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← ExitThe Notebooks of Joseph Joubert, Volume II
YEAR 1807

22 décembre.

Un point obscur dans son esprit lui est aussi insupportable qu’un grain de sable dans son œil.

23 décembre.

Si — ils n’ont aucune espèce de beauté ou d’agrément dans leur esprit, ils doivent s’abstenir d’écrire, hors des cas de nécessité ou d’importante utilité.

26 décembre.

Il faut que notre esprit nous amuse nous même; et il y a autant de plaisir à en avoir qu’à s’en servir et à en montrer.

28 décembre.

Déplacer la force — ou plutôt — placer la puissance où la force n’est pas et la lui donner pour contrepoids. C’est le secret du monde. D’où il suit que plus il y a dans un état de puissance ou de force morale en opposition avec la force réelle ou physique, plus cet état est habilement constitué.

Il n’y a point d’art, point d’équilibre et de beauté politique chez un peuple où la force et la puissance se trouvent dans les mêmes mains, c’est à dire dans le grand nombre, comme dans les démocraties — dont l’histoire n’a de l’éclat et de l’intérêt que lorsque la force se déplace réellement, je disois par l’effet de l’ascendant de quelque homme vertueux sur tous les mouvemens de la multitude qui seule est forte par elle même et sans fiction. De la fiction! il en faut partout; et la politique elle même est une espèce de poësie.

30 décembre.

Il ne faut pas confondre l’imaginative et l’imagination. Les enfans, les têtes faibles, les peureux ont beaucoup d’imaginative. Les gens d’esprit et de beaucoup d’esprit ont seuls beaucoup d’imagination.

L’imagination est proprement ce que les Latins appelloient ingenium et l’imaginative ce que nos vieux auteurs ont longtemps appellé phantasie.

31 décembre.

... qui se montrent parées des seuls dons de la nature comme de jeunes esclaves, et non de ceux de l’industrie comme de jeunes citoyennes, ou de ceux de la fortune comme de jeunes demoiselles.

Diderot avoit des idées fausses sur le but et les beautés de l’art, mais il les a bien exprimées.

Chaque auteur a son dictionnaire et sa manière, — c’est à dire : s’affectionne à des mots d’un certain son, d’une certaine couleur, d’une certaine forme, et à de certaines tournures de style, à de certaines coupes de phraze où l’on reconnoît sa main et dont il s’est fait une habitude.

Boileau, dans ses imitations de Balzac et de Voiture, a bien copié le tic et la grimace de ces auteurs.

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