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« Je poserai [je placerai] mon arc dans les nuées ». Comme s’il le déposait là, s’il vouloit ne plus s’en servir.
« Tout est énigme dans les poëtes », disoit Platon. Mais il faut que, dans ces sortes d’énigmes, il y ait à la fois un sens apparent qui soit beau et un sens caché qui soit plus beau.
Voltaire entre quelquefois dans la poësie, mais il en sort aussitôt. Cet esprit impatient et remuant ne peut pas s’y fixer, ni même s’y arrêter un peu de temps.
Donner aux mots de la clarté, de la couleur, du fuyant et du relief.
26 février.
Mais si on divise ce qui est simple, si on veut disséquer ce qui est un, si on distribuë en plusieurs membres ce qui n’a aucune jointure, on le détruit, on le rend aussitôt méconnaissable. On l’a haché, on l’a détruit et on croit cependant l’avoir analysé.
« S’asseoir sur le boisseau ». — « Mettre la règle dans sa tête » (pour en débarrasser ses mains). — « ... le compas dans l’œil », disoit Michel Ange. Cette expression est si nette et par cela même si naturelle que le peuple l’a partout et qu’elle sera pour toujours adoptée dans tous les lieux où elle sera dite et par tous ceux qui l’auront entenduë une seule fois. Toute parole qui exprime bien une pensée est son vêtement, son corps propre, son accompagnement inséparable, son associé naturel.
J’appelle imagination la faculté de rendre sensible tout ce qui est intellectuel, d’incorporer ce qui est esprit, et en un mot de mettre au jour sans le dénaturer ce qui est de soi même invisible.
[…]7 février.
Ecrire avec l’esprit et avec la pensée. Ce qui est écrit ainsi paroit d’abord plus lumineux. Il y a toujours là du phosphore, de ce phosphore dont je parlois en disant : « Si le doigt du poëte y avoit fait passer son phosphore... »
F.V. « Le bon sens du maraud quelquefois m’épouvante. » Il me semble toujours que ce breteur a un emplâtre sur l’œil de quelque coup qu’il a reçu. C’est un hardi borgne! L’autre n’est que louche. Le troisième a le gozier toujours empâté.
L’exception vient toujours de la raison de la règle.
Alors l’esprit donne ses herbes, mais non ses fruits. Il opère avec ce qui l’entoure, mais non avec ce qui est en lui. Il ne met en jeu que ses opinions et non ses intimes pensées, colorant et modelant selon ses fantaisies les nuages qui se promènent autour de lui. Aussi il n’obtient que ce qu’il donne. Il amuse l’attention. Mais, comme ce qu’il fait ne vient pas de l’âme, cela n’y va pas non plus.
Montesquieu. Il dictoit ce qu’il se souvenoit d’avoir pensé. Ainsi, tous ces menus remplissages qui font plaisir à la lecture, mais dont la mémoire fait peu de cas, ne se trouvent point dans ses écrits.