun mouvement de droite à gauche, de gauche à droite, et rien de ce qu’on peut appeler mouvement de gesticulation. Car d’ailleurs le ton qu’il prend porte au dedans de soi un grand principe de mouvement de bas en haut et de mouvement de progrès, […]ut y procédant essentiellement par des successions harmoniques, […]pèces de beauté que la versification voltairienne n’a jamais et ne […]ut pas avoir.
La sophistique littéraire ou l’art de farder les pensées par des mots. […]es mots fardent quand ils donnent aux pensées de l’éclat, sans y […]outer de la beauté. Il y a un lustre nécessaire à tout bon style, qui […]est pas proprement du fard; il n’est que de la propreté.
Il y a quelquefois dans le style un lustre, un éclat qui est semblable […] celui des métaux. Ceux qui l’employent ne fardent pas à propre[…]ent parler, mais ils dorent ce qu’ils disent. On diroit que ceux là […]rivent avec une encre plus luisante et qu’ils ont jetté sur leur écri[…]re encore fraîche ou de la poudre de diamant ou de la poussière […]’ailes de papillons. Tout cela ne va point à l’âme ni au goût, mais […] arrête aux yeux de l’esprit qui en est d’abord ébloui et insensible[…]ent fatigué.
Esménard offre un exemple perpétuel de cette espèce d’artifices.
Donc, le fard, la dorure et les lenocinia orationis ou les artifices […]u genre affectif.
[…]amedi 20 juin.
Tout est bien dans le bien; le présent, le passé et l’avenir. On en […]ouit par le souvenir, par la perspective, par la réalité, triple espèce de possession. Enfin la simple et seule idée de quelque bien est un […]ien.
[…]5 juin.
L’art et l’habileté, l’habileté et l’art. J’entends une habileté natu[…]elle; et l’art ne la donne jamais.
[…]7 juin.
La lune et ses humides influences. Et en effet si, comme ils le […]isent, elle exerce une telle action sur les repos et les mouvemens de […]’océan, elle en doit exercer quelque autre sur la génération, la durée […]t le cours de tout ce qui est humide; sur les sèves, sur les nuages, […]ur les pluyes, etc. Ses croits et ses décroits doivent y causer quel[…]ues différences.
Radotter, c’est presque ravauder : répéter ses vieilles idées, ses vieux jugemens, ses vieux récits, ses vieilles phrazes, ses vieux mots, etc. Rabâcher, quasi remâcher.
« Souhaiter sérieusement », comme le disent les Mille et une Nuits. Mʳ de P. n’exige pas assez cette condition dans ses expériences sur son prétendu somnambulisme.
2 juillet.
Insistere vestigiis. Dieu a laissé engendrer les sciences physiques au temps, mais il s’est réservé les autres. Lui même a créé la morale, la poésie, etc. Les premiers germes récemment produits par ses mains en furent mis par lui dans les âmes et les écrits des premiers hommes. De là vient que l’antiquité, plus voisine de toutes les créations, doit nous servir de modèle dans les principes de ces choses qu’elle avoit reçus et qu’elle nous montre plus purs. Il faut, pour ne pas nous égarer, mettre nos pieds dans les traces des siens : insistere vestigiis.
L’indifférence donne un faux air de supériorité.
3 juillet.
Toute possession personnelle est réciproque. Si tu es mon filleul, je suis ton parrain. Si tu es mon marchand, je suis ta pratique. Enfin si tu es mien, je suis tien; nous nous appartenons l’un à l’autre; et en cette qualité nous nous devons mutuellement appui, secours, affection, conservation et observation, c’est à dire attention et soins.
4 juillet.
— qui ont tout appris, hormis à vivre, car ils n’en ont pas eu le temps; occupés par d’autres études, si multipliées, si diverses, si opposées.
5 juillet.
Ce sont des jeux pieux...