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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
1812

4 mai.

Que : il ne faut placer la règle suprême ni en soi, ni autour de soi, mais au-dessus de soi.

5 mai.

Le trait, à celui qui l’a décoché. — La flèche venoit du carquois d’Hypéride, mais c’est Aster qui l’éguisa et la lança.

Le trait. S’il nous agrée, nous nous l’appliquons; mais il n’entre pas, il tombe (et tombe dans l’oubli). Il ne pénètre en nous et ne s’attache à la mémoire qu’autant qu’il a été fortement, franchement et sérieusement lancé, d’emprumpt ou non.

Le trait et les émanations de l’âme. Celles-ci s’exhalent et nous pénètrent comme les images entrent par les yeux et les parfums par l’odorat.

D’autres nous flattent comme les saveurs le palais, comme les corps ronds le toucher, quelquefois comme les beaux sons notre ouïe; enfin comme les avant-corps les corps.

5 mai.

J.-J. Rousseau. La vie sans actions, toute en affections et en pensées demi-sensuelles; fainéantise à prétentions, voluptueuse lâcheté, inutile et paresseuse activité qui engraisse l’âme sans la rendre meilleure, qui donne à la conscience un orgueil bête et à l’esprit l’attitude ridicule d’un bourgeois de Neuf-châtel se croyant roi.

Le bailli suisse de Gesner dans sa vieille tour en ruines. La morgue sur la nullité.

Enfin l’emphase du plus voluptueux coquin qui s’est fait sa philosophie et qui l’expose éloquemment. Le gueux se chauffant au soleil et méprisant délicieusement le genre humain.

Et cet autre fou. Anti-prêtre.

6 mai.

Fénelon. Son dialogue de Justinien et de [blanc]. « ... Il avoit la fièvre de la vertu » disoit à ce propos l’abbé G—l—rd agonizant. (M. Clauzel.) Cette fièvre de la bonté qui porte le délire dans toutes nos idées et dans tous nos sentimens politiques.

7 mai.

(Ætatis, ann. 58.)

Jamais d’esprit sans âme.

9 mai.

L’esprit est pour l’âme une espèce d’organe, une espèce d’œil, de langue, d’ouïe et même de cerveau, une espèce de portevoix, de télescope et de compas. Et quelquefois cet organe agit tout seul.

Mme Victorine de Chastenay disoit de moi « que j’avois l’air d’une âme qui a rencontré par hazard un corps, et qui s’en tire comme elle peut ». Le mot est très joli et je ne puis disconvenir qu’il ne soit juste.

Il faut avoir une âme poëtique et un esprit géométrique. Gⁿ est le […]traire de cela. Il a l’âme d’un géomètre et l’esprit fleuri d’un poëte: […] moins il tâche de l’avoir. Son caractère est compassé, son cœur est […], et sa raison par des fleurs... On l’a accoutumé aux métaphores. […] nature et ses habitudes sont entre elles à cet égard dans une per[…]uelle contradiction.

[…]es bêtises de la bonté. D’où viennent-elles? De ce qu’on a fait non […] seulement un bonheur, mais un honneur de la bonté. Elles vien[…]nt des temps, des lieux, des sociétés et des familles où la bonté est […] mode. Elles viennent du désir de s’aimer soi même, jamais du pur […]our des autres.

« Pauvre animal etc. » dans l’homme infirme et malheureux pour[…]t n’être qu’un sentiment; dans l’homme sain et occupé, ce n’est […]’une forfanterie, une pure ostentation ou du moins un trait d’exa[…]ation, soit sincère soit affectée.

[…] mai.

« Génie méprisable », disoit de Malebranche le grand Bossuet.

[…] mai.

Mort de l’abbé Gallard : flebilis occidit!

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