Tap the page, move to the top or bottom edge, swipe down, or press Tab to reveal reading controls. Use the arrow keys or swipe sideways to turn pages.
[…]9 février.
Des belles-lettres et des lettres laides. Où n’est pas l’agrément et quelque sérénité, là ne sont plus les belles-lettres. Quelque aménité doit se trouver même dans la critique. Si elle en manque absolument, elle n’est plus littéraire. On ne voit plus dans nos journaux qu’une controverse hideuse.
10 février.
De la vraie imagination. Que c’est une faculté naïve, utile ou au moins innocente. Et de l’imagination factice ou faite par combinaison. Combien elle est propre à tromper, nuisible, etc. L’artifice et les faux biens.
La première ment et ne trompe pas; la deuxième trompe plus encore qu’elle ne ment.
11 février.
— Pas même Mʳ de Montesquieu? — Pas même Mʳ de Montesquieu. Il semble enseigner l’art de faire des empires. Quand on l’a lu, on est toujours tenté d’en faire un.
Et Buffon? — Il a une emphase cachée, un compas toujours trop ouvert.
— Que de soins pour polir un verre? — Mais on voit clair et on voit loin. Image de ces mots de choix! — On les place dans la mémoire, on les y garde chèrement. Ils occupent peu de place devant nos yeux, mais une grande dans l’esprit. Il en fait ses délices. Et cette gloire est assés grande. Ce sort est assés beau.
Il ne faut qu’un moment pour souffler un bocal, une bouteille, un ustensile de verre brun, etc.
Plaisir de plaire, légitime. Désir de dominer, choquant. Orgueil est vice. Il faut être au dessus de l’orgueil par quelque élévation : n’être pas au dessous. A la bonne heure. Vanité innocente et qui se repaît de légères fumées; peut être un défaut délicat convenable à notre nature, au poète... L’orgueil est ennemi de la bonté.
Le compas trop ouvert de Buffon : cette expression est très juste.
Il est permis peut être d’employer comme une arme ce qu’il n’est pas possible d’employer comme une raison. J’aime leurs ennemis, mais je n’ai pas leurs préventions; je ne parlerai pas comme eux.
12 février.
L’art n’a rien de commun avec de tels livres. Il faut les laisser au commerce.
Où il n’y a aucune délicatesse il n’y a point de littérature. La délicatesse annonce le talent. Le naturel, la force donnée aux mots par leur place annonce l’art. « D’un mot mis en sa place enseigna le pouvoir... » C’est là tout l’art. Un écrit où il n’y a que de la force et un certain feu sans éclat n’annonce que le caractère. On en fait de pareils si on a des nerfs, de la bile, du sang et de la fierté. Faire un livre ou faire un ouvrage sont deux choses. On fait un ouvrage avec l’art et un livre avec de l’encre et du papier. On peut faire un ouvrage en deux pages et ne faire qu’un livre en dix volumes in-folio. Le style de la plupart des écrivains du jour est bon pour les affaires et même pour la controverse, mais il ne va pas au delà; il est civil, et non pas littéraire.
Tout ce qui est spirituel est délicat, parce que cela vient de l’âme, c’est à dire de la délicatesse même.
14 février.
Un esprit capable d’achever toutes ses pensées et qui s’y est accoutumé, écrit ainsi naturellement et a naturellement ce style : où le sens porte la pensée comme l’âme porte le corps.