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[…] février.
Religions. Toutes sont bonnes, et la meilleure pour chaque homme est celle qu’il a. Mais la plus belle est incontestablement celle-ci.
3 février.
Platon. Il faut le respirer, pour ainsi dire, et non pas s’en nourrir.
« Combien il est plus dangereux de n’avoir point de religion que d’en avoir une mauvaise » dit d’Aguesseau (Vie de son père).
5 février.
Donnez ce qui est frivole à ce qui est frivole et ce qui est grave à ce qui est grave, c’est à dire la louange à l’esprit et la vénération à la vertu.
De l’expression. Le chanteur des rues qui chantoit si mal et qui charmoit les écoutans. C’est qu’il avoit de l’expression. On sentoit dans son chant l’émotion et le plaisir qu’il se causoit sincèrement à lui même, et il les communiquoit.
L’affectation. Affecter, c’est vouloir étaler ce qu’on n’a pas. Un chanteur qui se plaît à lui même peut ne pas plaire parce qu’il ne charme que sa vanité et ne se charme pas sincèrement. Les mêmes tons, les mêmes gestes, les mêmes mots, les mêmes tours de phraze qui sont une affectation dans les uns ne le sont pas dans les autres. Etre naturel, dans les arts, c’est être sincère.
Les ignorans sont les plus sensibles à l’expression. Elle les charme dès qu’elle est conforme au sentiment de celui qui s’exprime. Les scavans la veulent semblable à ce qu’ils sentent ou pensent eux même. Les habiles qui ont conservé un goût naïf et propre à distinguer le naturel de l’ouvrier dans son ouvrage aiment l’expression partout où elle [est] sincère, même lorsqu’elle est contraire à leurs habitudes ou à leurs choix.
6 février.
Le naturel qui s’expose à la risée sans la prévoir est le naïf; s’il la prévoit et sans la craindre, c’est la franchise. Ceux qui ont scu conserver leur propre naturel tout entier sont toujours frappés et charmés de celui des autres quand même il seroit opposé au leur. Aussi ceux là sont toujours sensibles à l’expression.
Ceux qui ne manifestent que des défauts ou des qualités acquises, étalent et n’expriment pas.
Comme le remarquoit fort bien Mʳ de la Croix dans le Journal de Paris d’aujourd’hui, la grossièreté ne pardonne qu’aux vices qui sont raffinés.
Platon plane toujours. Il ne perche jamais, ne prend pas pied.
Ces sortes d’animaux (qui quittent leurs petits après leur naissance, parce qu’ils n’ont plus besoin d’eux) prennent autant de soin de la layette que d’autres de l’allaitement.
La jeunesse voudroit que tout fût nouveau, comme elle, dans le monde. La vieillesse aime ce qui est ancien. Il faut aimer ce qui est censé.
... Comme ces traits d’une vive lumière soudainement entrés dans une chambre obscure.
7 février.
Nous ne sçavons rien dire sans le brouiller et le chiffonner. Les Anciens, au contraire, déplissoient (et déployoient) tout.