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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1809

7 décembre.

... et remuë toutes les bornes qui devoient rester immobiles.

9 décembre.

... à penser des choses utiles et conformes à l’âme humaine.

Tibère, Auguste (dans Tacite). En général, les passions n’ont pas tant de subtilité, ne se proposent pas un but aussi imperceptible et ne visent pas à si peu.

11 décembre.

La séparation de l’âme et du corps, ou de l’âme et des sens, est sensible dans le repentir, dans l’extrême respect (dans les enfans surtout). Aussi toutes les âmes sont belles alors. Aussi tous les enfans dociles sont-ils beaux de physionomie. Leur âme est seule en mouvement. Et ajoutez la piété.

La crainte, et la diversité des craintes religieuses. L’un regarde sa faute, l’autre le châtiment. Et alors l’expression du visage qui regarde le fouet du maître; la laideur.

Mais quand c’est l’esprit qui agit seul, la physionomie est moins belle. Ainsi le poète qui fait des vers, le géomètre qui combine, ou l’astronome qui calcule. Alors l’esprit est séparé de l’âme, plutôt que l’âme n’est séparée du corps.

12 décembre.

La longanimité consiste à savoir attendre longtemps sans varier dans son but et sans négliger aucun moyen.

15 décembre.

L’âge. L’esprit ne s’éteint pas; mais il faut nourrir ce feu d’un autre bois.

Aux enfans, en littérature, rien que de simple.

La simplicité n’a jamais corrompu le goût. Elle ne fait aimer rien de mauvais. Que dis-je? elle ne le souffre même pas. Tout ce qui est poétiquement défectueux est incompatible avec elle. C’est ainsi que la limpidité de l’eau se détruit par le mélange de toute matière trop terrestre.

Notre goût alimentaire se corrompt par des saveurs trop fortes et […]otre goût littéraire pur dans ses commencemens par toutes les […]xpressions trop prononcées.

Ne lui (sic) donnez que des auteurs où leur âme trouve à la fois un mouvement et un repos perpétuels — qui les occupent sans effort — […]t dont ils se souviennent sans peine.

Ce n’est pas l’eau, ce n’est pas le pain, le plus simple des aliments après le lait, qui dénaturent notre appétit, ce sont les sausses compo[…]ées, faites pour des palais usés. Etc.

Cependant le lait, le pain et l’eau elle-même se corrompent par […]’excessives fermentations.

Ce qui est simple en littérature peut aussi être corrompu par un […]uteur trop passionné — voyez Rousseau le genevois. Etc.

Ibid. Nota.

Rousseau le genevois.

Sa bile a de belles couleurs — et — il a des haines animantes. Etc.

— Nota — Tout ce qui n’est pas beau dans sa simplicité et au premier coup d’œil, tout ce qui n’est tel que par composition, par le travail et l’industrie ne doit pas plaire à des enfans... et on ne les dresse à l’aimer qu’en substituant à leur goût naturel un goût d’emprumpt qui leur ôte bientôt toute conscience personnelle. Etc.

J’entends ici par conscience etc. or il faut que l’esprit, que le jugement, que l’imagination, que chaque faculté garde la conscience de soi, pour ne pas être dépravée, etc.

Ainsi la plupart des talens n’ont rien de vrai que l’apparence et la plupart des styles ne sont que de fausses surfaces.

18 décembre.

Les plus beaux livres sont ceux qui ont été faits pour des peuples demi-polis. Et le plus beau de tous a été fait pour le plus grossier de tous les peuples.

L’epos, l’ethos et le pathos. L’epos en est bon, car tout y est nettement raconté. L’ethos en est peu agréable, car le livre annonce un esprit chagrin et mécontent. Le pathos en est détestable, car dans cette histoire (celle de l’A. Rné) tout est fiel, colère, âcreté.

20 décembre.

Ceux qui ont voyagé dans vos opinions et en sont sortis, vous les appellés déserteurs. Mais on ne doit donner ce titre injurieux qu’à ceux qui ont abandonné les opinions anciennes et communes qui ont été comme une patrie où leur esprit a pris ses habitudes et ses forces. Ceux donc qui ont abandonné ces opinions sans en adopter de meilleures ont été les seuls imprudens et les seuls blâmables. L’inconstance dans les autres est louable et heureuse, si elle ramène à la sagesse par l’expérience.

Celui là seul peut être appelé le déserteur qui a quitté trop légèrement les anciennes et communes opinions qui sont comme une patrie où notre esprit a pris toutes ses habitudes.

Il est entré en curieux et en voyageur dans toutes les autres et peut en sortir à son gré sans encourir aucun blâme légitime; car il y étoit étranger.

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