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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
1812

On peut parodier cette expression et dire : « Il y a de la bonne grâce (et une sorte d’urbanité) à commencer avec les hommes par l’estime et la confiance. » Cela prouve en effet tout au moins qu’on a longtemps vécu en bonne compagnie avec les autres et avec soi.

Mardi 31 mars.

Il sort de ces abominables expériences une science qui aveugle. — Ces études honteuses; curiosité sans frein; honneurs qui corrompent les mœurs.

Mercredi 1ᵉʳ avril.

Deux sortes de génie. L’un qui pénètre d’un coup d’œil ce qui tient à la vie humaine, et l’autre ce qui tient aux choses divines, aux âmes.

On n’a guères le premier pleinement et parfaitement sans avoir aussi quelques parties du second; mais on peut avoir le second sans l’autre. C’est que les choses humaines dépendent des choses [divines] et y touchent de toutes parts, mais la réciprocité n’a pas lieu en ceci. Le ciel pourroit subsister sans la terre, mais non la terre sans le ciel.

Ou plutôt l’orgueil est le comble de l’ignorance.

8 avril.

Une brièveté plaisante, des mots courts et comiques. Mais le danger à craindre est que cette brièveté soit burlesque, ces mots barroques.

Enfin le goût en littérature est devenu tellement domestique et l’approbation tellement dépendante du plaisir, qu’on cherche d’abord dans un livre l’auteur, et dans l’auteur ses passions ou ses humeurs. Si elles sont semblables aux nôtres nous l’aimons, autrement nous le rejetons. Le vrai, le beau pur, ce qui est vrai et ce qui est beau en soi ne nous intéresse point tout seul. Ce n’est plus la paix du cœur et de l’esprit que nous cherchons dans les livres, mais le trouble des émotions. Aussi y faut-il du mélange pour nous plaire. Nous voulons que l’âme des écrivains s’y montre avec la force et les faiblesses, le scavoir et les erreurs, la sagesse et les illusions qui peuvent rendre les hommes propres à notre usage et que nous aimons à trouver dans les liaisons que nous formons, enfin le mélange du bien et du mal qui nous charment dans les personnages dramatiques, les imperfections (comme quelqu’un l’a fort bien dit), les imperfections et les qualités qui nous y attachent « par une association d’élémens contraires et discordans qui se tempèrent les uns par les autres et qui nous tiennent (délicieusement) suspendus entre le blâme et l’approbation ». Voilà ce que nous aimons à voir dans l’âme et dans l’esprit de l’écrivain. Ce n’est plus un sage que nous cherchons dans un auteur et que nous voulons y trouver, mais un amant ou un ami. Ou du moins un acteur qui se représente lui-même et dont le rôle et le jeu charment nos goûts beaucoup plus que nos raisons. Nous voulons que les livres nous rendent, non pas meilleurs mais plus contens, que ceux qui les ont faits excitent en nous une sorte de goût sensible: qu’ils aient de la chair et du sang avec de l’esprit et de l’âme. Nous haïssons ou du moins nous ne scaurions plus admirer de purs esprits. Ceppendant, si quelque intelligence céleste... Le jour seul ne nous suffit plus, mais nous aimerions un beau jour. La lumière est le bien des yeux et, comme nous sommes sensibles, il se pourroit...

19 avril.

La sagesse est le commencement du beau.

La cadence. Le nombre des syllabes y contribue nécessairement dans toutes les langues. Elle y forme des clausules de périodes qui varient en laissant le rhythme le même. (J’entends par rhythme ce qui est produit par le mélange des longues et des brèves dans les langues qui ont ces mesures.

20 avril.

Quelque ignorance est nécessaire pour avoir quelque modestie.

Espacé. Bien ou mal espacé. Être bien ou mal espacé est impor[…]ant, en architecture pour les colonnes, et dans tous les arts pour […]us les ornemens dominans.

Il y a une sorte de génie qui semble tenir à la terre. C’est la force. […]ne autre qui tient de la terre et du ciel, et c’est l’élévation; une […]utre enfin qui tient de Dieu, c’est la lumière et la sagesse ou la lumière […]e l’esprit. Toute lumière vient d’en haut.

Dans les qualités littéraires, les unes tiennent aux organes, les autres […] l’âme; quelques unes à la culture, quelques autres à la nature. La […]erve par exemple nous est donnée; et le bon goût s’acquiert. L’intel[…]igence vient de l’âme, le métier vient de l’habitude. Ce qui vient de […]’âme est plus beau et tout ce qui nous est naturel est plus divin.

La verve (qui nous est donnée) tient aux organes; l’intelligence ou […]a sagesse tient à l’âme.

Tout systhème est un artifice, une fabrique qui m’intéresse peu. […]’examine quelles richesses naturelles il contient; et je ne prends garde qu’au thrésor. D’autres, au contraire, ne se soucient que du […]offre. Ils en scavent les dimensions et comment il est fait, s’il est de bois de cyprès, de sandal, d’aloès, d’acajou ou de noyer. Les vers à soye ont besoin pour filer de brins de bois disposés d’une certaine […]anière; il faut les leur laisser et les leur fournir s’il en est besoin; mais ce n’est pas aux brins de bois et à la quenouille qu’il faut regarder; c’est à la soye.

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