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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1808

Par quel terme pourroit-on exprimer le contraire de l’analyse — je veux dire cette opération par laquelle, au lieu de découper une chose et de la réduire en ses parties, on en détacheroit le mode, le caractère, l’effigie, pour ainsi dire, en laissant subsister son tout? Abstraire indique assés bien ce qu’on feroit alors; mais on ne peut pas dire abstraire un ouvrage, comme on diroit l’analyser. Je cherche un mot qui corresponde à celui-ci en régime et en intégrité de sens; je ne puis pas le trouver. — La chymie fait à peu près l’opération dont je parle en sublimant.

(Soir). On peut dire abstraire l’empreinte.

Ce n’est pas tant ce qui est dit que celui qui parle, manifesté par ses paroles, qui intéresse dans les écrits de Fénelon. Ses paroles semblables à ses pensées et ses pensées semblables à son âme (comme je l’ai exigé ailleurs) sont le charme qui attache à ses ouvrages, qui flattent plus le sentiment que l’attention; et dont le souvenir est encore plus agréable que la lecture parce que c’est l’impression qu’elles font et non pas la science qu’elles donnent qui rend délicieuses ses opinions.

28 février.

Le malheur est que lorsque le mot propre arrive (parmi les mots qui sont créés) il vient toujours accompagné de quelque autre mot inutile dont on ne peut pas se déprendre.

29 février.

« Souvent même (c’est Ch[éni]er qui l’a dit et il est fâcheux que ce soit lui, car cela est bien dit) souvent l’art oratoire consiste à éviter les mouvemens. » (Les mouvemens de l’éloquence même.) Il ajoute : « Mais l’art exige toujours l’élégance, et la régularité des formes, la clarté, la justesse et l’heureux accord des idées et des expressions. » (Voyez Discours à l’Empereur, 26 février.) Je ne vois, dans tout le reste du discours, que Ch[é]n[ie]r et son paraphe.

Les valets mentent souvent par respect et par crainte seulement.

Cette sorte de style qui tempère la pensée.

En effet on juge du cachet qu’on ne voit pas par l’empreinte qu’on voit, et on en juge bien si cette empreinte est nette. Et cette empreinte n’est pas nette si la cire n’a pas été bonne ou n’a pas été assés chauffée, ou si la main de l’homme n’a pas pressé assés fortement sur la machine ou l’instrument.

1ᵉʳ mars.

Il y a dans le naturel des hommes et des peuples quelque chose de querelleur. Quand cet esprit de dispute et de contestation s’exerce sur des minuties, pourquoi gémir? Ce sont là les siècles heureux. Le mal à craindre est celui qui attaque les parties nobles et qui dérange ce qu’il y a de fondamental dans l’ordre de la société.

2 mars.

Construction molle. Elle indique dans Fénelon l’état de l’âme, la douceur de son affection, etc. Si on y voit moins bien ses pensées, on y voit mieux ses sentimens. Cet esprit demi voilé est entrevu — qualem aliquis videt aut vidisse putat per nubila lunam — plaît à la fois par le mystère et la clarté.

Ce qui impatiente, c’est qu’on l’a loué jusqu’ici sans précision et avec une exaggération peu conforme aux habitudes de ses goûts, à sa manière et aux règles de sa poëtique, de sa critique. Ordinairement ce qu’il dit échappe à la mémoire, mais n’échappe pas au souvenir; je veux dire qu’on ne se souvient pas de ses phrazes, mais du plaisir qu’elles ont fait. Cette perfection de style qui consiste à incorporer de telle sorte les mots et les pensées ensemble qu’il soit impossible de se rappeller l’un sans l’autre, n’est pas la sienne, mais il en a une autre.

— En effet, l’univers obéit à Dieu comme le corps obéit à l’âme qui le remplit.

Chose singulière! Les anciens prenoient en mauvaise part le mot infini. Il étoit pour eux équivalant à celui d’informe. Voyez Platon, partout.

— nous ne connoissons pas de tels ouvrages, et même la connoissance nous en a été refusée, parce que nous ne pouvons pas en faire de pareils.

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